Et si la réussite entrepreneuriale était une affaire de… génétique ?

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Et si la réussite entrepreneuriale était une affaire de… génétique ?

Publié le 14 septembre 2017
- A +

Par Séverine Le Loarne et Benjamin Powers.
Un article de The Conversation

Pourquoi certains entrepreneurs réussissent-ils toujours là où d’autres échouent ? Pourquoi existe-t-il des familles d’entrepreneurs ? Et si, au-delà des explications sociologiques et du facteur « chance », il existait un facteur génétique ? Revue des dernières recherches sur ce sujet.

Les qualités d’un bon entrepreneur

Des dossiers de création d’entreprise sont soumis à un banquier, à un financeur, à une collectivité. Lesquels choisir ? Comment les prioriser ? Certes, à partir de l’analyse de l’opportunité d’activité et de son attractivité potentielle mais, surtout, sur le jugement que l’on peut avoir sur le ou les porteurs de projets.

Si bon nombre d’organisations jugent encore le porteur de projet entrepreneurial sur l’intuition, des grilles d’évaluations ont été mises en place depuis la fin des années 2000 pour évaluer l’aptitude entrepreneuriale du porteur de projet, modernité oblige.

Différents modèles et index se concurrencent pour identifier les aptitudes entrepreneuriales d’un individu, certains proposant plus de facteurs que d’autres… Pour autant, il semble émerger un consensus autour des aptitudes qu’a tout entrepreneur « performant » : capacité de focalisation (voire de fixation) sur un objectif jusqu’à ce que ce dernier soit atteint, adaptabilité et flexibilité, curiosité, autonomie et ainsi que des aptitudes pour diriger des personnes…

La famille entrepreneuriale comme premier lieu de développement

L’entrepreneur à succès est très souvent, voire quasi systématiquement, lui-même issu d’une famille d’entrepreneurs. Cela ne signifie pas forcément que l’enfant d’un entrepreneur reprend l’entreprise bien établie de sa famille, qu’elle vienne d’un parent proche ou éloigné.

Les sociologues considèrent plutôt que la famille est LE lieu d’apprentissage des aptitudes entrepreneuriales. Tout petit déjà, l’enfant écoute les conversations, et observe, le plus souvent inconsciemment d’ailleurs, les pratiques de ses proches. Il ressent aussi le stress ou l’enthousiasme associé à une prise de risque et au développement d’une nouvelle activité. Il y participe parfois.

Plus grand, l’idée de créer une entreprise n’en est que plus naturelle et il dispose des connaissances tacites pour le faire, si ce n’est même du réseau social adéquat pour mettre en œuvre ses idées.

Fait curieux, ce phénomène s’observe partout et avec toutes les méthodes de recherche : d’abord identifié par des chercheurs américains, à partir d’analyse de bases de données d’entrepreneurs, ces résultats sont confirmés partout en Europe, y compris en France, mais aussi dans les pays qui produisent des entrepreneurs et hommes d’affaires en série, comme au Liban.

Aussi, pour donner à tous l’égalité de chance dans la démarche entrepreneuriale, mais aussi, si on est plus cynique, pour offrir de plus gros débouchés commerciaux, les écoles et universités ont développé des méthodes pour apprendre à entreprendre.

Elles font en sorte que chacun des individus qu’elles accueillent puisse acquérir les compétences pour entreprendre : apprendre à se servir et à développer un réseau,être plus créatif, maîtriser son stress et son aversion au risque, bien évidemment, apprendre les techniques pour monter un Business Plan, pour lancer un produit, etc.

En vain ? Si, indéniablement, on observe que chacun peut apprendre les méthodes pour entreprendre, ceux qui sautent le pas de la création d’entreprise et ceux qui réussissent le mieux restent les enfants issus d’une famille d’entrepreneurs.

La découverte des gènes de l’entrepreneuriat ?

En 2008 paraît une étude singulière dans une revue de recherche en sciences de gestion reconnue et qui, pourtant, passe relativement inaperçue : une équipe de recherche anglaise a comparé les réponses aux tests d’aptitudes entrepreneuriales sur des sujets britanniques et a comparé ces résultats avec des facteurs génétiques ou des facteurs sociaux.

Leurs résultats montrent que les facteurs génétiques expliqueraient mieux les réponses au questionnaire, en particulier, l’existence d’aptitudes entrepreneuriales, reléguant les thèmes des milieux sociaux quasi inopérants.

Certes, les chercheurs sont encore loin d’identifier les gènes responsables mais ils ouvrent le débat : ces aptitudes pourraient être certes développées et transformées en compétences mais, avant tout, elles seraient innées.

Le profil type de l’entrepreneur : un homme, dyslexique

Ces premiers travaux ont été complétés une thèse de doctorat soutenue récemment portant sur l’analyse d’une seule aptitude entrepreneuriale : la perception par l’individu qu’il a le pouvoir d’entrepreneur (self efficacy en anglais).

Partant du constat que bon nombre d’entrepreneurs à succès, Steve Jobs par exemple, ont une anomalie génétique entraînant la dyslexie mais aussi que les femmes, d’une manière générale, créent des entreprises de taille moindre que celles de leurs homologues masculins (un des critères de succès communément admis dans l’imaginaire collectif). La mesure de la perception de l’efficacité entrepreneuriale a été testée chez des adolescents, filles ou garçons, dyslexiques ou non.

Là encore, les résultats sont étranges : les adolescents qui ont des parents entrepreneurs expriment une meilleure confiance en eux pour créer une entreprise plus tard. Cela dit, les deux variables génétiques – la détention du gène de la dyslexie et le sexe de la personne – expliquent plus cette perception que tous les autres facteurs sociaux, comme le milieu social.

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Ces travaux encore balbutiants restent encore à être manipulés avec précaution mais ils ont un double intérêt. Sur un plan purement méthodologique, ils relanceraient le débat sur le déterminisme, qui ne serait plus d’ordre social mais… génétique !

En second lieu, ils remettraient en cause le cloisonnement artificiel entre les sciences mais aussi l’enseignement de l’entrepreneuriat pour tous et plaideraient pour un enseignement différencié… selon des critères génétiques.

The ConversationAutant d’enjeux, y compris éthiques, en perspective !

Séverine Le Loarne, Professeur Management de l’Innovation & Management Stratégique, Grenoble École de Management (GEM) et Benjamin Powers, Chercheurs en Sciences de gestion, DBA, Headmaster, Grenoble École de Management (GEM)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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  • un nouveau sujet pour la lutte entre les tenants de l’inné et de l’aquis

    peut être une explication pour le fait que la grande majorité des éléves de grandes école ont des parents csp +

    un sujet de reflexion et d’inquietude; allons nous, endogamie aidan,t vers une stratification sociale

  • Merci pour cet excellent article! Il me fait penser aux études, il y a quelques années, sur le gène du « goût du risque ». Sur ExpertADN nous n’avions pas écrit d’article à ce sujet car ce test ADN nous semblait être un « gadget ». Des chercheurs du California Institute of Technology avaient demandé à un groupe de jeunes étudiants de se prêter à un jeu d’entreprise. Ils avaient découvert qu’une variante du gène MAOA-L sur le chromosome X, permettait à ceux qui le portaient de repérer les situations favorables et de prendre plus rapidement des risques financiers plus importants. Ils l’avaient appelé le gène guerrier.

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