L’Espagne devrait laisser la Catalogne voter

Diada 2014 Via Catalana by Toshiko Sakurai(CC BY-NC-ND 2.0)

L’Espagne devrait tirer une leçon de la Grande-Bretagne et laisser la Catalogne avoir son référendum.

Par Jennifer Maffessanti.

Au cours des trois dernières années, nous avons assisté à deux votes distincts pour l’indépendance d’une nation. Tout d’abord, en 2014 s’est tenu le vote pour l’indépendance écossaise de la Grande-Bretagne, qui n’est pas passée. Puis, en 2016, est arrivé le Brexit où la Grande-Bretagne a voté son retrait de l’Union européenne. Nous pourrions encore assister à un troisième vote en faveur de l’indépendance le 1er octobre prochain. Ou disons, peut-être.

Une République libre et indépendante de Catalogne ?

La Catalogne est une province du nord-est de l’Espagne qui, historiquement, a été sa propre principauté et fut alternativement conquise et revendiquée par la France et l’Espagne. Malgré les efforts déployés pour la faire diparaître, elle a sa propre langue. Elle a sa propre identité nationale. Elle a ses propres fonctionnaires. Selon la Constitution espagnole la plus récente, elle jouit d’un certain degré d’autonomie par rapport au gouvernement espagnol. Et maintenant, elle veut être libre.

« Maintenant » n’est pas tout à fait le terme exact. La Catalogne est soumise depuis longtemps à la domination espagnole, et le mouvement pour l’indépendance politique a officiellement commencé en 1922. Le mouvement a rapidement gagné beaucoup de terrain jusqu’à l’autonomie politique au sein de l’État espagnol avant l’éclatement de la guerre civile espagnole en 1936, qui vit le dictateur général Francisco Franco abolir rapidement cette autonomie en 1939.

Le mouvement moderne d’indépendance catalane a commencé en 2006 : la Catalogne a retrouvé son autonomie au sein de l’État espagnol. Depuis lors, de nombreux hauts fonctionnaires catalans de haut niveau ont milité pour l’indépendance de l’État, et les différents référendums symboliques qui ont été organisés sur le sujet se sont tous fortement prononcés en faveur du Oui.

En raison de ce fort soutien, la province de Catalogne a programmé un référendum officiel sur l’indépendance pour le 1er octobre de cette année. Et le gouvernement espagnol n’est pas content.

L’Espagne réagit

L’Espagne a déclaré ce référendum illégal. Le mercredi 20 septembre, des agents de la Garde Civile espagnole ont fait irruption dans une douzaine de bureaux du gouvernement catalan et arrêté 14 fonctionnaires pro-indépendance. Le ministre espagnol de l’Intérieur a également annoncé mercredi l’annulation de tous les congés accordés aux membres de la Guardia Civil et de la police nationale, chargés d’empêcher le référendum.

Dans un entretien accordé à Bloomberg, le ministre espagnol des Affaires étrangères, Alfonso Dastis, a déclaré :

Ces gens adoptent des attitudes nazies parce qu’ils posent des affiches avec les visages de maires résistant à leur appel à participer à cette mascarade.

Il a ajouté :

Un référendum, ce n’est pas la même chose qu’une démocratie. Le général Franco a organisé deux référendums.

Je dois avouer mon degré d’étonnement de constater qu’appeler « nazis »  les gens avec lesquels vous n’êtes pas d’accord n’est pas une tactique uniquement américaine, mais je suis en désaccord avec Señior Dastis.

Un référendum, c’est exactement la même chose que la démocratie. Mis à part mes doutes au sujet de la gouvernance majoritaire, les Catalans essaient de décider s’ils veulent ou non devenir un État indépendant, pacifiquement, et l’Espagne interfère dans la prise de cette décision. Et c’est cela qui est antidémocratique, pas le référendum lui-même.

Un désastre en devenir

Je comprends pourquoi l’Espagne voudrait garder la Catalogne. Elle est très industrialisée et, malgré sa taille relativement petite, elle a le PIB le plus élevé de toutes les provinces espagnoles. Je comprends pourquoi les Espagnols ne veulent pas laisser passer cela, surtout si l’on considère à quel point l’économie espagnole est en difficulté.

Mais criminaliser l’autodétermination n’est pas le moyen de garder la mainmise sur la Catalogne. Un référendum sur l’indépendance catalane n’est même pas une garantie de sécession de l’Espagne. Les sondages d’il y a deux mois ont montré que 49,4% des Catalans étaient contre l’indépendance.

Cela dit, plus le gouvernement espagnol se comporte de manière tyrannique et oppressive avec les Catalans, plus ils ont de chances d’obtenir leur indépendance. Les actions de l’Espagne ont déjà donné lieu à de violentes manifestations à Barcelone, la capitale catalane. Carles Puigdemont, président de la Région Catalogne, a qualifié la répression de violation des droits de l’homme. Des membres du gouvernement italien ont condamné les actions de l’Espagne.

En effet, toute cette situation semble échapper totalement au contrôle du gouvernement espagnol. Le résultat de tout cela reste à voir. Je vais suivre la situation de près pour voir comment tout va se dérouler.

Une Catalogne libre et indépendante illustrerait bien ceci : il est possible pour un territoire d’acquérir pacifiquement son indépendance et de rester commercialement intégré dans l’économie mondiale. Ces tactiques d’intimidation par l’Espagne ne font que pousser de plus en plus de Catalans à vouloir l’indépendance.

L’Espagne devrait tirer une leçon de la Grande-Bretagne et laisser les Catalans avoir leur référendum. Le résultat pourrait être surprenant et, même si ce n’est pas le cas, les gens devraient être autorisés à choisir comment ils sont gouvernés.

Traduction par  Contrepoints de Spain Should Let Catalonia Vote