L’automatisation crée des emplois… et en supprime

L’automatisation étend le marché, elle représente un pari sur la croissance. Deux exemples pour s’en convaincre.

Par Philippe Silberzahn.

Comment l’automatisation crée des emplois en en supprimant
By: Tax CreditsCC BY 2.0

J’ai montré dans un article précédent pourquoi la robotisation, loin de supprimer des emplois, était au contraire un facteur de création d’emplois. Je continue dans la même veine avec deux exemples, tirés des travaux du chercheur américain James Bessen.

Le premier concerne le tissage. Durant la révolution industrielle, de plus en plus de tâches ont été automatisées, amenant les ouvriers à se concentrer sur les tâches les plus complexes et sur la maintenance des machines. Résultat : une croissance très forte de la productivité.

Durant le XIXe siècle aux États-Unis, la quantité de tissu qu’un seul ouvrier pouvait produire en une heure a ainsi été multipliée par 50. Cela a naturellement entraîné une très forte baisse des prix du textile, et donc une forte augmentation de la demande. Cette augmentation de la demande a à son tour suscité la production, ce qui a développé l’industrie et donc entraîné la création de nombreux emplois. Au final, entre 1830 et 1900, une période d’automatisation massive, le nombre d’ouvriers du textile a quadruplé.

Entre 1830 et 1900, une période d’automatisation massive, le nombre d’ouvriers du textile a quadruplé.

Mais l’effet ne s’est pas limité à faire baisser le nombre d’employés par succursale. Car cette baisse du nombre d’employés a elle-même entraîné une baisse du coût moyen de la succursale, permettant aux banques d’en ouvrir davantage pour répondre à la forte demande de proximité des clients.

Les distributeurs automatiques

Le deuxième exemple concerne le secteur bancaire avec l’introduction des distributeurs automatiques de billets. Là encore, il s’agit d’une innovation tout à fait typique permettant la réduction de la main d’oeuvre. Aux États-Unis, les distributeurs ont été introduits à partir des années 1960 et fortement développés à partir des années 1980, et l’impact a été évident : entre 1988 et 2004, le nombre d’employés moyen par succursale est tombé de 20 à 13.

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Ainsi, sur la période considérée, le nombre de succursales a augmenté de 43%, augmentant du même coup le nombre total d’employés de banques. On voit sur la figure ci-dessus que le développement massif de distributeurs automatiques de billets ne diminue pas, au final, le nombre d’employés, au contraire.

On le voit, l’automatisation supprime des emplois en effet direct, mais par la réduction des coûts que cette suppression entraîne, et également par l’amélioration de la qualité de service qu’elle permet (retirer de l’argent en dehors des horaires de fermeture, par exemple), elle augmente la demande, ce qui au final développe l’emploi. L’automatisation étend le marché, elle représente un pari sur la croissance.

Bien sûr, l’argument qu’on avance toujours face à de tels exemples, c’est que cette fois, avec les robots, l’intelligence artificielle ou tout autre innovation permettant d’automatiser des tâches, ce sera différent. Mais l’argument est un peu court, car il n’y a pas de raison que les mêmes mécanismes n’opèrent pas.

Les exemples cités ici proviennent de l’article de The Economist, 25 juin 2016, et des travaux de James Bessen, de l’Université de Boston. On pourra également lire l’article de Bessen « The Automation paradox », dans The Atlantic ici

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