Idée reçue : “La dévaluation ravive l’économie d’un pays”

La dévaluation est l’archétype de la “fausse bonne idée”. C’est une politique monétaire et économique de paresseux qui refuse de voir la réalité de ses structures économiques en face. Elle ne mène donc que très rarement au succès.

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Idée reçue : “La dévaluation ravive l’économie d’un pays”

Publié le 5 décembre 2017
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Par Eddie Willers.

Depuis la fin de la campagne présidentielle et l’échec du Front National, la question de l’euro est un peu moins présente dans le débat politique. Fut un temps, nous entendions à longueur de journée de la part des représentants de ce parti que l’euro était la cause de tous nos maux et que le retour au Franc, émis par la Banque de France résoudrait tous nos problèmes.

Je ne suis pas un grand fan de l’euro car sa conception vise à centraliser le pouvoir monétaire entre les mains d’une seule institution et que le manque de concurrence n’est jamais bon pour la qualité du service final. Les manipulations auxquelles s’adonne joyeusement la BCE ces dernières années ne fait que me conforter dans cette idée.

Pourtant, je suis convaincu qu’un retour au Franc tel qu’envisagé par le Front National ne changerait pas grand chose et serait peut-être même pire : faisons les mêmes erreurs que Mario Draghi, mais deux fois plus fort sur un seul pays. Une de ces mauvaises idées consisterait à dévaluer le Franc.

Qu’est-ce qu’une dévaluation ? Une action qui consiste à abaisser volontairement la valeur d’une monnaie. Cela revient à décider qu’il vous faut moins de dollars pour acheter un euro.

Quelle est la conséquence directe de cette action ? Tous les biens qui s’achètent en euros, coûtent de facto moins cher en dollars. Cela a donc tendance à favoriser les exportations. Youpi, les exportations repartent à la hausse, cela crée des emplois, tout le monde est heureux.

Sauf qu’en s’arrêtant à ce raisonnement, on oublie le pendant de l’équation. Si le prix des exportations diminue, celui des importations lui … augmente ! Il vous faut plus d’euros pour acheter un dollar. Donc tous les biens qui s’achètent en dollars voient leur prix augmenter. Or quel est le premier bien sur cette planète qui s’achète en dollar et dont nous dépendons tous : le pétrole.

Donc d’un côté certaines entreprises vendent davantage grâce à l’export, mais de l’autre leurs coûts de production augmentent. Donc leurs profits varient peu, donc elles seront toujours aussi peu incitées à recruter et investir.

Vous me direz, si les entreprises voient leurs coûts de production augmenter à l’étranger, elles vont devoir s’adapter et peut-être que des fournisseurs locaux deviendront moins chers comparativement à des fournisseurs étrangers. Ce qui sera bon pour l’économie nationale.

Je vous répondrai que c’est tout à fait possible, cependant cela ne se fait généralement pas en un claquement de doigt. Vous aurez beau voir le prix à la pompe augmenter vous n’allez pas acheter le lendemain un véhicule électrique. Et entretemps, votre porte-monnaie va en prendre un sacré coup. Il se peut donc que vous n’ayez jamais les moyens d’opérer votre changement.

Indépendamment de cela, la dévaluation est une manière de protéger son économie de la concurrence d’autres producteurs, ailleurs dans le monde. Cela ne pousse donc pas les entreprises nationales à innover et proposer des services de meilleure qualité. Ainsi, elles tendent moins à construire un avantage concurrentiel solide et durable.

Enfin cette décision se fait au mépris des personnes qui souhaitent acheter des biens étrangers. Il est par exemple peu probable que la France puisse faire pousser des ananas dans l’Hexagone. Il est normal que les personnes qui souhaitent consommer de l’ananas puissent le faire, et pour cela il faut en acheter dans une autre monnaie.

Dommage pour les amateurs d’ananas, la dévaluation fera croître le prix de leur fruit préféré. La dévaluation est donc une forme de restriction de la liberté des individus au bénéfice d’un patriotisme mal placé. Car si la France n’exporte pas plus qu’elle n’importe après la dévaluation, l’effet de cette action politique sera désastreux.

Et il se peut que personne dans le monde ne veuille de vos biens et services : pas assez beaux, pas assez fonctionnels, inadaptés à leur marché. Dévaluer la monnaie n’aidera alors en rien les entreprises françaises : leurs coûts augmenteront, elles ne répondront toujours pas à la demande du reste du monde et vous aurez érigé des barrières qui les protègent de la concurrence et ne les poussent donc pas à innover.

La dévaluation est donc l’archétype de la “fausse bonne idée”. C’est une politique monétaire et économique de paresseux qui refuse de voir la réalité de ses structures économiques en face. Elle ne mène donc que très rarement au succès.

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  • Vous avez un bien, vous le vendez à moins 20%, il’s’agit d’une d’évaluation volontaire…….pour permettre sa vente.
    Une d’évaluation permet l’augmentation de échanges pas en qualité mais en quantité, échanges bloqués à cause d’un prix inadéquat.
    Donc , il a a effet positif contrairement à ce que vous avancez !
    De toute façon c’est le marché qui commande , on dévalue parceque qu’on est surévalué, une surévaluation est toujours négative et il ne sert à rien de résister au marché , le marché a toujours le dernier mot.

    • Dévaluer, ça peut vite devenir « vendre à perte ».

    • Bien vu.
      Je m’etonne de cette tribune sur ce site, car qu’est ce que le taux de change sinon le prix de la monaie ? Et comment fixe-t-on ce prix ?

      1) Soit par le marche (des monnaies nationales flottantes dont les prix varient au cours du temps).

      2) Soit le prix est reglemente par le politique (desormais on fixe un taux de change fixe et immuable entre le franc, le mark et les autres).

      Les gens qui defendent le principe le principe de l’euro (et son taux de change fixe) ne sont pas liberaux mais conservateurs.

      • Les veritables liberaux comme Milton Fridman, Maurice Allais ou aujourd’hui Charles Gaves sont logiquement hostile au principe meme de la monnaie unique.

  • Enfin un article qui nous change du délire monétaire : n’importe quoi sur le franc CFA, le « pétro » de Maduro et la perplexité de banques centrales.
    J’ajouterais un autre point : dévaluer, c’est par rapport aux autres, or on est impuissant sur les cours des autres monnaies. Supposez par exemple que tout le monde dévalue en même temps !

  • J’en rajoute sur le CFA, pour montrer que presque personne ne sait ce qu’est vraiment une monnaie : https://yvesmontenay.fr/2010/09/09/la-souverainete-monetaire-et-le-franc-cfa/
    En 7 ans cet article n’a pas pris une ride !
    Aspect psychologique : CFA signifiait dans le passé « Colonies Françaises d’Afrique » ! Si j’avais j’ai été notre président, j’aurais proposé de l’appeller « afro » …

  • La dévaluation se pratiquait de manière autoritaire par une décision politique à l’époque où les devises étaient définies par un taux fixe par rapport au dollar. Ce monde n’existe plus depuis longtemps. C’est le marché qui fixe librement et en permanence les cours des devises convertibles les unes par rapport aux autres. On ne s’en plaindra pas. Les banques centrales peuvent bien entendu faire varier indirectement les taux de change en agissant sur les taux d’intérêt.

    • Les banques centrales peuvent temporairement peser sur les taux. Mais les marchés finiront par avoir raison des prétentions des banquiers centraux car ces derniers ne peuvent pas travestir la réalité éternellement. Nous serons tous victimes de leurs manipulations, subissant la crise qu’ils auront créée.

    • @ Jacques Peter
      « Ce monde n’existe plus depuis longtemps. » Ah! Bon! Avant l’€, la France a dévalué bien des fois, même son « nouveau franc »: dans mon souvenir 35% (de plus) au moins que la devise de mon pays qui n’était pas la Suisse! Et l’€ s’est rapproché du $, à 1 €=1,17$!

      La France a aussi usé et abusé de cette mauvaise dévaluation aux effets si courts et pour finir, toxiques!

  • On a vu, en effet, à l’époque Mitterand que les dévaluations successives n’avaient eu qu’ un impact négatif ,il avait même fallu instaurer un contrôle des changes; et la balance des paiements n’était pas aussi catastrophique que maintenant !

  • Bravo pour cet article. La France doit se poser les bonnes questions et entre autre pourquoi nos entreprises moyennes sont-elles handicapées en matière d’exportations. La réponse est dans le gâchis des « gestions » étatiques depuis plus de 35 ans. Tout est à revoir dans le cadre d’un nettoyage par le vide. La simplification de nos taxes et autres cotisations diminuera de facto le nombre de fonctionnaires pour les contrôler. Et si notre nombre de fonctionnaires diminue nos charges « étatique » vont très vite s’effondrer … nous pourrions commencer par nos bulletins de salaire qui sont passées en 35 ans d’un format A5 à 3 page de format A4 que seuls quelques experts savent lire.
    Nous sommes ridicules, et notre complexité nous rends improductifs.

  • « Or quel est le premier bien sur cette planète qui s’achète en dollar et dont nous dépendons tous : le pétrole. « 
    remettons en perceptive le cour du pétrole.
    Si le Franc perd 30 % par rapport au $, cela renchérie de 30 % le pétrole.
    En ce moment le cour est environ de 60 $ le baril, en 2008 il est monté jusqu’à 140 $ le baril, soit plus de 100 % de plus qu’aujourd’hui !

  • Bonsoir Monsieur Willer,
    Ce que vous dites est D’AUTANT PLUS VRAI qu’il s’agit de dévaluations rampantes (((« politique-des-petits-pas »))). Dans lesquelles « on-ne-touche-jamais le fond ».
    La débandade.
    Le meilleur exemple étant la IV° République, complètement essorée par « La Guerre d’Indochine » : Le Trésor français avait lassé le F.M.I., plus aucune institution n’avait la moindre confiance envers le Franc, nos « Gouvernements » en étaient réduits à mendier l’aide U.s.
    Par contre
    le 25 juin 1928, Poincaré avait dévalué le « Franc Germinal »……… de 80%, créant un immense électrochoc, complété par une réduction tout aussi énorme des dépenses de l’Administration, une forte augmentation des droits de douane, etc.
    Derrière ces retranchements, la production industrielle, à peine supérieure en 1921, à 55% de celle de 1913, atteignait enfin 144% d’avant-guerre en août 1930.
    Malheureusement, tout cela isolait la France de la crise mondiale née à Wall street. Et, comme vous le soulignez, l’effort courageux de doper la compétitivité n’était plus à l’ordre du jour.
    En plus, en 1931, c’est le Royaume-Uni qui dévalue, et tout est à recommencer!!!!!!!!!!!!!! mais qui s’attendait à pareil chaos – – – – dans « Le camp des Vainqueurs »?

  • Très bien .
    Savez -vous que de 1948 à 1987 les 40 Piteuses que des pitres pseudo économistes appellent ……avec un G majuscule ben voyons
    1 DM valait 0,64 Fr ( 64,50 F anciens en 48
    1 DM = 3,35 Fr en 87 soit 423 % de dévaluation pour 17 dévaluations
    L’ auteur n’ a pas signalé la monnaie qu’ on achète ou vend avant et l’ inverse après.
    Enfin en positif Rueff , Pinay avec l’ élection de CDG en 58
    La gestion d’Etat est toujours celle de la IV em sauf qu’ elle produit de la dette et beaucoup .
    MORILLE Alain

  • Comme le dirait Bill Bonner mieux que moi, la dévaluation n’a qu’un intérêt tout relatif. Et dans une économie d’exportation comme l’Allemagne, le mark fort n’a jamais empêché BMW, VW, BASF ou Siemens de travailler.
    Il faut voir cet excès et abus de pouvoir du monopole de la violence légitime comme une quasi-taxation du capital qui ne dit pas son nom. La hausse du prix et la dévaluation ont trois effets tacitement recherchés:
    1. réduire la dette extérieure en nominal par rapport aux unités de compte internationales (étalon-or, USD ou ECU d’avant 1999);
    2. réduire le service de la dette en baissant le taux d’intérêt réel supporté par les épargnants nationaux;
    3. taxer la hausse du prix nominal des actifs: ma maison vaut plus cher non pas qu’elle soit plus belle mais que le référentiel de prix a monté. Le contribuable doit donc supporter les effets d’une plus-value latente sans cause réelle!

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