David Bowie avait prévu la chute de l’industrie musicale

David Bowie - Aladdin Sane credits Piano ! piano ! (CC BY 2.0)

Le chanteur avait vendu des « obligations Bowie » qui titrisaient ses futurs royalties.

Par Anthony L. Fisher.

Feu le grand David Bowie n’était pas qu’un androgyne « métamorphe et générateur de personnages ». Il était aussi une des rares stars du rock à avoir survécu aux ravages de l’addiction à la drogue et à avoir développé un instinct de survie suffisamment fort pour diversifier son portefeuille financier avant que l’industrie musicale n’explose.

En 1997, avec l’aide du banquier David Pullman, la création des « obligations Bowie » a permis au chanteur de vendre les droits des 25 albums qu’il a enregistrés avant 1990 pour une somme totale de 55 M$, les acheteurs de ces obligations (sécurisées par les futures recettes générées par le catalogue de Bowie) percevant 8% d’intérêts. Moody’s avait alors attribué une note de A à ces obligations.

Comme noté dans un article de Reason rédigé par Gene Callahan et Greg Kaza en 2004 :

Du point de vue de David Bowie, sa structure financière était trop dépendante des caprices de sa popularité. En vendant une partie de ses droits à d’autres, Bowie a été en mesure de diversifier ses investissements (nous supposons qu’il n’a pas dépensé la totalité des 55M$ dans une énorme virée shopping avec sa femme top-modèle Iman). Il a réduit son exposition à un changement des goûts musicaux du public qui l’aurait rendu pauvre. Dans le même temps, les investisseurs qui n’avaient aucune part dans les ventes de Ziggy Stardust auparavant ont pu se diversifier dans ce domaine et obtenir un taux d’intérêt convenable.

En 2002, le Thin White Duke de jadis avait dit au New York Times :

L’absolue transformation de tout ce que nous connaissions de la musique s’opérera au cours des 10 prochaines années, et rien ne pourra l’arrêter. Je ne vois aucune raison à prétendre que cela ne va pas arriver. Je suis tout à fait confiant dans l’idée que le copyright, par exemple, n’existera plus dans 10 ans, et que les droits d’auteur et la propriété intellectuelle vont suivre le même chemin.
La musique elle-même va devenir comme l’eau courante et l’électricité. En conséquence, il faut profiter de ces quelques dernières années parce que tout cela disparaitra à jamais. Vous devriez vous préparer à faire beaucoup de tournées parce que cela sera vraiment l’unique opportunité qu’il restera. C’est terriblement excitant. D’un autre coté, ce n’est pas important que vous pensiez que cela soit excitant ou pas ; c’est ce qui va arriver.

Bien que l’idée des obligations Bowie ait été copiée par des artistes comme James Brown, Joan Jett, les Isleys Brothers et le gestionnaire de Marvin Gaye, leur valeur n’a pas été construite pour durer. Peter Campbell du Financial Times écrit sur la chute de la musique comme produit :

La percée du service de musique en peer-to-peer Napster a infligé un camouflet à la législation sur le copyright, ce qui a fait craindre aux artistes et à l’industrie pour leur futur économique – le tout ayant eu pour conséquence d’amener les obligations Bowie à un niveau historiquement bas.

En 2004, la vente de CD physiques ayant étant cannibalisée par le téléchargement illégal et la popularité grandissante des services de musique en ligne, Moody’s a abaissé la note des obligations Bowie à BBB+, soit un cran au-dessus de celle des obligations pourries.

L’agence de notation a justifié cette baisse par « un revenu généré par ces actifs plus faible qu’attendu et causé par les faibles ventes de la musique enregistrée » à ce moment-là.

Dans l’esprit de ce jour, durant lequel des fans de musique du monde entier ont envahi les réseaux sociaux pour partager gratuitement leurs chansons préférées de David Bowie (qui étaient autrefois uniquement disponibles sous la forme de produits physiques coûteux), regardez la vidéo ci-dessous dans laquelle Bowie chante « L’homme Qui a Vendu le Monde », bien avant qu’il vende les contrats à terme de son passé.

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Cet article a été publié une première fois en 2016.