L’anti-technologie, une autre façon de couler la France

L’état d’esprit « anti-techno » d’une grande partie de la classe politique française pourrait se révéler aussi nuisible à terme que son étatisme.

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L’anti-technologie, une autre façon de couler la France

Publié le 20 novembre 2017
- A +

Par Nicolas Perrin.

Au mois d’octobre 2016, Barack Obama s’entretenait avec le directeur du MIT Media Lab Joi Ito, entretien retranscrit dans le prestigieux magazine techno américain Wired.

Au menu de cette interview, l’intelligence artificielle et les enjeux qui en découlent : les voitures autonomes ; les nouvelles formes du travail ; le pouvoir des GAFA (les géants de l’internet Google, Amazon, Facebook et Apple) ; le rôle de l’État dans ce domaine ; la cybersécurité…

Penser la révolution numérique

Eh oui, un président peut avoir une vision de l’avenir du monde ! Certes, pas une vision particulièrement originale, mais l’homme est en tout cas suffisamment bien entouré pour savoir qu’un responsable politique de premier plan ne peut pas se passer d’une maîtrise globale de la révolution numérique, tant ce sujet est crucial.

Les hommes politiques ont dans leur panoplie toute une kyrielle de moyens pour condamner un pays. L’un d’entre eux, particulièrement redoutable, consiste à ignorer majestueusement une révolution technologique qui se déroule pourtant devant nos yeux et qui n’en est qu’à ses balbutiements.

Les précédentes révolutions technologiques ont toujours redistribué les cartes. Les pays qui en sont sortis plus forts sont ceux qui ont réagi à temps pour permettre à des institutions adéquates de se mettre en place.

L’exemple de la première révolution industrielle

Vous en doutez ? Prenons le cas de la première révolution industrielle. L’accueil réservé par Colbert à Denis Papin, lorsqu’il lui présentait ses expériences sur le vide, n’était pas des plus chaleureux.

Quelques années plus tard, la machine à vapeur voyait le jour de l’autre côté de la Manche. Papin finit membre de la Royal Society of London, institution née d’une initiative privée avec des membres intégrés par cooptation et libres de mener les recherches dans la direction où ils l’entendaient.

L’Académie Royale des Sciences parisienne, créée par Colbert, est quant à elle demeurée cadenassée par le pouvoir politique avec les résultats que l’on sait.

L’incompétence, l’inertie, ou pire, le déni pour transformer une opportunité économique en défaite

Le numérique n’est pas une technologie dont les effets se cantonnent à certains domaines, comme l’information et la communication. Avec Uber, c’est le domaine du transport de personnes qui change. On nous annonce la même chose avec la blockchain et les fintechs au niveau des activités bancaires. L’intelligence artificielle pourrait quant à elle rapidement bouleverser des domaines aussi variés que la comptabilité, la médecine ou encore la justice. Les technologies numériques transforment tous les business models.

Ignorer la révolution numérique est à peu près aussi grave que de faire abstraction de l’électricité dans la deuxième moitié du XIXe siècle. Sans parler des enjeux de la robotisation…

Que voyons-nous ? D’un côté, la Maison Blanche tweete : « I’m a science geek. I’m a nerd, and I don’t make any apologies for it » (« Je suis un fondu de science. Je suis un nerd et je ne m’en excuse pas », ndlr), et de l’autre, le candidat que les médias nous vendent comme notre avenir, Juppé, 71 ans, pour qui les réseaux sociaux sont la « poubelle de l’univers » avec laquelle nous sommes bien obligés de vivre, même s’il vaut mieux ne pas y fouiller. Mais qu’attendre dans une France où le président en exercice n’a pas d’écran d’ordinateur sur son bureau et où le président sortant a découvert l’existence du Bon Coin au mois de mai 2016 ?

Certaines personnalités, comme le chirurgien-urologue, auteur et chef d’entreprise Laurent Alexandre, s’efforcent de porter ces enjeux à l’attention des politiques. Avec peu de succès jusqu’à présent, ce qui est d’autant plus inquiétant à l’heure où les GAFA viennent de conclure un partenariat sur l’intelligence artificielle en vue de définir de « bonnes pratiques » sur le plan éthique. L’état d’esprit « anti-techno » d’une grande partie de la classe politique française pourrait se révéler aussi nuisible à terme que son étatisme. Un autre très bon moyen de couler la France.

Etre anti-technologie : une question d’âge, ou de volonté ?

De Gaulle et Pompidou, lorsqu’ils ont permis à la France de leur époque d’entrer dans la modernité, n’étaient plus dans leur prime jeunesse. Comme bien souvent, le problème tient plus à une réelle volonté de sortir de ses habitudes, de sa zone de confort, pour agir. Les hommes politiques doivent d’abord accepter que le monde dans lequel ils vivent n’est plus celui dans lequel ils ont commencé leur carrière. Soit, pour une grande partie d’entre eux, les années… 1970.

Pour plus d’informations de ce genre, c’est ici.

Article initialement publié en novembre 2016.

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  • Selon le Collins: computer nerd = « informaticien boutonneux ». Ce n’est pas la première chose qui vient à l’esprit au sujet d’Obama 😀

    Je trouve l’article de Wired assez intéressant. On aimerait bien lire des dialogues de ce niveau avec nos politiciens… Pour les anglophones:
    https://www.wired.com/2016/10/president-obama-mit-joi-ito-interview/

  • Beaucoup de ministres n’ont pas non plus d’ordinateur sur leur bureau.

  • « J’ai toujours été fasciné par les ordinateurs, internet, le numérique. Je ne m’en cache pas. J’ai passé des heures à la découverte des secrets de mon premier ordinateur, un portable Toshiba T2100. En 1993, bien avant Firefox, Safari ou IE, je surfais déjà sur Mosaïc: c’était assez rudimentaire, les pixels n’étaient franchement pas très nets, les écrans monochromes, mais je pressentais les opportunités infinies offertes par le numérique. Et 23 ans plus tard, nous y sommes.
    La révolution digitale transforme le quotidien. Le mien avec mon smartphone et toutes les applications téléchargés qui me procurent de vrais services dans la journée. Celui des Français aussi. Médecine prédictive, objets connectés, tous les savoirs mais aussi les séries télé à portée de clics, les voitures sans conducteur: les perspectives sont enthousiasmantes.
    Le numérique, c’est la liberté, la capacité pour la jeunesse de renverser la table et de réussir sans attendre que les tempes grisonnent. C’est également un formidable moyen pour nos entreprises, nos administrations d’améliorer la qualité des services et des produits en réduisant les coûts…. Sur ce terrain, la France a sa carte à jouer. A nous de saisir cette opportunité. » (François Fillon)
    Extrait de « pour vous mon programme en 50 mots »
    http://fr.calameo.com/read/00491588244d1ca56f494

    • Une pub électorale … idiote, si je comprends bien!

      (j’utilisais l’informatique 8 ans avant Fr.Fillon, si je comprends bien?)

      Et, évidemment non! L’intelligence artificielle ne va pas « bouleverser » la médecine.

      En 1976, je voyais déjà utiliser les cartes perforées, en routine, « mécanographie » travaillant déjà par lumière, précurseur de l’informatique de type électronique!

      On en est aux commandes de prothèse à partir des ordres venus du cerveau, par seule intention. La médecine n’attend que de nouvelles réalisations techniques!-, pour faire plus et mieux, plus vite! Rien à voir avec les politiciens, évidemment!

      De même, le passage de la radiophonie à antenne et lampes, au transistor à semi-conducteurs, sur piles, donc mobile (fin des années ’50?) et ondes radio arrivant d’un satellite aussi artificiel que le spoutnik (copie?) russe exposé dans le pavillon de l’URSS à l’expo universelle de Bruxelles en 1958.

      Mais on ne comprend rien à tout ça, en sortant de l’E.N.A., école créée pour repeupler l’administration de vrais hauts-fonctionnaires d’état compétents après les pertes de la guerre (et de la trahison) (guerre de 40-45, si la précision est nécessaire!) mais demeurée depuis, aux frais de la princesse, sans autre objectif que de maintenir cette solidarité de clan néo-aristocratique!

      Être le gosse de 2 ENArques, au hasard: Fr.Hollande et S.Royal: quelle tare!!! Bon, matériellement, ça ira, mais socialement!, C’est pas le pied!

      Mais c’est le privilège d’un vieux pays, confit dans son conservatisme avec une frousse du changement qui a fini par consacrer « le principe de précaution » car ‘On ne sait jamais! » Les « Aventuriers du XXIième siècle!!! Ceux qui rateront tous les épisodes de l’aventure appelée : « AVENIR! », (en tout cas comme pionniers!). C’est un choix!

  • Je n’ai jamais utilisé le bon coin ni eBay, c’est mal ?

    • Oui mais vous savez ce que c’est, à quoi ça sert, les possibilités que ça offre. Eux, ne savent même pas utiliser un ordi….

      • Bof ! Ne pas savoir utiliser un ordi ne montre que le fait de ne pas faire partie des « fools » pour lesquels les interfaces « foolproof » ont été conçues. Ce qui est plus grave, c’est de ne pas savoir ce que c’est que programmer un ordi, ou de penser qu’on est supérieur parce qu’on ne se décharge pas de ses corvées répétitives vers un ordi, mais sur ses subordonnés…

    • Ouais, votre place en enfer est réservée dans la section vip 😀

      • Non, ce n’est pas mauvais, dès qu’il faut envoyer des €, d’avoir un « warning » dans la tête pour réétudier le système! (Mais oui, les sites les plus connus sont corrects!).

    • Non, mais vous perdez des occasions de gagner du temps et de faire des affaires!

  • ils ont de fait un ordinateur dans leur poche..mais dont ils se servent comme téléphone certes…
    Il y a bien une techno-phobie mais les exemples cités sont anecdotiques.
    C’est la politique et l’argent public la question.

  • Mais quand il s’agit de percevoir des taxes la modernité est vite là. 2005 moins de 50% des français sont sur internet. 2016 obligation pour tous de payer ses impôts sur internet, même pour ceux qui n’y connaissent rien ou qui sont mal connectés. Intolérance Zéro de ces racketteurs.

  • Il n’y a pas que les politiciens à être anti-techno et anti-science. Ce sont les français qui sous l’influence des écologistes le sont devenus. On refuse les vaccins, les OGM, les pesticides, etc… toute nouveauté est attaquée, les téléphones émettent des ondes nuisibles pour la santé, les nanoparticules vont s’infiltrer partout et j’en passe puisque quel que soit le sujet il est dangereux. Le principe de précaution, imposé par un vieux gâteux, est le symbole, puisque la France est le seul pays au monde à l’avoir inscrit dans la Constitution? Se condamnant ainsi au déclin!

  • Le meilleur moyen de favoriser les nouvelle technologies, c’est précisément que l’état ne s’en mêle pas.
    Il faudra aussi arrêter de tirer dans les pattes des entreprises qui les utilisent et/ou les développent avec des réglementations et des taxes débiles.

  • Accusations gratuites. Si les hommes politiques de premier plan ne sont pas tous des cadors en NTIC, ils sont entourés de gens qui savent, eux.
    Je note que cet article sort le même jour que celui où notre premier ministre évoque la stratégie industrielle de l’Etat (cf fonds de 10 milliards d’euros) et donne comme premier exemple le soutien au véhicule autonome ; ce n’est probablement pas l’exemple le plus heureux, car sur ce sujet, il est indéniable qu’on se fera tailler des croupières par l’Amérique et la Chine et qu’on dépensera donc notre pognon en pure perte… mais au moins cela montre que l’Etat se préoccupe des sujets bien dans l’air du temps.
    Si l’on prend d’autres exemples, comme Uber, Airbnb, voire le génie génétique, on s’aperçoit aussi assez bien que nos hommes et femmes politiques n’ignorent pas techniquement ces sujets mais font tout, dans certains cas, par le biais de la règlementation, pour en limiter l’essor.
    L’ennemi du progrès n’est pas l’incompétence politique, mais bien comme toujours la tentation réglementaire.

    • Les croupières qu’on se fera tailler avec les véhicules autonomes, ce sera autant de milliards en moins donnés par le contribuable en pure perte en subventions à des Elon Musk and co. Les décideurs ne sont pas entourés de techniciens compétents, ceux-ci sont dans les entreprises. Ils sont entourés de courtisans intéressés et de promoteurs d’avions renifleurs. C’est très bien que les politiciens ne comprennent rien à la technologie, ils devraient seulement se souvenir de Pompidou : « Il y a trois manières de se ruiner : le jeu, les femmes et la technologie. Le jeu est la plus rapide, les femmes la plus agréable, et la technologie la plus sûre ».

      • @ MichelO
        Jusqu’à présent Elon Musk a bien utilisé les subventions données surtout à ses clients, en France, en tout cas! et vos références historiques de 1974 (au mieux) faisaient peut-être loi en France, l’automobile quasi autonome est en bonne voie mais autorisée nulle part sur la voie publique, actuellement: on est plus dans presqu’une réalité que dans une technologie d’avenir!
        onclusion: les Français haïssent le risque!

        • Ah mais c’est qu’en pays luddite, on a instauré le principe de précaution. Histoire de se défausser de ses responsabilités, de rester sur des acquis (même temporaires), de lutter contre des moulins.

          Nous avons 10 ans de retard sur les trains japonais, 5 ans de retard sur les pratiques d’entreprise aux USA…

        • Vous me faites marrer avec vos bagnoles autonomes. Ce dont on a besoin, c’est de bagnoles qui demandent peu à leurs conducteurs, mais le coût pour ne plus rien lui demander du tout est démesuré. La preuve, Elon Musk ne fait que des pertes colossales, avec l’argent du contribuable, il a raté une vocation de ministre français, ce type. Et les références de 74 valent bien le théorème de Pythagore ou le principe d’Archimède : la technologie doit être conduite par le marché, sans subventions ni directives politiciennes, c’est une question de survie financière, que j’ai pu vérifier en pratique professionnelle en France et à l’étranger chaque jour depuis ces années 70.

  • Ce qui se passe est plus grave encore. Par crainte irréfléchie de la science on veut nous condamner à un monde de restrictions et de rationnement : nourriture, énergie, voyage. La recette idéale pour le malheur, les tensions, les guerres.

    • On sait pertinemment que le reste sera réservé aux happy few, plus égaux que les autres, aux « faites-ce-que-je-dis,pas-ce-que-je-fais ». Comme d’habitude.

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