L’Espagne devrait laisser la Catalogne voter

L’Espagne devrait tirer une leçon de la Grande-Bretagne et laisser la Catalogne avoir son référendum.

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Diada 2014 Via Catalana by Toshiko Sakurai(CC BY-NC-ND 2.0)

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L’Espagne devrait laisser la Catalogne voter

Publié le 24 septembre 2017
- A +

Par Jennifer Maffessanti.

Au cours des trois dernières années, nous avons assisté à deux votes distincts pour l’indépendance d’une nation. Tout d’abord, en 2014 s’est tenu le vote pour l’indépendance écossaise de la Grande-Bretagne, qui n’est pas passée. Puis, en 2016, est arrivé le Brexit où la Grande-Bretagne a voté son retrait de l’Union européenne. Nous pourrions encore assister à un troisième vote en faveur de l’indépendance le 1er octobre prochain. Ou disons, peut-être.

Une République libre et indépendante de Catalogne ?

La Catalogne est une province du nord-est de l’Espagne qui, historiquement, a été sa propre principauté et fut alternativement conquise et revendiquée par la France et l’Espagne. Malgré les efforts déployés pour la faire diparaître, elle a sa propre langue. Elle a sa propre identité nationale. Elle a ses propres fonctionnaires. Selon la Constitution espagnole la plus récente, elle jouit d’un certain degré d’autonomie par rapport au gouvernement espagnol. Et maintenant, elle veut être libre.

« Maintenant » n’est pas tout à fait le terme exact. La Catalogne est soumise depuis longtemps à la domination espagnole, et le mouvement pour l’indépendance politique a officiellement commencé en 1922. Le mouvement a rapidement gagné beaucoup de terrain jusqu’à l’autonomie politique au sein de l’État espagnol avant l’éclatement de la guerre civile espagnole en 1936, qui vit le dictateur général Francisco Franco abolir rapidement cette autonomie en 1939.

Le mouvement moderne d’indépendance catalane a commencé en 2006 : la Catalogne a retrouvé son autonomie au sein de l’État espagnol. Depuis lors, de nombreux hauts fonctionnaires catalans de haut niveau ont milité pour l’indépendance de l’État, et les différents référendums symboliques qui ont été organisés sur le sujet se sont tous fortement prononcés en faveur du Oui.

En raison de ce fort soutien, la province de Catalogne a programmé un référendum officiel sur l’indépendance pour le 1er octobre de cette année. Et le gouvernement espagnol n’est pas content.

L’Espagne réagit

L’Espagne a déclaré ce référendum illégal. Le mercredi 20 septembre, des agents de la Garde Civile espagnole ont fait irruption dans une douzaine de bureaux du gouvernement catalan et arrêté 14 fonctionnaires pro-indépendance. Le ministre espagnol de l’Intérieur a également annoncé mercredi l’annulation de tous les congés accordés aux membres de la Guardia Civil et de la police nationale, chargés d’empêcher le référendum.

Dans un entretien accordé à Bloomberg, le ministre espagnol des Affaires étrangères, Alfonso Dastis, a déclaré :

Ces gens adoptent des attitudes nazies parce qu’ils posent des affiches avec les visages de maires résistant à leur appel à participer à cette mascarade.

Il a ajouté :

Un référendum, ce n’est pas la même chose qu’une démocratie. Le général Franco a organisé deux référendums.

Je dois avouer mon degré d’étonnement de constater qu’appeler « nazis »  les gens avec lesquels vous n’êtes pas d’accord n’est pas une tactique uniquement américaine, mais je suis en désaccord avec Señior Dastis.

Un référendum, c’est exactement la même chose que la démocratie. Mis à part mes doutes au sujet de la gouvernance majoritaire, les Catalans essaient de décider s’ils veulent ou non devenir un État indépendant, pacifiquement, et l’Espagne interfère dans la prise de cette décision. Et c’est cela qui est antidémocratique, pas le référendum lui-même.

Un désastre en devenir

Je comprends pourquoi l’Espagne voudrait garder la Catalogne. Elle est très industrialisée et, malgré sa taille relativement petite, elle a le PIB le plus élevé de toutes les provinces espagnoles. Je comprends pourquoi les Espagnols ne veulent pas laisser passer cela, surtout si l’on considère à quel point l’économie espagnole est en difficulté.

Mais criminaliser l’autodétermination n’est pas le moyen de garder la mainmise sur la Catalogne. Un référendum sur l’indépendance catalane n’est même pas une garantie de sécession de l’Espagne. Les sondages d’il y a deux mois ont montré que 49,4% des Catalans étaient contre l’indépendance.

Cela dit, plus le gouvernement espagnol se comporte de manière tyrannique et oppressive avec les Catalans, plus ils ont de chances d’obtenir leur indépendance. Les actions de l’Espagne ont déjà donné lieu à de violentes manifestations à Barcelone, la capitale catalane. Carles Puigdemont, président de la Région Catalogne, a qualifié la répression de violation des droits de l’homme. Des membres du gouvernement italien ont condamné les actions de l’Espagne.

En effet, toute cette situation semble échapper totalement au contrôle du gouvernement espagnol. Le résultat de tout cela reste à voir. Je vais suivre la situation de près pour voir comment tout va se dérouler.

Une Catalogne libre et indépendante illustrerait bien ceci : il est possible pour un territoire d’acquérir pacifiquement son indépendance et de rester commercialement intégré dans l’économie mondiale. Ces tactiques d’intimidation par l’Espagne ne font que pousser de plus en plus de Catalans à vouloir l’indépendance.

L’Espagne devrait tirer une leçon de la Grande-Bretagne et laisser les Catalans avoir leur référendum. Le résultat pourrait être surprenant et, même si ce n’est pas le cas, les gens devraient être autorisés à choisir comment ils sont gouvernés.

Traduction par  Contrepoints de Spain Should Let Catalonia Vote

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  • Dans 50 ans, la catalogne ne sera ni espagnole ni catalane……..il suffit de regarder les chiffres de la natalité.

  • Un autre avis, sur ce même site:
    https://www.contrepoints.org/2017/09/23/299346-referendum-se-passe-t-catalogne
    Les Catalans ne sont pas plus opprimés que les autres Espagnols, ils ont le sentiment de faire partie d’une race supérieure et ne veulent pas faire acte de solidarité avec les habitants des régions moins favorisées.

  • Tout à fait d’accord!
    D’abord sur le principe : la liberté d’expression et de choix.
    Ensuite d’un point de vue pratique : ou l’indépendance est repoussée, ou elle est légitimée et l’Espagne aurait un problème grave grave et récurrent en gardant la Catalogne de force. Dans les deux cas il vallait mieux que Madrid se tienne tranquille

  • L’article n’est qu’un tissu de contre vérité et une falsification de l’histoire
    Il manque une seule chose la dette abyssale de la Catalogne 75 milliards €
    Les investissements massifs sous Franco
    La votation massive des catalans en faveur de la constitution actuelle. L’autodétermination y est exclu
    Imaginez que demain lAlsace ou La Bretagne demandent leur Indépendance
    L’explication que j’ai entendu sur les raisons profondes de l’entêtement est de pouvoir s’accaparer de la justice catalane pour effacer toutes les malversations du système Pujol et autres M’as
    Des professeurs ont demandé aux familles de permettre que leurs enfants mineurs viennent manifestér
    Cest un Parti ultra minoritaire d’extrême gauche qui mène la danse la CUP
    LE Gouvernement espagnol est d’accord pour que l’ensemble des espagnols se prononcent mais pas une minorité

  • Cet article est « one way ». La majorité des Catalans est pour rester dans la nation espagnole. Les séparatistes ont des comportements qui rappellent beaucoup les enragés rouges : ostracisme, violence, obscurantisme. Je connais des Catalans qui sont partis vivre à Madrid parce qu’ils n’en pouvaient plus de la mentalité stupide qui se développait dans leur pays.
    Cet article ignore aussi les conséquences catastrophiques de ce mouvement sur l’Espagne qui risque, en cas de séparation, de se retrouver dans la position d’un nain économique doté d’une énorme dette : une Grèce en cinq fois pire. Sans parler des conséquences pour l’Europe qui va avoir à gérer cela.
    Je sais qu’il existe une aspiration légitime à la séparation chez beaucoup de Catalan, mais les choses sont bien plus complexes que ce qui est présenté dans cet article. A Barcelone on joue avec le feu !

  • Un référendum, c’est exactement la même chose que la démocratie.

    Voilà une affirmation d’une grande naïveté…

    • @ fm06
      Oui, surtout en ce qui concerne le référendum catalan: on lit de différentes sources, que dès l’organisation, toutes les garanties contre le « trafiquage » des résultats sont loin d’être réunies alors que la corruption est fréquente dans la sphère du pouvoir et qu’un « oui » gagnant créerait une nouvelle justice!
      D’autre part le référendum est illégal: logiquement, il ne sera pas reconnu valide.
      Enfin, la dette serait abandonnée à l’Espagne!
      De plus, il est rare, il est que ce soient les régions moins favorisées qui veulent faire sécession!

      • Ah oui, Madrid interdit le référendum légal demandé par la Catalogne depuis des années pour ensuite expliquer que le référendum illégal est forcément trafiqué et anti-démocratique…

        • @ dex
          Non, le referendum n’a pas été autorisé, pas plus que le précédent! Et la corruption est rapportée par d’autres sources que par l’état central.

  • Les manifestations de rue que l’ on voit actuellement à Barcelonne sont organisés par l’ extrême gauche, sectaire et anti capitaliste du parti CUP ( Candidature d’unité populaire ). Mme Jennifer Maffessanti, enlevez vos lunettes de libéral naïf américain, lisez le programme de la CUP et de son grand frère Podemos, franchement, ça donne pas envie.
    Le parti séparatiste CUP défend une économie « planifiée et solidaire », dénonce « un capitalisme qui ne génère que de la misère », propose de rompre avec l’Union européenne, l’euro et l’OTAN, et demande « d’interdire les agences de travail temporaire ». Il revendique également la « nationalisation des infrastructures et des banques, ainsi que la gestion publique des secteurs stratégiques comme l’énergie, l’eau et les télécommunications ».

  • Merci pour cet article de bon sens. Je dois avouer que je suis effaré par les réactions des lecteurs de Contrepoint sur la Catalogne, qu’il s’agisse des commentaires à cet article ou de ceux sur l’article paru hier. Je pensais que Contrepoint se distinguait de la droite réactionnaire traditionnelle par une véritable approche libérale. Comment et au nom de quoi, si tel était le cas, s’opposer à une consultation des Catalans sur leur avenir institutionnel ?

    • Ceux qui qui agitent la rue et qui harcèlent les non séparatiste sont des fans de Maduro, Chavez, Castro, Lenine etc. Si réactionnaire veut dire être anti communiste et bien je suis radicalement réactionnaire.

    • Heureusement que peu de lecteurs ont été favorable à cet article peu documenté qui semble finance en sous main
      Le pb est simple En Espagne comme ailleurs Il y a une constitution qui stipule que l’autodétermination est interdite. Le conseil constitutionnel s’est prononcé contre ce coup d’état. En vertu de la séparation des pouvoirs, la justice agit de manière autonome le reste est de la littérature
      Mon âge fait que je connus l’Espagne franquiste, mais aussi l’union soviétique
      Que nous soyons à jamais protéger de l’arbitraire marxiste
      Aller à CUBA ou au Venezuela peut être cela vous permettra de se frotter à la réalité de la CUP et autre PODEMOS

  • Voter dans les conditions préparées par l’exécutif catalan ne ferait sans doute qu’aggraver les choses, car les dés son pipés et la plupart des électeurs ne se déplaceraient pas. Il y a déjà un précédent. Pour

    • fausse manœuvre…
      (…)
      Pourquoi dès lors refaire l’exercice ?

      Les corrompus au pouvoir en Catalogne tentent par tout les moyens d’échapper à la justice espagnole. Le salut par l’indépendance de leur province ?
      (…)
      Madrid devrait sans doute prendre les devant et organiser un référendum. En Catalogne et peut-être aussi sur l’ensemble du territoire pour savoir ce qu’en disent les autres espagnols. Acceptent-ils le divorce ?

  • Oui je partage votre point de vue.

    Nous aussi aimerions avoir un référendum : souhaitez-vous rester dans l’UE ?

    Ma réponse à moi serait : NON !

    Je veux que mon pays sorte de cette tutelle dictatoriale qu’est l’UE

    • @ marie210917

      « cette tutelle dictatoriale qu’est l’UE »

      Dit comme ça, ce n’est que votre avis qui ne se vérifie pas dans les faits: les décisions européenne se prennent avec un luxe de précautions démocratiques: toute directive est approuvée au parlement européen puis au parlement de chaque état!

    • La question choisie est une prérogative des organisateurs du référendum. Vous pouvez très bien obtenir une majorité pour quitter l’UE, pour rester dans l’Euro, pour que les étudiants français bénéficient d’Erasmus, pour que les plombiers polonais ne bénéficient plus de la directive Bolkenstein, pour que les grands investissements d’infrastructures soient subventionnés par nos voisins, etc. Les Suisses ont une procédure qui dans les faits garantit que la question porte sur une alternative dont chaque branche est précise, détaillée et cohérente. La demande catalane n’a rien de tout cela, elle ressemble à un faux-nez de démocratie directe pour manifestation de rue. La question est « pourquoi ce référendum n’a-t-il pas été demandé en présentant le choix avec le luxe de détails et de précautions qui aurait été requis dans une démocratie directe ? »

      • @ MichelO
        La réponse à votre question est simple comme celle de l’indépendance de la Catalogne: c’est oui ou non!

        Formule magique qui laisse toute la place à la manipulation de masse, sans même connaitre « le prix de ce qu’on achète »! Ni aucune des conditions de séparation!
        On m’a toujours dit qu’un contrat de mariage était en fait, un contrat de divorce ou de succession!

  • Les corses et les basques aussi.

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