Les climato-réalistes de plus en plus présents dans les médias

Capture d'écran : Benoît Rittaud (à gauche) sur le plateau de CNews le 5 janvier 2018.

Benoît Rittaud a été une nouvelle fois l’invité d’une émission télévisée : l’occasion de parler posément du réchauffement climatique, et de constater la méconnaissance abyssale que ses adversaires ont du sujet.

Par Benoît Rittaud.

Impossible de ne pas penser au titre de ce livre d’Olivier Postel-Vinay au sujet de l’émission de Pascal Praud sur CNews vendredi matin, que l’on peut revoir ici.

Benoît Rittaud sur CNews

De mon point de vue, il n’y a pas grand chose à redire à l’organisation de l’émission elle-même. On peut critiquer ici ou là, bien sûr, mais Pascal Praud n’est pas responsable de l’attitude de certains de ses invités, qui tenaient à tout prix à faire du débat une audience du tribunal de l’Inquisition.

Pour ma part, j’ai eu le sentiment qu’on m’a invité pour m’entendre, et non pour me faire participer à un dîner de cons. L’émission était loyale de ce point de vue, même si tous les intervenants ne l’étaient pas.

On peut parler de comédie parce que plusieurs des invités ont endossé des rôles parfaitement archétypaux, se mettant en devoir de répéter les antiennes alarmistes de façon tout à fait mécanique, assumant crânement n’avoir pas la moindre pensée propre. La seule chose qu’ils ont su faire a été de réciter leur texte, et d’exhorter à la pensée moutonnière.

On aura compris que je vise ici principalement Laurent Joffrin et Clément Vikotorovitch. Dans cette comédie, le premier incarnait la « Gauche » (ou plus précisément : la « Gauche-Libé »), tandis que le second a tenté de se présenter comme l’ « Université ».

Adversaires consensuels et argumentation pauvre

Que Laurent Joffrin soit un adversaire, c’était là chose prévisible. Il est en revanche surprenant de constater à quel point sa réflexion sur le sujet est faible. Quand on a une position comme la sienne, directeur de la rédaction et de la publication de Libération, on devrait quand même être capable de connaître ses dossiers, par exemple en se montrant capable de nommer au moins un ou deux de ces vilains-climatosceptiques-stipendiés-par-le-pétrole.

Pris en flagrant délit d’accusation gratuite sans le plus petit début d’argumentation qui aurait justifié une discussion (un nom, un fait, une investigation…), on aurait alors pu espérer qu’il joue profil bas sur la question par la suite. Même pas. Laurent Joffrin a illustré à la perfection la pensée journalistique circulaire en m’invitant à lire… Stéphane Foucart, ci-devant climatologue distingué journaliste au Monde.

Je ne m’étendrai pas sur ses autres interventions, notamment son analogie pathétique avec les partisans de la Terre plate : une certaine presse n’est décidément pas au niveau sur le sujet du climat, l’attitude de l’un de ses principaux représentants en a hier constitué une triste démonstration.

Laurent Joffrin a reçu en Clément Vikotorovitch son principal allié, lequel a commencé par se poser en « universitaire » pour ensuite faire avec empressement l’éloge de la pensée unique d’une façon qui laisse rêveur. Lorsqu’il m’a carrément reproché de vouloir vendre des livres, j’avoue que j’en ai eu froid dans le dos.

On n’en est pas encore au retour des autodafés, en tout cas preuve est faite qu’il ne suffit pas d’avoir des titres universitaires (quels qu’ils soient – je ne suis pas allé voir) pour être à l’abri des dérives intellectuelles.

Des journalistes qui ne font pas d’investigation

Un mot sur l’ « appel de 15000 scientifiques » qui m’a été servi à pas moins de trois reprises durant le débat. Je n’avais pas remarqué à quel point cette initiative médiatique sans intérêt a marqué les esprits chez ces journalistes, qui n’ont semble-t-il pas fait le plus petit travail d’investigation sur son contenu – d’un malthusianisme assez limite – et ses signataires (voir ici et  pour quelques réflexions sur le sujet).

On peut être certain qu’une initiative comparable chez les climato-réalistes serait scrutée sous tous les angles (qui paye ? qui organise ? qui signe ? qui relaie ?) et sans la moindre pitié. Là, parce qu’on a affaire au Camp du Bien, la complaisance est de mise.

Ma boule de cristal me dit que dans quelques mois cet énième « appel » sera complètement oublié, remplacé par une autre initiative médiatique du même genre. En attendant, il va sans nul doute falloir continuer à se le voir infliger comme « argument » pendant encore quelque temps.

Michel Chevalet : l’esprit scientifique, enfin !

Dans cette comédie, Michel Chevalet a incarné l’ « honnête homme », au sens noble qu’on donnait à l’expression au XVIIe siècle (Wikipédia). S’il y en a un qui a survolé le débat, c’est bien lui. Il est le seul à avoir parlé de science, sans hésiter à entrer dans des détails techniques.

Un amateur passionné mais non passionnel, incontestablement celui qui est le mieux parvenu à tirer le débat vers le haut. Le journalisme scientifique n’est donc pas mort, ni l’esprit critique.

La personnalité la plus intéressante du débat m’a semblé être Élisabeth Lévy, dans le rôle du « bon sens » qu’elle s’est donnée. Elle a illustré à merveille ces propos que j’ai tenus il y a quelques jours à peine dans une interview à l’Agefi-Luxembourg :

Pour ce que je constate régulièrement, le grand public n’a jamais vraiment adhéré à cette histoire. Certes, en surface, le discours des uns et des autres est bien formaté. Toutefois, il n’y a jamais besoin de gratter beaucoup pour que les gens conviennent que les choses ne sont pas aussi simples. Je crois que dans sa très grande majorité le grand public n’est pas dupe des caricatures. Sans être nécessairement d’emblée climato-réalistes, les citoyens savent la valeur de la discussion libre, se méfient de la pensée unique, et ne manquent pas dans cette affaire de ce sens critique qui fait défaut dans les hautes sphères.

C’est très exactement ce qui s’est passé au fil des interventions d’Élisabeth Lévy : après quelques propos initiaux d’un carbocentrisme convenu, qu’elle aurait peut-être poursuivi si l’alter-pensant que je suis n’avait pas été sur le plateau, elle s’est métamorphosée en quelques minutes pour finalement devenir mon alliée la plus décidée.

Indirectement, elle donne raison aux carbocentristes qui refusent le débat avec les climato-réalistes : nous ne convainquons pas forcément, mais nous ré-autorisons les gens à penser librement, là où les Joffrin ne rêvent que d’une hégémonie de la pensée conforme.

Une méconnaissance crasse sur la question climatique

En-dehors de Michel Chevalet, j’ai été frappé de la méconnaissance abyssale des journalistes sur la question climatique, qui ne va guère au-delà de « moi, dans ma résidence secondaire de Savoie, j’ai constaté le recul d’un glacier ».

À chaque fois que je participe à un débat de ce genre je redoute d’être pris en défaut sur tel élément scientifique ou telle investigation qui m’aurait échappée, et à chaque fois je suis surpris de ne faire pour ainsi dire jamais face à des contradicteurs au niveau. Leur entre-soi est tellement total que c’est la première fois qu’il est envisageable que l’un de mes contradicteurs se soit renseigné sur les climato-réalistes avant l’émission (ses attaques m’ont semblé préparées).

Aucun d’eux, en revanche, ne s’est montré capable d’imaginer qu’il faudrait davantage qu’un « appel de scientifiques » pour me river mon clou. Sous-estimation de l’adversaire : erreur de débutant. Avertissement cordial à mes contradicteurs, donc : je vous suggère de bosser un peu plus vos dossiers la prochaine fois.

Les climato-réalistes doivent être patients

Il ne s’agit pas ici de prétendre toujours « gagner » les débats auxquels je participe, bien sûr, mais plutôt de dire qu’en face, ils sont décidément loin de mesurer trois mètres de haut. Ils ont la puissance médiatique, politique et économique, mais n’en sont pas moins un géant aux pieds d’argile, qui n’en impose qu’en l’absence d’opposant. Le temps joue contre eux, même s’il faut nous armer de patience car il est ici question de temps long, et même très long.

Il ne tient toutefois qu’à nous climato-réalistes de retrousser nos manches pour accélérer un peu l’histoire.


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