La résurgence du lobby des ondes

Très actif dans les années 90, 2000, les militants anti-ondes avaient fini par perdre en visibilité avec le temps. C’était sans compter sur l’arrivée du compteur communicant Linky, sur le dos duquel les militants entendent bien se refaire une santé.

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La résurgence du lobby des ondes

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 3 octobre 2017
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Par Éric Durieux.

En 2015, Linky, le compteur communicant développé par Enedis (ex-ERDF) connait ses premiers déploiements. Des groupuscules anti-ondes qui ont su s’imposer dans l’espace médiatique il y a près de deux décennies, mais qui avaient perdu de leur autorité depuis, semblent en avoir profité pour s’agréger autour de ce nouveau symbole de « l’électro-sensibilité ».

Le lobby anti-ondes : le retour

On ne reviendra pas sur ce qu’est le compteur Linky, dont les effets ou l’efficacité ont été débattus à moult reprises, qu’il s’agisse d’agences de santé nationales, d’associations de consommateurs, de chaînes de télé ou encore de magazines spécialisés. Le site de l’excellent Canard PC Hardware a ainsi mis en ligne une enquête sur Linky qui passe le petit compteur communicant aux rayons X (composition, ondes, fréquences, chiffrement) avec la rigueur inhérente à celle de l’ingénieur.

Au contraire, on se posera plutôt la question du réseau des « anti » qui combattent les supposées ondes tueuses émises par le compteur Linky, réseau composé d’une foule hétéroclite d’associations de loi 1901, de collectifs ou encore d’observatoires aux statuts inconnus.

Les discours soutenant ces thèses sont d’ailleurs très inégaux. Outre les textes publiés sur Internet qui se rappellent parfois les discours conspirationnistes et qui n’intéresse qu’une extrême minorité, d’autres supports ont une apparence sérieuse, mais leur contenu et leurs arguments scientifiques entraînent quelques interrogations.

Plusieurs associations de consommateurs dont la très sérieuse UFC Que Choisir ont pourtant établi un fact checking à charge des thèses avancées par les anti-Linky, dont les bases scientifiques sont extrêmement friables. Il en va de même pour les tout aussi sérieux magazines scientifiques Sciences et avenir et Futura Mag, qui ont démonté les arguments des détracteurs avec la rigueur intellectuelle que l’on connaît.

Mais alors, pourquoi donc le compteur Linky continue d’agiter les foules ? La réponse n’est pas à trouver auprès du compteur lui même, mais bien de la publicité que ce dernier fait à ses détracteurs.

Le CRIIREM, des points de mesure à 600 euros HT

On retrouve parmi eux un certain Pierre Le Ruz, fondateur avec Michèle Rivasi de l’association CRIIREM (Centre de recherche et d’information indépendant sur les rayonnements électromagnétiques) dont les travaux sont régulièrement repris dans la sphère militante.

Ce docteur en physiologie animale est présenté, au fil du temps, comme Directeur scientifique ou expert européen. Problème, M. Le Ruz n’a jamais publié un article universitaire sur les ondes. De son propre aveu, l’étude du CRIIREM présentée devant l’Assemblée nationale était un « un ressenti des riverains et non pas une étude épidémiologique ».

Dans un dossier consacré aux lobbies anti-ondes, le magazine Canard PC Hardware donne son avis sur ce qu’est le CRIIREM. « Pensé dès l’origine comme un lobby à part entière, le CRIIREM s’est doté de tout un décorum parfaitement huilé pour maximiser sa crédibilité » écrit-il, page 74.

Ce Centre de recherche (en réalité « une banale association de loi 1901 ») n’a pas son pareil pour mener la belle vie, facturant ses études indépendantes « 600 euros HT par point de mesure, plus les frais de déplacement ».

En outre, lit-on, le CRIIREM « ment ouvertement sur un grand nombre de sujets afin de démultiplier la peur que suscitent les ondes »(sic). Petit exemple : « le CRIIREM n’a pas hésité à indiquer (en gras) qu’elles côtoient dans ce groupe l’amiante et le VIH » dans la classification de l’OMS. « Ceci est bien entendu inexact, puisque ces deux agents sont classés dans le groupe 1, comme cancérigènes avérés » explique à nouveau le Canard PC, alors que les ondes sont classés dans le groupe 2B.

Les Robins des Toits, une autre association épinglée par le Canard

D’autres profils parfois étranges viennent compléter la galaxie des anti-Linky à l’image de Marc et Etienne Cendrier de l’association Robins des Toits. Son fonctionnement est d’ailleurs épinglé par l’enquête du Canard : elle ne publie pas ses comptes, envoie des lettres « sur le ton de la menace » aux mairies (Canard PCMag, P.75), les enjoignant à respecter la légalité de «3V/m (en réalité 40), « facturant, par le biais d’une association-sœur (« Mesures CQFD ») des bilans indépendants de mesures électriques à 1000 euros pour une antenne-relais » (ibid).

Les Robins des Toits ne sont d’ailleurs pas à une contradiction près : se plaignant que les câbles utilisés par Enedis pour le Linky ne sont pas « blindés », ils ont derechef qualifié le compteur de dangereux pour la santé.

Coïncidence : le Canard PC fait remarquer qu’un « signal aux caractéristiques étonnamment similaires [au Linky] (même gamme de fréquences en kHz, même puissance maximale de 20 dBm, même modulation…) a déjà été déployé en France à grande échelle, et ce sur un réseau non blindé qui n’était pas prévu pour cela à l’origine : l’ADSL ».

Les Robins des Toits auraient-ils perdu la mémoire ? Ces derniers avaient pourtant déclaré que l’ADSL était la seule technologie ne présentant « aucun risque sanitaire ».

Le compteur Linky, l’épouvantail utile

D’autres noms à la liste s’ajoutent comme ceux de Stéphane Lhomme, militant anti-Linky acharné, ou celle de Serge Sargentini de Next-Up, ancien anti-nucléaire recyclé dans le combat contre les ondes.

Janine Le Calvez, de Priartem, est peut être la plus sensée de ce rassemblement hétéroclite d’activistes anti-ondes, évoquant un « lobbying intelligent et passif » contre les antennes-relais. Priartem s’est-elle laissée emporter par les déclarations de ces confrères ?

Très certainement. Toujours est-il qu’originellement emportée dans cette croisade, l’association ne publie plus sur ce compteur depuis que l’ANSES a confirmé sa non-nocivité.

Qu’importe, le mal est fait.

Si ces frères de lutte ne sont pas trop pris au sérieux dans les sphères politiques, Internet leur permet désormais de capter une audience qui s’était pourtant éloignée depuis longtemps des noirs augures anti-ondes. Heureusement, le compteur leur a donné un nouvel épouvantail sur lequel se reposer.

La chose n’est pas nouvelle et se produit à chaque avancée technologique. On peut juste regretter qu’Internet devienne le terrain de jeu de ces lobbyistes de l’apocalypse qui revêtent les habits trop grands de scientifiques et d’ingénieurs.

Comme le faisait très récemment remarquer le magazine Vice, la faute en revient aux Illuminatis, sans doute.

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