Omniscience, d’André Ourednik

Dans un futur proche, les archives papier et les bases de données sont révolues et les informations sont stockées dans un data lake, un bassin de mémoire liquide appelé omniscience. Un essai de science fiction troublant.

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Omniscience, d’André Ourednik

Publié le 22 août 2017
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Par Francis Richard.

Le temps, pensons-nous, rongeait l’existence de nos ancêtres, mais nos cuves d’Omniscience s’ouvrent à l’éternité. (Contribution au trou noir du professeur StevenTurmdijk)

L’Omniscience est, dans ce temps à venir, le dernier cri de la technologie pour stocker les données, sous forme liquide. Plus personne ne lit de livres, sous forme papier. Les données numériques, sous forme solide, ne sont plus qu’un souvenir…

Le service des immersions

Le bassin de l’Omniscience est géré par le Service des immersions, qui dépend de l’Office de la Mémoire, l’OfMem. Tous ses employés ont un nom de fonction, l’uanid, pour unique anonymous identifier, composé des premières lettres de leur vrai nom et des premières de leur unité :

Grâce à son uanid, un humain devenait un sachet de donnée servile et prêt à s’ouvrir sur demande. Certains appréciaient pour peu que ça les déresponsabilise de leur propre contenu.

Quoi qu’il en soit, les données du Médium, nom que l’on donne au liquide bleu de l’Omniscience, sont exploités soit par des robots-lecteurs, soit par des fils de lecture tissés par des plongeurs qui les immergent dans le bassin mémoriel.

Les plongeurs de la série E

Chacun de ces fils de lecture porte un numéro de dossier comprenant une majuscule de l’alphabet, le symbole # et un nombre. En principe un fil de lecture correspond à un plongeur et un seul. À l’exception des plongeurs de la série E :

Les plongeurs de la série « E » suivaient leurs propres lubies […]. Par envie de tester le potentiel du Médium ou simplement de prendre un bain […]. Ça donne des fils aléatoires. En deux mètres, vous sautez dans une narration complètement différente, apparemment déconnectée du point de départ.

E#26 est d’autant plus mystérieux qu’il a détruit ses papiers d’identité, effacé tous les dossiers contenant son nom ou alors permuté les uanids des intervenants. Ancel Gompo, alias Goan Si, a pour mission de reconstruire ces enregistrements…

La civilisation des données

Le récit d’André Ourednik est composé d’extraits de E#26 et d’épisodes où figurent des membres des services des immersions, de la communication interne ou des copies, et même une auxiliaire des ressources électriques.

Ces épisodes sont l’occasion pour l’auteur de poser de nombreuses questions (scientifiques, techniques, existentielles, voire métaphysiques), induites par une telle civilisation des données. Il y a ainsi, par exemple, divergence de désirs entre la science et l’industrie de l’information :

Aujourd’hui, toute la question est de savoir si nos données sont assez pérennes pour permettre à la science d’évoluer. Parce que l’industrie s’en fout des lois de l’univers. Elle ne cherche pas à connaître mais à vendre, et la seule manière de relancer la demande consiste à introduire de nouveaux formats de données.

Or les formats de données sont conditionnés par les machines et les supports : Les tablettes d’argile, le papier, la disquette, le réseau de calcul-stockage, le cristal et Médium liquide diffèrent. Chacun impose une manière particulière d’écrire, c’est-à-dire une manière de penser…

Ne s’agit-il pas du genre de questions que le lecteur peut d’ores et déjà se poser ? C’est pourquoi tout en étant futuriste, ce livre, à la fois très sérieux et plein d’humour, s’avère très actuel, d’autant que l’anticipation qu’il propose n’est, après tout, pas improbable.

André Ourednik, Omniscience, La Baconnière, août 2017, 276 pages.

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  • C’est effectivement très troublant et cela me fait immanquablement penser à Fahrenheit 451 de Ray Bradbury.

  • Les commentaires sont fermés.

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