Le New Space, qu’est-ce que c’est ?

Découvrez le phénomène le plus important pour les mois et années à venir, le « nouvel âge spatial », expression qui n’est que la traduction d’un mouvement relativement récent surnommé le New Space (ou encore Alt.Space).

Par Johan Honnet.

Le présent article fait suite à l’émission de France Inter Le temps d’un bivouac, et notamment d’une émission en particulier : « Ces milliardaires qui veulent conquérir l’espace », diffusée en juillet dernier. Xavier Pasco était l’invité de cette émission. Ce dernier est docteur en sciences politiques et auteur d’un ouvrage sorti en avril 2017 intitulé Le Nouvel Âge spatial, aux éditions CNRS.

Bien sûr, j’envisageais avant cette émission d’écrire le présent article. Pour tout vous dire, j’aime à penser que nous sommes à l’aube d’un âge nouveau, ou à tout le moins d’évolutions importantes qui vont radicalement changer notre avenir.

Outre la ferveur admirable des promoteurs du seasteading (phénomène passionnant mais qui restera, je le crains, marginal encore quelques années), les évolutions techniques immenses à prévoir dans le domaine génétique, le bouleversement induit par la blockchain, le phénomène le plus important pour les mois et années à venir me semble être l’inauguration de ce « nouvel âge spatial », expression qui n’est que la traduction d’un mouvement relativement récent surnommé le New Space (ou encore Alt.Space).

Dans le présent article, je vous propose une tentative de définition de ce qu’est le New Space.

Le Old Space, qu’est-ce que c’est ?

Cela paraît quelque peu évident, mais le New Space se conçoit en opposition au Old Space. Le Old Space, c’est l’industrie spatiale telle qu’on la concevait il y a quelques années encore. Ses caractéristiques étaient les suivantes :

– Quant aux acteurs, il s’agissait avant tout des États, et pas n’importe lesquels : il s’agissait surtout des USA et de l’URSS.

– Quant aux objectifs fixés, il s’agissait pour l’essentiel d’objectifs politiques et stratégiques.

À titre d’illustration, l’URSS a lancé Spoutnik en 1957, en partie pour démontrer que son modèle de société lui permettait de réaliser des prouesses jugées jusqu’alors impossibles ; il en va de même pour l’envoi de Youri Gagarine dans l’espace en 1961. Les missions Apollo qui ont suivi sont la réponse des États-Unis à cette prétention, avec les résultats que l’on connaît.

Il convient également de relever que les objectifs fixés relevaient d’une confusion étroite entre les enjeux militaires nationaux et les aspects scientifiques des missions spatiales. Pouvoir lancer un satellite artificiel en orbite, c’était également pour l’URSS le moyen de démontrer qu’ils étaient en mesure de lancer un missile nucléaire sur n’importe quel point du globe. Un détail d’ordre militaire que les États-Unis n’ont pas manqué de relever lors du succès de la mise en orbite de Spoutnik.

De même, aux États-Unis, il convient de rappeler que le premier lancement réussi, celui d’Explorer-1 en janvier 1958, a permis une découverte scientifique importante, à savoir la ceinture de radiation de Van Allen. Un lancement purement scientifique, donc ? Hé bien non : non seulement le lancement du « missile » (ou de la fusée) était de nature militaire, mais en outre un certain Von Braun et son équipe ont pris une part décisive à cette réussite.

Pour rappel, Von Braun a été le responsable du programme des missiles V2 développé par le régime nazi pendant la Seconde Guerre Mondiale, avant de devenir, après le succès d’Explorer-1, une des figures essentielles de la NASA nouvellement créée (son passage de l’Allemagne nationale-socialiste aux États-Unis d’Amérique s’expliquant par le fait qu’il avait été « débauché » avec son équipe par l’armée américaine lors de la débâcle du régime nazi).

– Quant aux moyens alloués, le moins que l’on puisse dire est que la maîtrise des coûts n’était absolument pas une priorité ; ainsi, les missions Apollo ont coûté plus de 26 milliards de dollars de l’époque, soit en valeur réelle (en tenant compte de l’inflation) plus de 150 milliards de dollars actuels. Sachant que les astronautes américains ont cumulé environ 300 heures sur la Lune, cela nous donne 500 millions de dollars actuels par heure passée sur la Lune, soit 8 333 333 dollars actuels par minute ou 138 888 dollars par seconde passée sur la Lune. Cela fait cher la seconde.

Un autre exemple intéressant pourrait être celui de la navette spatiale américaine. Elle avait été conçue au départ afin de diminuer drastiquement les coûts des lancements : étant réutilisable, elle aurait dû permettre d’éviter de reconstruire à chaque fois une fusée…

Sauf que le calcul s’est révélé faux : ses coûts d’entretien et de remise en état se sont avérés prohibitifs, la bagatelle de 500 millions de dollars par lancement. Ces navettes ayant effectué 135 vols entre 1981 et 2011, je vous laisse faire le calcul…

– Quant à la structure du « marché », il s’agissait de monopoles étatiques, centralisés et exclusifs. Bien sûr, avec le temps et le développement des satellites commerciaux (par exemple SES, que j’évoquais sur mon site, est une société commerciale fort importante sur ce marché), le marché s’est petit à petit ouvert au secteur privé, mettant fin, de fait au monopole étatique.

La transition : ouverture de marchés et réveil asiatique et européen

Entre 1980 et 2010, une transition essentielle va prendre place aux États-Unis. En effet, la NASA, contestée jusque dans son existence depuis la fin du programme Apollo, va rencontrer des problèmes successifs qui vont la pousser à changer sa politique spatiale.

Deux dates me paraissent importantes à retenir à cet égard : 1986 et 2003.

Ce sont les dates des deux accidents de la navette spatiale américaine, conduisant à la destruction des navettes Challenger et Columbia et à la mort de leur équipage. Cela a conduit à l’abandon de la navette spatiale américaine en 2011… avec une conséquence irritante pour les américains : c’est une fusée russe Soyouz qui devait, de ce fait, transporter les astronautes américains jusqu’à l’ISS. Une situation agaçante qui a conduit (c’est du moins une des causes) la NASA à « ouvrir » le marché du ravitaillement de l’ISS au secteur privé… américain.

Outre l’évolution du positionnement de la NASA outre-atlantique à l’égard du marché privé, deux phénomènes ont pris place pendant cette période charnière : le réveil de l’Europe et de l’Asie.

Pour l’Europe, je vais me contenter de citer la mission Philae-Rosetta qui, bien qu’étant un succès pour le moins mitigé, n’en est pas moins restée un fort moment médiatique pour l’Agence Spatiale Européenne et a démontré que l’on devait compter avec l’Europe en matière spatiale. Je pourrais aussi faire référence à ArianeSpace, fondée en 1980, qui est devenue non seulement le premier « opérateur de transport spatial privé » mais est restée leader du marché de façon incontestable jusque très récemment.

Je ne fais qu’évoquer brièvement ArianeSpace, mais il ne faut pas pour autant sous-estimer son importance dans la période que nous vivons actuellement : cette entreprise a permis à un grand nombre de pays de lancer leur premier satellite de télécommunications, et a, à l’époque, « bousculé » le marché spatial en obligeant à un début de libéralisation de l’accès à l’espace.

Un dernier exemple européen, celui du Luxembourg. Déjà pays pionnier car hôte de sociétés spatiales de dimension mondiale, comme SES, le Luxembourg a adopté en juillet 2017 (il y a quelques jours à peine, donc), une législation lui permettant de se positionner, avec les USA, comme pays pionnier du minage d’astéroïdes (j’évoque ce sujet sur mon blog ici).

Pour l’Asie, je pense qu’il y a beaucoup à dire. Il suffit de prendre connaissance de la liste des missions relatives à l’exploration lunaire des prochaines années pour s’en convaincre.

Ainsi, le Japon a tenté dès 1990 de mettre un orbiteur en place autour de la Lune, la sonde Hiten. Il s’agissait de la première sonde ayant pour destination la Lune depuis Luna 24, en 1976. Le Japon est resté actif, avec les missions Sélène/KAGUYA en 2007, et compte se poser sur la Lune en 2018.

En dehors des missions lunaires, il me faut citer la sonde Hayabusa, lancée en 2003, qui a permis d’explorer un astéroïde et d’en rapporter quelques microgrammes (ce qui n’est pas un mince exploit). Une nouvelle sonde va réitérer l’exploit en 2018 : Hayabusa 2.

Mais le Japon n’est pas le seul à avoir des ambitions fortes en matière spatiale : la Chine n’est pas en reste, avec les missions Chang’e. La première mission  Chang’e ne remonte « qu’à » 2007, avec la mise en orbite lunaire de la sonde spatiale Chang’e 1.

Autre date importante du programme spatial chinois : 2013, année où la Chine a beaucoup communiqué autour de son rover Lapin de Jade, rover qui a pu parcourir la surface de la Lune, faisant de la Chine un des rares pays à avoir réussi un tel exploit (chose que la communication officielle chinoise ne manque évidemment pas de rappeler). Enfin, il y a un mois à peine, la Chine a cherché à réitérer l’exploit Chang’e 5.

L’Inde est également extrêmement dynamique, jugez-en par vous-même : déploiement de l’orbiteur Chandrayan 1 en 2008 autour de la Lune, mise en orbite autour de Mars de la sonde interplanétaire Mangalayaan en 2014, une nouvelle mission lunaire fin 2017 nommée Chandrayan 2, comprenant un orbiteur, un atterrisseur et un rover… L’Inde n’est pas un figurant et est devenu un acteur spatial national de premier plan, au même titre que les États-Unis, la Russie, l’Europe, le Japon ou la Chine.

Un dernier pays asiatique : la Corée du Sud compte se lancer dans l’exploration lunaire avec le déploiement d’un orbiteur programmé pour 2018. Je ne peux m’empêcher de penser que l’Asie compte désormais lourdement dans la « course à l’Espace », et que les exploits des voisins chinois, indien ou japonais ne sont pas sans lien avec la nouvelle ambition coréenne.

Au vu de ces éléments, il ne me paraît pas usurpé d’évoquer un véritable « réveil asiatique« .

En résumé,  nous avons pu assister pendant la période 1980-2010 à une mutation profonde du « marché spatial » : avant cette période essentielle, il n’existait pour ainsi dire que deux grands acteurs spatiaux, à savoir l’URSS et les USA ; dès 1980, un embryon de marché spatial a pu commencer à se développer (par exemple, avec ArianeSpace ou SES).

Au courant des années 1990 et 2000, nous avons assisté à une multiplication des acteurs étatiques, à une redéfinition du rôle de la NASA dans ce marché spatial, avec pour conséquence un renforcement du secteur privé dans l’industrie spatiale. La multiplication des acteurs étatiques et l’émergence d’acteurs privés ont abouti, ces dernières années, à ce que Xavier Pasco nomme « le nouvel âge spatial« .

De 2010 à maintenant : l’émergence du New Space

Dans le sous-titre ci-dessus, j’évoque le New Space ; c’est là l’expression consacrée, et je me plie donc à la règle. Cette expression me paraît toutefois quelque peu imprécise : il n’y a, à mon sens, non pas un New Space mais des New Space. En réalité, il s’agit de plusieurs phénomènes qui se conjuguent et concourent à une dynamique globale.

Le premier phénomène, c’est un phénomène pour l’essentiel américain : la multiplication des « start-ups » spatiales. Ces dernières ont pour ambition de révolutionner le marché spatial. Ainsi sont apparues aux côtés des géants du secteur aérospatial comme Boeing ou Lockheed Martin une multitude d’entreprises souhaitant abaisser le prix de l’accès à l’espace en cassant les coûts.

La plus célèbre d’entre elles est la société SpaceX, avec son lanceur Falcon 9. Ce n’est pas la première à avoir mis sur le marché un lanceur réutilisable (la navette spatiale américaine ayant cet honneur) ; toutefois, comme vous le savez très certainement, c’est effectivement la première société à avoir réussi à recycler un lanceur… et à réduire ainsi drastiquement les coûts (avec une réduction, semble-t-il, de près de 30% du coût habituel). Je ne compte pas m’étendre outre mesure sur ce sujet, déjà traité abondamment ailleurs.

Mais il ne faut pas laisser SpaceX, ni même Blue Origin, masquer l’importance du phénomène. Ainsi, Xavier Pasco estime qu’il y aurait près de 1000 entreprises spécialisées dans le domaine spatial actuellement en activité aux États-Unis. La plupart d’entre elles n’existaient pas il y a encore dix ans.

Outre la multiplicité des acteurs désirant abaisser le coût de l’accès à l’espace (SpaceX, Blue Origin, Firefly Space, Odyne Space, Vulcan Aerospace…), il convient de relever un certain nombre de secteurs d’activités complémentaires. Ne pouvant (hélas) être exhaustif, je me contenterai donc de vous renvoyer sur ce site.

Comme précisé ci-dessus, ce phénomène est pour l’essentiel américain ; il n’est pas pour autant totalement américain.

Prenons le Salon International de l’Aéronautique et de l’Espace. On a pu y voir une petite centaine de start-ups spécialisées dans le domaine spatial. Force est de constater que la plupart, loin d’être concurrentes, sont en réalité complémentaires.

Parmi les secteurs d’activités nouveaux, je peux citer :

  • l’impression 3D en microgravité,
  • la conception « d’usines spatiales« ,
  • le minage lunaire/d’astéroïdes (j’ai commencé à évoquer le sujet sur mon blog ici),
  • mais aussi la mise à disposition de services relatifs à l’exploration spatiale (par exemple la société Astrobotic semble avoir choisi ce créneau),
  • la mise en place par la société Axiom d’une station spatiale privée (qui devrait coûter 1,5 milliard de dollars, contre 100 milliards de dollars pour l’ISS, selon le magazine Forbes),
  • le tourisme spatial et suborbital,
  • mais aussi des entreprises spécialisées dans l’information financière sur le marché spatial (un exemple avec New Space Global) ou dans le financement des start-ups spatiales (comme Space Angels).

C’est donc un écosystème tout entier qui est en train de se mettre en place petit à petit.

Je tiens toutefois à rappeler le contenu de l’intervention de Jeff Bezos (fondateur de Blue Origin et patron d’Amazon) à l’occasion de la Code Conference 2016 :

« If you go back to when I started Amazon, all of the heavy-lifting infrastructure to support Amazon was already in place. We did not have to invent a remote payment system. It was already there. It was called the credit card, » 

« We did not have to invent transportation – there was this thing called the postal service, If we had had to deploy last-mile, it would’ve cost hundreds of billions of dollars. »

« So when it comes to space, I see it as my job – I’m building infrastructure the hard way. I’m using my resources to put in heavy-lifting infrastructure, So the next generation of people can have a dynamic, entrepreneurial explosion into space. »

Pour les non-anglophones, cela donnerait (approximativement) la traduction suivante :

« Si vous revenez à l’époque où j’ai créé Amazon, l’ensemble des infrastructures essentielles pour Amazon étaient déjà en place. Nous n’avions pas à inventer un système de paiement à distance. Cela existait déjà. On appelle ça la carte bleue.

Nous n’avions pas non plus à inventer les transports – il y avait déjà ce qu’on appelle le service postal, et si nous avions eu à déployer les solutions du dernier kilomètre, cela [nous] aurait coûté des centaines de milliards de dollars.

De ce fait, quand on en vient à l’Espace, je vois mon boulot de la façon suivante – je construis à la dure les infrastructures [spatiales]. J’utilise mes ressources dans les grosses infrastructures essentielles, de façon à ce que la prochaine génération puisse bénéficier d’un environnement entrepreneurial dynamique dans le domaine spatial. »

Le deuxième phénomène constitutif du New Space, sont (à mon sens) les réactions entraînées par l’irruption de ces start-ups et de ces nouveaux acteurs dans le domaine spatial. En bref, cette irruption n’est pas sans lien avec la conception de la nouvelle fusée Ariane, plus « cost-efficient« . Se voyant légèrement bousculés, les « gros » acteurs se voient contraints à innover à leur tour, ou à tout le moins à suivre la tendance pour conserver leur position.

Un troisième phénomène essentiel pour le New Space, c’est la miniaturisation des satellites : les microsatellites et nanosatellites permettent à de nouveaux acteurs de « se payer » leur satellite, les coûts de lancement et de mise en orbite payés par les clients dépendant avant tout du poids de la charge utile à transporter. De plus petits satellites, ce sont des satellites plus légers, donc moins chers.

Cela permet également de transporter plus de satellites à la fois : l’Inde a, par exemple, en début d’année, mis en orbite 104 satellites en un seul lancement.

Dernier phénomène, déjà pointé dans la phase de transition : la multiplication des acteurs étatiques. Ce phénomène continue. J’en veux pour preuve le fait que le Luxembourg va créer en 2018 sa propre agence spatiale. Je peux aussi citer la création relativement récente (en 2014) de l’agence spatiale des Émirats Arabes Unis ; un de ses objectifs prioritaires est de promouvoir auprès des étudiants les études scientifiques, notamment celles permettant de se lancer dans des carrières dans l’industrie spatiale. Je ne résiste pas non plus à l’idée de citer la création en Pologne d’une agence spatiale en 2015.

Ainsi, si je reprends les points évoqués dans ma section relative au Old Space, on aboutit à la situation suivante :

– Quant aux acteurs de l’industrie spatiale, ces derniers vont en se multipliant : nouveaux États engagés dans la politique spatiale, émergence et croissance forte du secteur privé, américain mais pas seulement.

– Quant aux objectifs fixés, cela dépendra des acteurs. Classiquement, les États utilisent leur politique spatiale aussi pour s’affirmer politiquement (la course à l’Espace en Asie n’est pas sans lien avec les relations politiques régionales).

De façon un peu plus nouvelle, l’Espace n’est plus seulement un vaste lieu où affirmer sa puissance symbolique ou militaire. C’est devenu un enjeu pour gagner de l’argent. Et là où il y a possibilité de gagner de l’argent, il finira toujours, tôt ou tard par y avoir des gens.

Cette volonté de gagner de l’argent implique une politique de réduction des coûts de l’accès à l’espace, afin d’être compétitif. Cette réduction des coûts a pour conséquence un plus grand nombre d’acteurs pouvant se lancer dans l’exploitation commerciale (ou non) de l’Espace. Nous assistons, pour le moment, à un cercle vertueux.

– Quant aux moyens alloués, ils sont réorientés pour aboutir à une meilleure distribution des ressources. Ainsi, la NASA va abandonner l’ISS (qui coûte une véritable fortune et grève son budget) en 2024 ; il y a fort à parier qu’elle se réoriente plutôt dans les missions d’exploration spatiale de « l’espace lointain« .

Quant aux entreprises privées, les coûts vont décroissant ; la priorité est donnée à des solutions qui soient cost-effective, permettant d’être compétitifs et de gagner ainsi des parts de marché (tout en suscitant une demande plus importante).

– Quant à la structure du marché, il est vrai qu’il serait faux de dire que le contribuable sera de moins en moins sollicité : les États restent de très gros clients, et ils soutiennent parfois avec beaucoup d’argent public « leur » industrie spatiale (que serait SpaceX sans l’argent de la NASA ?). Mais je gage que nous assistons à une mutation progressive : d’un système centralisé, nous passons à une « décentralisation« , à des rapports nouveaux entre le public et le privé. La prochaine étape, à mon avis, sera l’essor de sociétés commerciales financées uniquement par des fonds privés. La structure du marché est donc appelée à évoluer encore, allant en grossissant si l’écosystème s’avère viable, et « s’autonomisant » à l’égard des États au fur et à mesure de cette croissance.

À ce sujet, comment ne pas faire référence au Google Lunar X Prize, qui se termine le 31 mars 2018 et qui va (peut-être) permettre de voir des entreprises financées à plus de 90% par des fonds privés réussir à se poser sur la Lune (démontrant que la chose n’a rien d’insurmontable) ?

Je les cite, non pas pour étaler ma science, mais parce que leur nom mérite d’être connu : des gens ont fourni de très gros efforts pour réussir l’impossible, et j’espère de tout cœur qu’ils atteindront leurs objectifs.

Retenez bien ces noms : SpaceIL, Synergy Moon, Moon Express, TeamIndus, Hakuto.

Ils viennent d’Israël, des États-Unis, d’Inde, du Japon, et pour Synergy Moon, de la Croatie, du Brésil, de l’Australie ou de la Malaisie (la liste est non exhaustive). Même s’ils échouent, ils resteront à mes yeux le symbole de ce qu’est le New Space : des gens ambitieux qui essaient de changer le monde en réalisant l’impossible, des gens réunis par une même passion et une même envie de réussir.

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