Trois questions sur l’accord nucléaire iranien

La semaine devrait être cruciale pour la question du nucléaire iranien : Donald Trump pourrait cette semaine demander de nouvelles mesures de rétorsion pour forcer Téhéran à respecter ses engagements. Pour mieux comprendre, l’avis de deux experts.

Les décideurs américains et internationaux sont fortement divisés quant à savoir s’il faut poursuivre le traité du Joint Comprehensive Plan of Action (JCPOA), aussi appelé accord nucléaire iranien.

D’une part, le président Trump a été prié de retirer la certification du traité par les sénateurs Tom Cotton, Ted Cruz, David A. Perdue et Marco Rubio, ainsi que par l’ancien ambassadeur à l’ONU, John Bolton, par exemple. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahou a lui aussi demandé la renégociation du JCPOA.

D’autre part, le secrétaire d’État américain Rex Tillerson et le secrétaire d’État américain à la Défense James Mattis, le général Joseph Dunford, les chefs d’état-major interarmées, ont tous fait valoir que le maintien du JCPOA est dans l’intérêt de la sécurité nationale des États-Unis et ont été réticents à le désavouer.

Les anciens secrétaires d’État des États-Unis, John Kerry et Madeleine Albright, ont tous deux appuyé fermement le JCPOA. L’ancien conseiller du Premier ministre israélien Netanyahou pour la sécurité nationale, Uzi Arad, a exhorté la Maison-Blanche et le Congrès à ne pas abandonner le JCPOA.

En outre, un groupe de plus de 180 démocrates, dirigé par le représentant Ted Deutch et David Price, a envoyé une lettre au président Trump l’exhortant à recertifier l’accord nucléaire iranien au Congrès avant même la date limite du 15 octobre.

Contrepoints a demandé au Dr. Hall Gardner, directeur du Department of International and Comparative Politics à la American University of Paris et au Dr. Majid Golpour, sociologue, collaborateur scientifique à l’Université Libre de Bruxelles, spécialiste de l’Islam et du Moyen-Orient, deux éminents experts sur les questions iraniennes et géopolitiques, leur analyse sur cette question.

1- Que pensez-vous de l’accord nucléaire iranien (JCPOA) et dans quelle mesure aura-t-il un effet sur la capacité de l’Iran à développer une arme nucléaire ?

Dr. Hall Gardner : Le 15 août, l’administration Trump décidera si oui ou non l’accord nucléaire iranien (JCPOA), qui a été signé par la France, l’Allemagne, le Royaume-Uni, l’Union européenne, la Russie et la Chine, sera reconduit. Cette décision n’est pas le résultat du JCPOA lui-même, mais de la loi sur l’examen de l’accord nucléaire iranien (INARA), qui a été promulguée par le président Obama et le Congrès américain à l’été 2015. Le président Obama avait d’abord voulu opposer son veto à l’INARA parce qu’il pensait que cela donnerait trop de pouvoir au Congrès, mais il n’avait pas assez de soutiens au Congrès pour y opposer son veto. Selon l’INARA, le président américain doit déclarer tous les 90 jours que l’Iran se conforme au JCPOA et que Téhéran n’essaie pas de faire progresser sa capacité d’armement nucléaire.

D’ici le 15 août, le président Trump a deux options : (1) l’approche de « l’acceptation », qu’il a déjà adoptée à deux reprises ; ou (2) l’approche de « désaccréditation et de renégociation ». Beaucoup croient qu’il choisira ce dernier. Mais d’autres options, telles que la prise de mesures pour négocier de nouveaux traités multilatéraux sont possibles et ne sont apparemment pas envisagées actuellement.

Washington pourrait néanmoins engager d’autres sanctions contre l’Iran qui ne sont pas liées à la JCPOA.

La première option est l’approche de « l’acceptation ». Dans cette option, Trump pourrait certifier que l’Iran travaille en accord avec le JCPOA et que les États-Unis « accepteront » le JCPOA et n’imposeront pas de sanctions à l’Iran en rapport avec le JCPOA, qui traite principalement des questions d’enrichissement nucléaire et des armes nucléaires.

Mais Washington pourrait néanmoins engager d’autres sanctions contre l’Iran qui ne sont pas liées à la JCPOA, telles que des sanctions en réponse aux essais de missiles balistiques et de missiles de croisière par l’Iran ou aux violations des droits de l’homme par l’Iran.

La deuxième option est l’approche de « décertification et de renégociation ». Dans cette approche, Trump déciderait de ne pas certifier que l’Iran se conforme à la JCPOA. Il appartient alors au Congrès américain de décider en moins de 60 jours ce qu’il faut faire si l’Iran enfreint réellement le JCPOA. Il est possible que le Congrès décide de maintenir le JCPOA. Mais cette possibilité semble peu probable en raison de la forte opposition des républicains et des démocrates à la JCPOA.

Le Congrès pourrait exiger des contrôles plus stricts sur les capacités de l’Iran en matière de missiles balistiques et de missiles de croisière.

Si le Congrès estime que l’Iran enfreint le JCPOA, il pourrait exiger la renégociation du JCPOA. Une renégociation de l’Accord pourrait, par exemple, tenter d’éliminer les « clauses de temporisation » en vertu desquelles les restrictions aux activités nucléaires de l’Iran devraient être supprimées progressivement en moins de 14 ans.

Le Congrès pourrait également exiger qu’un JCPOA renégocié s’emploie à renforcer les inspections internationales des installations nucléaires et militaires et des capacités d’enrichissement de l’Iran.

Le Congrès pourrait également exiger des contrôles plus stricts sur les capacités de l’Iran en matière de missiles balistiques et de missiles de croisière, et faire pression sur l’Iran pour qu’il réduise son soutien aux organisations « terroristes », telles que le Hezb’allah et le Hamas, entre autres activités – mais que le JCPOA n’était pas censé aborder.

En réponse, l’Iran et son parlement exigeraient très probablement des concessions de la part des États-Unis, que Washington, sous Obama, avait refusé auparavant, rendant ainsi impossible la mise en œuvre d’un nouveau traité de compromis. Le parlement iranien s’est fermement opposé aux efforts des États-Unis pour limiter leurs programmes de missiles et pour s’ingérer dans la politique étrangère iranienne.

La question politique la plus profonde est que l’Iran pourrait bientôt entrer dans une crise de succession politique.

Si le Congrès américain décidait de renégocier l’accord, et si l’Iran se montrait réticent à le faire, comme cela semble probable, le Congrès pourrait alors essayer d’exercer une pression plus forte sur l’Iran en réimposant des sanctions antérieures liées à son programme d’énergie nucléaire.

Le Congrès pourrait, par exemple, cibler les entreprises et les banques étrangères qui font des affaires avec l’Iran, ce qui aurait un impact sur les entreprises européennes, russes et chinoises.

Pourtant, la question politique la plus profonde est que l’Iran pourrait bientôt entrer dans une crise de succession politique une fois que son dirigeant suprême, Ali Khamenei, qui vieillit, aura démissionné ou qu’il mourra.

Les efforts visant à renégocier l’Accord renforceront les partisans de la ligne dure iranienne.

Si le Congrès américain décidait de renégocier le traité JCPOA lors d’une crise de succession politique, cela pourrait renforcer les positions des partisans de la ligne dure iranienne contre les États-Unis, Israël et l’Arabie saoudite, et augmenter les probabilités que l’Iran se rapproche davantage de la Russie et de la Chine, voire même de la Corée du Nord nucléaire.

Washington doit tout mettre en œuvre pour encourager les réformateurs iraniens et ne pas saper leurs efforts pour contrôler le pouvoir et l’influence des gardes révolutionnaires iraniens.

Il est cependant fort probable que les efforts visant à renégocier l’Accord renforceront les partisans de la ligne dure iranienne. Les critiques de la politique de Trump affirment donc que Trump ne doit pas retirer sa certification au JCPOA, en particulier s’il ne possède pas une preuve extrêmement solide de la violation par l’Iran de la JCPOA.

Le risque est que la décertification non seulement pourrait miner le JCPOA après dix ans de négociations, mais aussi la coopération positive des États-Unis avec les Européens, la Russie et la Chine, ce qui risquerait d’isoler davantage les États-Unis.

On pourrait en outre faire valoir que le fait de saper le JCPOA à ce moment-là confirmerait les vues intransigeantes de la Corée du Nord selon lesquelles on ne peut pas faire confiance aux États-Unis, ce qui rendrait presque impossible la conclusion d’un éventuel accord nucléaire avec Pyongyang et l’administration Trump.

Pourtant, en dépit d’une très forte opposition contre le retrait de la certification du JCPOA, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’administration Trump – qui avait à contrecœur certifié le JCPOA deux fois auparavant, conformément à l’approche de la « l’acceptation » -, il semble probable que Trump renoncera à certifier l’accord nucléaire iranien le 15 août.

Si Trump décidait de « décertifier  » la JCPOA le 15 octobre, comme beaucoup s’y attendent, et s’il rendait ensuite la décision de faire quoi que ce soit au sujet du programme nucléaire iranien au Congrès, imprévisible et dominé par les républicains, Trump se laverait les mains de la question.

Il abdiquerait la responsabilité présidentielle – au risque de ne pas pouvoir renégocier un nouvel accord – avec des conséquences dangereuses. Le principal problème est que le Congrès n’a pas d’alternative claire à la JCPOA.

La logique employée pour réussir cet accord sous l’administration d’Obama reste purement juridique et formelle.

Dr. Majid Golpour : Après 14 années de crise et les rudes négociations du groupe E3+UE+3, l’accord sur le projet nucléaire de la R.I.I est conclu le 14 juillet 2015 avec  une feuille de route sur 15 ans, une programmation prévoyant entre autres la fin de l’embargo sur les composants du programme balistique en 2023 et la fin du cadre de l’acquisition du bien nucléaire sensible en 2025.

Le JCPOA prévoit ainsi la suspension progressive (sinon le retour “Snapback”) des multiples sanctions imposées par les Nations unies, les États-Unis et l’U.E à l’encontre de la R.I.I.

La logique employée pour réussir cet accord sous l’administration d’Obama reste purement juridique et formelle, faisant abstraction de la réalité politique iranienne et de la géopolitique régionale de plus en plus fragmentée, multipolaire et explosive.

Le JCPOA a eu comme effet d’intensifier les tensions et la bataille du leadership entre les puissances régionales.

Et cette lacune ne pourra être comblée, le débat actuel sur le réexamen voire même la modification de certaines dispositions du JCPOA nous le montre, que par une amélioration suivant un haut niveau du recentrage stratégique.

En effet, pour réussir sa ligne stratégique face aux nouvelles situations (domestique et régionale), le JCPOA va avoir besoin de se réajuster par une démarche intégrée (et non déconnectée de la réalité environnante) en essayant de décliner sa stratégie sous formes tactique et opérationnelle adaptées, disposition qui fait cruellement défaut en ce moment.

Si nous faisions un état des lieux de la situation, jusqu’à présent, le JCPOA a, sur le plan domestique iranien, profité davantage aux ultraconservateurs et au cercle des gardiens rapprochés du “guide suprême” en leur permettant d’avoir une mainmise presque totale sur les ressources économiques libérés.

Sur le plan régional, le JCPOA a eu comme effet d’intensifier les tensions et la bataille du leadership entre les puissances régionales (l’Arabie saoudite, le Conseil de Coopération du Golfe et la Turquie).

Sur le plan international, il a permis à presque tous les signataires des gains de profits substantiels (la Chine premier exportateur vers l’Iran, la Russie premier partenaire militaire régional, l’U.E à nouveau en affaires avec l’Iran à l’exception des États-Unis, au point que ce manque de profit est devenu aujourd’hui le point focal du débat aux États-Unis).

Il est donc important de souligner ici que le problème de l’accord du JCPOA n’est ni dans son texte ni dans ses formulations juridiques mais dans l’absence de disposition de mise à jour et d’outils efficaces et adaptés pour prendre en charge les effets secondaires de son application.

Contrairement aux souhaits émis par l’administration Obama, la levée des sanctions et les concessions accordées au régime de la République Islamique d’Iran (R.I.I.) n’ont permis ni l’ouverture de l’économie ni la transformation du régime, mais ceux-ci n’ont fait que renforcer les institutions non-élues et les cercles rapprochés du Guide dans toutes les arcanes du pouvoir.

Avec la libéralisation des fonds bloqués, la R.I.I a réussi à financer son expansion militaire régionale et est désormais perçue comme une menace idéologique et par son programme de missiles balistiques comme une puissance militaire hégémonique menaçante.

Dans cette perspective, une chose est sûre, non seulement le JCPOA n’a pas encore neutralisé la capacité de la R.I.I à devenir une menace nucléaire, mais il a offert plusieurs autres possibilités au régime en place pour découvrir dans quels autres domaines il peut devenir une force hégémonique effective. Dans ce sens, l’accord de JCPOA n’a pas réussi à changer la nature des orientations stratégiques de la R.I.I ni sur le plan domestique ni sur le plan régional.

2- Quels sont, selon vous, les effets d’une stratégie de pression sur la situation politique en Iran et sur le soutien de l’Iran aux organisations chiites militantes et combattantes au Moyen-Orient ?

Dr. Hall Gardner : Si Trump et le Congrès décident de se retirer du JCPOA, et si le Congrès ne peut pas alors renégocier le traité, comme cela semble probable étant donné que le ministre iranien des Affaires étrangères Javad Zarif a prévenu que le JCPOA ne serait pas renégocié, alors les États-Unis, avec Israël et l’Arabie saoudite, pourraient chercher à accroître les pressions militaires, financières et politico-économiques sur l’Iran.

Les revendications de l’indépendance kurde pourraient exacerber les tensions entre Israël, l’Arabie saoudite, la Turquie et l’Iran.

Pour sa part, l’Iran pourrait d’abord jouer les intérêts européens, chinois et russes contre ceux des États-Unis. Dans ce scénario, l’Iran ne se précipiterait pas immédiatement pour mettre au point des armes nucléaires. Téhéran tenterait alors d’attirer des investisseurs européens, chinois et russes et un soutien diplomatique contre les États-Unis, afin de tenter d’isoler Washington.

Par contre, si les Européens étaient pressés de se ranger du côté des États-Unis et s’ils décidaient de ne pas augmenter leurs investissements en Iran, ou si les tensions s’intensifiaient entre l’Iran et l’Arabie Saoudite ou entre l’Iran et Israël, Téhéran pourrait opter pour un déploiement plus rapide de l’armement nucléaire, en abandonnant la JCPOA.

Ici, par exemple, dans une action qui n’est pas liée à la JCPOA, mais qui pourrait néanmoins contrarier l’Iran, Israël a publiquement soutenu les revendications kurdes d’indépendance dans le nord de l’Irak en septembre 2017, même si les revendications kurdes irakiennes n’ont pas été soutenues par Washington.

Le soutien israélien à l’indépendance des Kurdes irakiens a fait craindre à Téhéran que les autres mouvements socio-politiques kurdes puissent, à leur tour, exiger l’indépendance non seulement de la Turquie, mais aussi de l’Iran lui-même. Les revendications de l’indépendance kurde pourraient alors exacerber les tensions entre Israël, l’Arabie saoudite, la Turquie et l’Iran.

Dr. Majid Golpour : Une stratégie de pression, pour devenir efficace, doit s’appuyer sur des sanctions ciblées et intelligentes (smart power) en s’appuyant sur la pertinence du « soft power » et les modes et moyens d’actions du « hard power ».

Dans la situation actuelle et suivant les cas de figures, un mélange des deux approches, décliné sous une forme opérationnelle adaptée et en suivant des analyses qualitatives et quantitatives par rapport aux objectifs est nécessaire. Ceci nous impose de mettre en œuvre de nouvelles orientations.

Aujourd’hui, ni les Européens ni dans une certaine mesure les Américains, ne sont capables de nous apprendre comment nous sommes arrivés à une telle situation au Proche et Moyen Orient. Pourtant, leur convergence de vue et d’actions reste cruciale pour la sécurité régionale et internationale.  Alors, comment pouvons-nous sortir de cette situation ?

La situation est en effet nouvelle : la R.I.I s’est transformée en quelques années d’un régime publiquement annoncé en faillite sur le plan national à une puissance régionale menaçante pour certains et prometteuse sur le plan des affaires pour d’autres.

Soyons lucide, la R.I.I, suivant sa quête d’hégémonie régionale, apporte son soutien idéologique, financier et militaire au régime syrien et aux groupes terroristes chiite irakiens, libanais et aux rebelles Houthies au Yémen.

Les États-Unis et l’U.E, en s’appuyant fermement sur des valeurs universelles, pourront afficher en toute transparence et face aux agendas cachés des différents protagonistes, leur double politique reflétant ce smart power.

Tant qu’une décision stratégique ne sera pas prise dans les cercles du pouvoir pour mettre fin à cette politique hégémonique régionale, la sécurité régionale ne pourra être garantie légalement.

L’accord nucléaire avec son système complexe de sanctions peut faciliter un dialogue stratégique sur la base de l’État de droit avec les cercles du pouvoir qui veulent œuvrer pour la détente régionale et une mise en œuvre réussie de JCPOA.

À mon avis, c’est seulement dans une perspective de l’usage du « smart power », de façon à la fois restrictif et productif que les États-Unis et l’U.E pourront avec succès choisir leurs alliés stratégiques en Iran et dans la région et offrir ainsi équitablement à toutes ces parties, aujourd’hui antagonistes, les éléments centraux d’une coopération et d’une croissance économique saine et sans aucune discrimination sur la base de l’État de droit.

Les États-Unis et l’U.E, en s’appuyant fermement sur des valeurs universelles, pourront afficher en toute transparence et face aux agendas cachés des différents protagonistes, leur double politique reflétant ce smart power.

D’une part, une politique stricte et sans compromis pour faire respecter les WGI (Worlwide Governance Indicators) : État de droit, respect des droits de l’Homme, droits politiques, libertés civiques, liberté d’information, bonne gouvernance et éradication de la corruption.

Et de l’autre part, conditionner toutes les transactions commerciales au bon résultat de l’application de ces valeurs par le régime iranien. Le nerf de la guerre est désormais d’empêcher le financement de la politique hégémonique des gardiens de la révolution et de maintenir l’embargo sur les composants de leur programme balistique, qui devient non seulement la source du problème dans la région, mais aussi le premier obstacle à la bonne implémentation du JCPOA en Iran.

3- A votre avis, quelle serait la meilleure façon d’engager le dialogue avec l’Iran pour trouver des solutions de compromis aux crises en cours au Moyen-Orient ?

Dr. Hall Gardner : Ce qu’il faut, c’est une nouvelle diplomatie régionale, soutenue par Washington, qui amène l’Iran dans des discussions multilatérales notamment avec l’Arabie saoudite, la Turquie, l’Irak, les Kurdes, les Palestiniens et Israël.

L’imposition de lourdes sanctions politiques et économiques et des pressions militaires sur Téhéran pour l’obliger à cesser de développer ses capacités de missiles balistiques et de missiles de croisière et pour l’empêcher de soutenir le Hamas, le Hezb’allah et les Houthis au Yémen ne réussira pas sans négociations régionales, et de telles pressions ne contribueront pas non plus à régler la question de l’indépendance kurde.

En outre, la possibilité que les États-Unis, l’Arabie saoudite et Israël se concentrent principalement sur la « menace » iranienne tendra à détourner la coalition internationale de ses efforts visant à détruire l’État islamique et Al-Qaïda – tout en sapant la possibilité d’un accord nucléaire avec la Corée du Nord.

Il est hautement improbable qu’Israël renonce à sa prétendue dissuasion nucléaire « existentielle », comme l’exigent la plupart des États arabes et l’Iran.

Premièrement, l’Iran, la Turquie et l’Irak doivent trouver des moyens de transiger avec les revendications d’indépendance des Kurdes irakiens, en concluant des arrangements confédéraux lâches entre les Kurdes turcs, irakiens et iraniens, par exemple, sans s’engager dans une modification majeure des frontières.

En ce qui concerne l’appui iranien au Hamas, Washington doit encourager Israël, l’Arabie saoudite, le Qatar, l’Iran et d’autres États de la région à régler leurs différends en ce qui concerne la solution des « deux États » palestiniens et le Hamas en particulier.

De même, les questions du Hezbollah et des Houthis doivent être abordées dans le processus de règlement des guerres en cours en Syrie et au Yémen. Il est évident qu’aucune de ces propositions ne représente un processus facile, mais elles ne peuvent être traitées que par la diplomatie et non par la force.

En ce qui concerne la question nucléaire, il est hautement improbable qu’Israël renonce à sa prétendue dissuasion nucléaire « existentielle », comme l’exigent la plupart des États arabes et l’Iran.

En outre, la Turquie et l’Arabie saoudite ont menacé de mettre au point une capacité d’armement nucléaire – si l’Iran acquiert également une capacité d’armement nucléaire. Mais étant donné l’intransigeance d’Israël à discuter même de ses capacités en matière d’armes nucléaires, une autre option possible est de parvenir à un accord impliquant une « non-utilisation en premier recours » des armes de destruction massive (ADM) pour tous les États de la région « élargie » du Moyen-Orient.

Une telle « non-utilisation en premier lieu » de l’accord sur les ADM permettrait aux États de la région d’engager un nouveau dialogue stratégique qui pourrait déboucher sur le contrôle et la réduction des armements classiques, y compris les missiles balistiques et de croisière.

Washington pourrait donc contribuer à l’ouverture de négociations multilatérales visant à limiter les capacités de missiles balistiques et de missiles de croisière dans toute la région, tout en recherchant des compromis sur un certain nombre de différends géopolitiques.

En résumé, les États-Unis ne devraient pas abandonner le JCPOA, qui a mis dix ans à être négocié, mais ils devraient essayer d’améliorer les procédures de vérification et sa mise en œuvre, progressivement, à mesure que la confiance se rétablit.

Un gouvernement Trump et un effort du Congrès américain pour renégocier soudainement les faiblesses perçues au sein du JCPOA ne réussiront pas car il sera très difficile, voire impossible, de rétablir la confiance mutuelle entre les États-Unis et l’Iran. Il appartient donc à Washington de s’appuyer sur le JCPOA, non pas en sapant ce traité, mais en négociant une nouvelle série de traités multilatéraux.

Les nouveaux traités multilatéraux chercheraient à établir un accord sur la « non-utilisation en premier lieu » des armes de destruction massive, le contrôle et la limitation des capacités de missiles balistiques et de missiles de croisière, le développement conjoint d’énergies alternatives, telles que l’énergie solaire et géothermique, dans le but de réduire la demande iranienne en énergie nucléaire, ainsi que des accords diplomatiques qui cherchent à atténuer les rivalités régionales entre Israël, l’Arabie saoudite, la Turquie, l’Arabie saoudite, la Turquie, l’Irak, les Palestiniens, les Kurdes et l’Iran, entre autres États et populations, qui ont entraîné des actes horribles de terrorisme étatique ou antiétatique.

L’Accord JCPOA réduit considérablement la menace d’une nouvelle prolifération nucléaire dans l’ensemble du Moyen-Orient, mais le traité ne fonctionnera qu’à long terme si les États-Unis, Israël, l’Arabie saoudite et l’Iran parviennent à maintenir une confiance totale.

L’option consistant à tenter de renégocier le JCPOA est vouée à l’échec et ne fera qu’exacerber les conflits auxquels la région et le monde sont aujourd’hui confrontés.

 

Dr. Majid Golpour : Jusqu’à présent, l’U.E joue un rôle remarquablement faible dans la diplomatie du Proche-Orient, du Moyen-Orient et du Golfe, alors que les retombées de la guerre continuent de nous frapper de front et ce encore plus que les États-Unis et la Russie qui se disputent le leadership dans cette région hautement stratégique.

Un effort de repositionnement diplomatique européen est donc crucial. Pour s’y faire, l’UE doit commencer d’abord à rééquilibrer son approche du pays en acceptant de reconnaître l’importance de facteurs à « haut risque », à savoir :

  • Les risques juridiques multiples (vu la complexité du droit américain et les effets directs du mécanisme de primary et secondary sanctions sur l’U.E) ;
  • Le très haut risque géopolitique régional et son intégration en amont et en aval, notamment dans le domaine de l’intelligence économique et de la manipulation des informations par médias interposés ;
  • Mais aussi et surtout le très haut risque d’instabilité politique, macro-économique et financière qui peut miner très soudainement toute confiance pour exploiter les immenses opportunités du pays.

En ce moment unique des relations entre l’U.E et la R.I.I, il est grand temps que le « smart power » européen mette le « hard power » (contraintes légales des sanctions) à son service pour pouvoir minimiser les risques des forces antimodernes tout en maximisant les opportunités de pouvoir appliquer les valeurs universelles de l’État de droit en Iran (comme au Proche et Moyen Orient).

L’Europe doit saisir cette occasion pour affirmer son leadership par son attachement aux valeurs universelles des droits fondamentaux (et pas seulement du droit des affaires), de l’État de droit et du droit des individus.

Cela ne doit pas se faire d’une manière timide ou discursive mais dissuasive en utilisant ces valeurs comme un levier puissant, indispensable et préalable à toutes négociations ou toutes relations commerciales et d’affaires.

Dans ce sens, les très hauts risques qu’encourent les transactions commerciales et financières entreprises dans le cadre du JCPOA ne pourront se réduire que par le respect mutuel de ces droits fondamentaux.

Pour le moment, la politique « opportuniste » de l’U.E et l’application de mauvais diagnostics d’analyse sur les cercles du pouvoir en Iran n’ont pas encore permis un véritable rapprochement entre l’U.E et le secteur privé, les acteurs clés de l’économie nationale et la société civile iranienne.

Pour renverser la situation, il faut arrêter au plus vite l’accès des cercles non élus du régime aux marchés financiers, bancaires, énergétiques, technologiques et commerciaux. Il est crucial que l’Europe ait le courage de ses ambitions démocratiques et choisisse ses alliés stratégiques (en Iran, comme dans la région) en toute transparence suivant les critères légaux.

Voilà la voie la plus directe pour permettre aux Iraniens de se qualifier pour une coopération dynamique, transparente, saine et sécurisée car légalisée d’un point de vue des standards internationaux et du droit européen.

Voilà le jeu gagnant-gagnant tant promis et non réalisé qui permettra enfin le renforcement de la sécurité financière des investisseurs européens au profit de l’épanouissement de la force vive de l’économie iranienne. Dans cette perspective les entrées et sorties de capitaux peuvent enfin conjuguer la sécurité, la croissance économique et le bien-être des citoyens.

Hall Gardner est professeur et directeur de l’International and Comparative Politics Department de l’American University of Paris. Il est l’auteur de World War Trump: The Risks of America’s New Nationalism (Prometheus Books, à paraître en mars 2018); Crimea, Global Rivalry, and the Vengeance of History (New York: Palgrave Macmillan, 2015); The Failure to Prevent World War I: The Unexpected Armageddon (Ashgate, 2015); NATO Expansion and the US Strategy in Asia: Surmounting the Unexpected Armageddon (Ashgate, 2015); NATO Expansion and the US Strategy in Asia. American Global Strategy and the War on Terrorism (Ashgate, 2005; révisé et mis à jour, 2007); »Hybrid Warfare: Iranian and Russian Versions of » Little Green Men « and Contemporary Conflict » (NATO Defense College Rome: 2015).

 

Dr Majid Golpour est sociologue, spécialiste de l’islam, du Moyen-Orient et des relations internationales. Actuellement collaborateur scientifique de l’ULB (Université Libre de Bruxelles), il se spécialise dans les racines sociologiques de la légitimité de l’Islam et les questions fondamentales et de définition de l’islam en particulier, qui, loin d’être une religion unifiée et établie, reste pluriel et suit une dynamique historique de division, avec maintenant plus de 400 groupes différents. Dr Majid Golpour est également directeur associé de l’entreprise de conseil PTK qui se spécialise dans l’analyse des investissements étrangers directs dans les zones franches iraniennes de Kish et d’Aras.