Les députés et leur indécente complainte de Noël

Forgive me by girl afraid (CC BY-NC-ND 2.0)

Cette année, oublions les orphelins de Madagascar ou les enfants malades du Bangladesh, car c’est en France que ça se passe : les laissés pour compte sont… des députés !

Par Nathalie MP.

Évidemment, les plaisirs que j’anticipe pour vous et moi ne sauraient nous faire oublier qu’on rencontre encore trop de malheur, trop de pauvreté et trop d’injustice dans ce monde de brutes.

Mais cette année, oublions les orphelins de Madagascar ou les enfants malades du Bangladesh, car c’est en France que ça se passe, sous nos yeux, à deux pas de chez nous, et dans une indifférence aussi totale que scandaleuse quand on songe que nous avons l’immense privilège de vivre dans LA patrie de l’égalité et des droits de l’homme.

Par bonheur, nos médias résolument engagés pour le meilleur de l’info auprès de notre belle République en marche française, se sont empressés de tirer le signal d’alarme, nous enjoignant d’ouvrir nos portefeuilles (ratures subtiles, clin d’oeil !) nos coeurs compatissants au cas infiniment émouvant et trop peu connu d’une catégorie de compatriotes qui se débattent depuis quelques mois dans la misère la plus noire et les difficultés personnelles insolubles : Mesdames et Messieurs, les Macron’s Boys & Girls n’y arrivent plus, il sont au bord de la crise de nerfs !

Ces députés qui mangent des pâtes

On découvre en effet avec stupeur et affliction la triste histoire de ces nouveaux conseillers, députés, ministres… qui, pour avoir emboîté avec enthousiasme le pas du pétulant Macron, se retrouvent purement et simplement exploités au travail pour des salaires de misère et des horaires dignes d’un ultra-capitalisme d’un autre âge.

À lire nos journaux, leur vie est devenu un enfer synonyme de burn-out généralisé, divorces en pagaille, baisse dramatique du pouvoir d’achat et malnutrition préoccupante.

La première alerte est venue d’un député LREM qui n’a même plus les moyens de se loger, se nourrir et se vêtir correctement tant le service de l’État ne paie pas :

 Je vais moins souvent au restaurant, je mange pas mal de pâtes, j’ai ressorti des vêtements de la cave et je vais devoir déménager.

C’est vrai quoi ! De nos jours, avec 5 782,66 € net par mois, plus quelques petites indemnités par-ci par-là et une rallonge récente de 1 200 € pour se loger à Paris, on ne s’en sort pas !

Les Restos du Coeur devraient réfléchir à ouvrir une cantine et un centre d’hébergement pour parlementaires en détresse. Voilà qui serait citoyen et solidaire. On ne peut laisser les hommes et les femmes en charge du législatif de la Nation coucher sous les ponts et dépérir d’inanition.

Des députés qui n’ont plus de vie personnelle

Mais il y a plus grave encore. Après l’inanition, l’aliénation : nos malheureux élus et autres conseillers, députés, de LREM ne s’appartiennent plus. Séduits par un Emmanuel Macron vert printemps pendant la campagne présidentielle, tout de pourpre et d’éclat régalien maintenant, ce sont non seulement leurs jours mais aussi leurs nuits, non seulement leur temps ordinaire mais aussi leurs vacances qu’ils doivent consacrer au bien de la France et des Français.

Regardez ce pauvre Castaner. Il n’en voulait certes pas, de ce poste de chef de parti ! Et ce n’est certainement pas lui qui aurait dit que la politique, c’est se placer « au bon endroit et au bon moment, sans forcément savoir ce que sera l’après. » En tout cas, s’il l’a dit, c’était probablement sous les effets de la drogue ou de l’émotion, ou alors dans une autre dimension. Car le voilà maintenant confronté à la dure perspective d’être avalé tout cru par le job :

J’ai disparu de ma vie privée. C’est dur, confie-t-il, je me suis effacé derrière une cause. Et cette cause, c’est lui.

Pour certains, cette « disparition de leur vie » pour « lui », Macron, va même jusqu’à créer des complications sentimentales tellement aiguës que l’inimitable Closer, habile à faucher le politicien au creux du lit, s’est intéressé au sujet. Les menaces de divorces rôdent dangereusement dans les cabinets ministériels et l’esprit de Noël semble absent, malgré le beau sapin qui trône dans la cour de l’Élysée :

À Noël, il va y avoir beaucoup d’ultimatums familiaux, genre Si tu y retournes (au taf avec Macron), je te quitte.

Tout ça… pour ça !

C’est horrible. D’autant plus horrible que toute cette abnégation matérielle et sentimentale s’est accompagnée d’un travail remarquable qui n’avait jamais, je dis bien jamais, été fait auparavant. D’ailleurs Macron l’a proclamé lui-même lors de son interview avec Delahousse : jamais depuis 20 ans, jamais depuis 40 ans, je suis le premier à l’avoir fait, le premier à l’avoir proposé, le premier à m’y être engagé etc. etc.

Bref, le gouvernement a tellement réformé, retaillé, reclassé et réarrangé, là où ça fait mal, là où tout le monde reculait, jours et nuits et vacances comprises, que dans le budget 2018 nos dépenses publiques, nos prélèvements obligatoires, notre déficit public et notre dette publique … sont tous en recul augmentent tous ! Français-zezé-Français, Joyeux Noël !

Alors ayons une douce pensée émue et reconnaissante pour ces vrais déshérités de l’engagement, pour ces « belles personnes » extraordinairement méritantes que leur dévouement sans faille à une tâche suprême auprès d’un chef jeune, beau, brillant et charismatique – mais exigeant because La France ! Mon Peuple ! etc.. – tient éloignées des réveillons gastronomiques, des comptes en banque rebondis et de la chaleur familiale.

Indécente complainte de Noël

C’est justement le moment d’entourer nos députés surmenés, abandonnés et sous-alimentés de toute la sollicitude dont nous sommes capables. Reconnaissons que leur prodigieux désintéressement est admirable et mériterait une récompense vraiment à la hauteur.

N’allons pas nous imaginer sans raison qu’ils cherchent à se faire plaindre et à passer pour les injustes victimes de leur sens du devoir. Et quoi qu’il nous en coûte, ne nous laissons surtout pas aller à la facilité mesquine de voir dans cette triste complainte de Noël une indécence aussi pleurnicheuse que grotesque. Amen.

Mais trêve de contes et fariboles à dormir debout ! Revenons sur Terre.

Pour vous, je souhaite que ce Noël imminent rejoigne ces moments simples et pourtant précieux où l’on oublie tout ce qui pèse et sépare pour se laisser aller au plaisir d’être bien ensemble, entre confection de bons petits plats, jeux idiots et amusants, rires, bavardages et joutes taquines qui font les grands moments des réunions familiales insouciantes et heureuses.  Très joyeux Noël 2017 à tous !

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