Faut-il organiser les Jeux Olympiques à Paris ?

Ce sont les Jeux d’été qui coûtent le plus cher, 16 milliards en moyenne depuis 2000, 20 milliards pour les trois dernières éditions. Ce sont ceux-là même que la France souhaite prendre à sa charge. Est-ce que ça vaut vraiment le coup ?

Par Jean-Baptiste Boone.
Un article de l’Iref-Europe

Alors que toutes les précédentes éditions des JO ont abouti à des dérapages financiers, provoqué la colère des citoyens et parfois aggravé des crises financières, les candidats persistent. Tout se passe comme si l’organisation des JO de Paris était un amusement pour des politiciens en mal d’occupation. Les Jeux Olympiques : ils s’amusent, vous payez.

Les drapeaux et affiches publicitaires fleurissent déjà à Paris pour promouvoir et célébrer les futurs Jeux Olympiques de 2024. La ville, en effet, via sa mairie, s’est portée candidate à leur organisation et reste en concurrence avec Los Angeles seulement. La décision devrait être rendue en septembre 2017.

Alors que d’autres villes initialement candidates se sont prudemment retirées, comme Rome, Budapest ou Hambourg, Paris persévère. Il n’y a pas lieu de s’en réjouir.

Que ce soit par la décision du maire nouvellement élu à Rome, grâce à des pétitions en Hongrie ou par référendum à Hambourg, ces villes ont dit non à des dépenses faramineuses. Elles pourraient servir d’exemples pour nous. Sinon, les éditions précédentes devraient nous alerter : les dérapages financiers sont systématiques !

Coût des JO

Source : médias – (en euros prix courant)

Une seule édition a réussi à respecter ses budgets et même à être bénéficiaire, et c’est Los Angeles en 1978. Les Jeux précédents, au Canada, s’étant soldés par une catastrophe financière que les Montréalais ont payé jusqu’en 2004, aucune ville ne s’était portée candidate pour 1978.

Finalement la ville de Los Angeles s’est lancée, mais associée à des intérêts privés et en imposant ses exigences. Depuis, tout a été oublié et les candidats – 4 à 6 en général – se pressent à nouveau pour organiser cette grande fête planétaire payée par les contribuables. Ils rivalisent ainsi de prévisions approximatives et financièrement biaisées pour remporter l’attribution des Jeux.

Les Jeux d’Athènes, en 2004, connaissent un paroxysme dans la gabegie et sont accusés notamment d’avoir amorcé la crise que vit le pays depuis 10 ans ; et pour cause : les dépenses ont atteint 7% du PIB de l’époque !

Enfin, il faut noter que ce sont les Jeux d’été qui coûtent le plus cher, 16 milliards en moyenne depuis 2000, 20 milliards pour les 3 dernières éditions. Ce sont ceux-là même que la France souhaite prendre à sa charge.

Mais ces montants ne seraient-ils pas des investissements bénéficiant largement à la prospérité future de la ville organisatrice, voire du pays ? On peut en douter. Les exemples de constructions immédiatement abandonnées après les jeux sont légion, soit par manque d’utilisateurs potentiels, soit à cause de frais d’exploitation hors de mesure pour la commune qui les abrite.

À Londres en 2012, plus de la moitié des coûts a consisté en dépenses de fonctionnement, sécurité (670 millions €) et organisation générale (2 400 millions €) ou en investissements difficilement réutilisables, tels le village olympique (675 millions €) et le stade olympique (1 200 millions € dans une ville qui compte de nombreux stades très modernes). Le reste concernait la modernisation des transports en commun londonien pour 7 800 millions € !

Des bénéfices couvrant les frais ? Une double comptabilité

Diffusion et parrainages représentent 92% des revenus directs des Olympiades selon le Comité international olympique (CIO). Ce sont le comité organisateur (COJO) et le CIO qui reçoivent et gèrent ces rentrées. Ces deux entités sont ainsi généralement bénéficiaires ou très légèrement perdantes.

Le reste, ce sont des revenus indirects, jamais clairement calculés, estimés de manière hypothétique. Ce sont sur eux pourtant que comptent les municipalités pour justifier les frais restant à leur charge : sécurité, construction, propreté, etc. Ainsi, à Londres en 2012, les estimations ont été très variables et surtout très peu sûres, bien que David Cameron eût revendiqué l’équilibre dans un discours cette année-là.

Par ailleurs, les JO, par leur ampleur, phagocytent les activités touristiques annexes. À Londres encore, les professionnels du tourisme ont estimé subir une baisse de la fréquentation. Les touristes venant assister aux Jeux ne compensent pas ceux qui ont préféré reporter leur voyage. Pour une ville comme Paris, recevant 36,5 millions de touristes par an, c’est un risque non négligeable. En ce qui concerne la notoriété, il est douteux que Paris ait beaucoup à gagner.

Les expériences passées ont donc prouvé que l’espoir d’un retour sur investissement à long terme est plutôt fallacieux. En réalité, ce sont très probablement les habitants qui seront mis à contribution.

Les prévisions pour Paris

D’ores et déjà, 72 millions ont été investis pour soutenir la candidature de Paris dont 30 millions sur fonds publics.

Le Budget du COJO est de 3,5 milliards €. Il comporte une réserve de 12%. Quand on voit que le budget prévu pour la sécurité est de 182 millions d’euros, on peut penser qu’elle sera mise à contribution : c’est 4 fois moins qu’à Londres en 2012… Les dépenses d’infrastructures, évaluées à 3 milliards €, sont calculées en dehors du budget COJO, ainsi que les 7 milliards € prévus pour les transports, et les 3 milliards pour les aéroports.

Les recettes viennent couvrir les dépenses du COJO. Pour le reste, s’appuyant sur une étude du centre du droit et du sport, Paris doit espérer récupérer 11 hypothétiques milliards en retombées économiques.

Enfin, témoignant de l’aveuglement des organisateurs (sportifs et politiques), le projet tient à préciser que « la France a des moyens économiques plus que suffisants pour accueillir les Jeux », qu’aucune opposition n’existe à ce projet et qu’en conséquence il ne sera pas soumis à l’avis des Parisiens. Quand il s’agit de distribuer 100 millions, la mairie en tiendrait compte, mais pas pour des milliards ?

Les Parisiens ne devraient-ils pas s’exprimer ?

Cet article a été publié une première fois en mai 2017

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