Idée reçue : “La dévaluation ravive l’économie d’un pays”

La dévaluation est l’archétype de la “fausse bonne idée”. C’est une politique monétaire et économique de paresseux qui refuse de voir la réalité de ses structures économiques en face. Elle ne mène donc que très rarement au succès.

Par Eddie Willers.

Depuis la fin de la campagne présidentielle et l’échec du Front National, la question de l’euro est un peu moins présente dans le débat politique. Fut un temps, nous entendions à longueur de journée de la part des représentants de ce parti que l’euro était la cause de tous nos maux et que le retour au Franc, émis par la Banque de France résoudrait tous nos problèmes.

Je ne suis pas un grand fan de l’euro car sa conception vise à centraliser le pouvoir monétaire entre les mains d’une seule institution et que le manque de concurrence n’est jamais bon pour la qualité du service final. Les manipulations auxquelles s’adonne joyeusement la BCE ces dernières années ne fait que me conforter dans cette idée.

Pourtant, je suis convaincu qu’un retour au Franc tel qu’envisagé par le Front National ne changerait pas grand chose et serait peut-être même pire : faisons les mêmes erreurs que Mario Draghi, mais deux fois plus fort sur un seul pays. Une de ces mauvaises idées consisterait à dévaluer le Franc.

Qu’est-ce qu’une dévaluation ? Une action qui consiste à abaisser volontairement la valeur d’une monnaie. Cela revient à décider qu’il vous faut moins de dollars pour acheter un euro.

Quelle est la conséquence directe de cette action ? Tous les biens qui s’achètent en euros, coûtent de facto moins cher en dollars. Cela a donc tendance à favoriser les exportations. Youpi, les exportations repartent à la hausse, cela crée des emplois, tout le monde est heureux.

Sauf qu’en s’arrêtant à ce raisonnement, on oublie le pendant de l’équation. Si le prix des exportations diminue, celui des importations lui … augmente ! Il vous faut plus d’euros pour acheter un dollar. Donc tous les biens qui s’achètent en dollars voient leur prix augmenter. Or quel est le premier bien sur cette planète qui s’achète en dollar et dont nous dépendons tous : le pétrole.

Donc d’un côté certaines entreprises vendent davantage grâce à l’export, mais de l’autre leurs coûts de production augmentent. Donc leurs profits varient peu, donc elles seront toujours aussi peu incitées à recruter et investir.

Vous me direz, si les entreprises voient leurs coûts de production augmenter à l’étranger, elles vont devoir s’adapter et peut-être que des fournisseurs locaux deviendront moins chers comparativement à des fournisseurs étrangers. Ce qui sera bon pour l’économie nationale.

Je vous répondrai que c’est tout à fait possible, cependant cela ne se fait généralement pas en un claquement de doigt. Vous aurez beau voir le prix à la pompe augmenter vous n’allez pas acheter le lendemain un véhicule électrique. Et entretemps, votre porte-monnaie va en prendre un sacré coup. Il se peut donc que vous n’ayez jamais les moyens d’opérer votre changement.

Indépendamment de cela, la dévaluation est une manière de protéger son économie de la concurrence d’autres producteurs, ailleurs dans le monde. Cela ne pousse donc pas les entreprises nationales à innover et proposer des services de meilleure qualité. Ainsi, elles tendent moins à construire un avantage concurrentiel solide et durable.

Enfin cette décision se fait au mépris des personnes qui souhaitent acheter des biens étrangers. Il est par exemple peu probable que la France puisse faire pousser des ananas dans l’Hexagone. Il est normal que les personnes qui souhaitent consommer de l’ananas puissent le faire, et pour cela il faut en acheter dans une autre monnaie.

Dommage pour les amateurs d’ananas, la dévaluation fera croître le prix de leur fruit préféré. La dévaluation est donc une forme de restriction de la liberté des individus au bénéfice d’un patriotisme mal placé. Car si la France n’exporte pas plus qu’elle n’importe après la dévaluation, l’effet de cette action politique sera désastreux.

Et il se peut que personne dans le monde ne veuille de vos biens et services : pas assez beaux, pas assez fonctionnels, inadaptés à leur marché. Dévaluer la monnaie n’aidera alors en rien les entreprises françaises : leurs coûts augmenteront, elles ne répondront toujours pas à la demande du reste du monde et vous aurez érigé des barrières qui les protègent de la concurrence et ne les poussent donc pas à innover.

La dévaluation est donc l’archétype de la “fausse bonne idée”. C’est une politique monétaire et économique de paresseux qui refuse de voir la réalité de ses structures économiques en face. Elle ne mène donc que très rarement au succès.

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