Le futur Airbus pourra-t-il décoller ? Votre avis est sollicité !

La « vox populi » est-elle capable de juger la solidité des ailes d’un Airbus ou la conception de la cuve d’un réacteur nucléaire ?

Par Michel Gay.

Au travers d’une consultation publique, l’avis de la population est formellement sollicité par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) jusqu’au 12 septembre 2017 pour juger l’aptitude au service de la cuve du réacteur nucléaire EPR, actuellement en construction à Flamanville…

Consultation du public…

Après une instruction de plus de deux ans, l’ASN a rédigé un projet d’avis qui acte l’aptitude au service du fond de cuve du réacteur EPR de Flamanville, avec un suivi spécifique, et le besoin de remplacer le couvercle avant 2024.

Ce « oui, mais… » de quelques lignes vient en conclusion des milliers de pages rédigées par des industriels, des organismes de contrôle, et par des comités d’experts.

Le Conseil Supérieur de la prévention des risques technologiques doit encore donner son avis. EDF et AREVA doivent aussi formuler leurs observations mais l’ASN, d’ores et déjà, « soumet son projet à la consultation du public ». Cette démarche singulière (pour un sujet technique compliqué) conduit à s’interroger sur les finalités sous jacentes.

Pourquoi en effet rechercher la sanction populaire sur ce type de dossier polémique ? Ce choix peut apparaître comme un pied de nez à la démocratie représentative.

Cette affaire ayant été « popularisée » par l’ASN qui a évoqué publiquement une inquiétante « anomalie sérieuse, voire très sérieuse… », viserait-on sa résolution par appel à la sagesse populaire, afin de boucler la boucle ?

Qu’importe la question…

Toutefois, comment prendre en compte des réactions qui dans leur majorité vont se situer sur le champ de l’acceptation ou du rejet du nucléaire, et non sur celui des éléments d’un dossier particulièrement difficile ?

La complexité de ce dossier ne rebutera pas les opposants traditionnels au nucléaire qui réagiront d’abord en fonction de leur positionnement habituel, sans chercher à creuser plus avant. Dans les consultations référendaires, il est rarement répondu à la question posée, surtout si le sujet est compliqué.

Dans le cas présent, ce sont surtout les opposants qui manifesteront leur aversion militante au risque nucléaire, trouvant là une belle opportunité de s’exprimer sur ce forum officiel offert par l’ASN.

Quant aux pro-nucléaires, ils ne s’exprimeront que parcimonieusement car pour défendre, il faut comprendre (et donc lire de nombreux dossiers), alors que pour refuser, ne pas comprendre peut suffire à entraîner la méfiance et le rejet. D’où un déséquilibre à attendre dans les flux respectifs des « avis ».

Assurance tous risques

Dans l’esprit des décideurs, il apparaît désormais impératif de s’entourer d’un maximum de garanties, quitte à les rechercher dans des sphères généralistes, même s’il s’agit de questions spécialisées.

Mais l’important n’est-il pas de se prévaloir d’une consultation, sans forcément en attendre une valeur ajoutée pour soutenir ou critiquer la position présentée ?

Une telle consultation peut aussi jouer un rôle de paratonnerre officialisant et canalisant les objections et faisant office de défouloir.

De nos jours, la judiciarisation de la société n’épargne pas les acteurs officiels.  Il devient prudent de se prémunir contre les recours de toutes sortes.

Quel intérêt ?

Cette consultation publique vise certainement d’abord à rassurer notre société moderne. Mais elle devrait au contraire s’effrayer qu’on puisse demander sans cesse à chacun un avis sur tout.

Ou bien est-ce simplement un sondage d’opinion ? Un avis est argumenté, pas une opinion que chacun peut avoir suivant son ressenti.

L’exemple récent (automne 2016) de la consultation publique nationale réalisée sur la Programmation Pluriannuelle de l’Énergie (PPE) devrait pourtant dissuader de se précipiter vers les claviers pour donner son avis. Le projet initial, qui avait pourtant drainé bien des commentaires, a traversé l’épreuve sans qu’en soit changé une virgule.

Enfin, peut-il raisonnablement sortir de la présente consultation des éléments capables de renverser le « oui mais » proposé par l’ASN ? C’est improbable, sauf à prendre prétexte du flot protestataire pour motiver un refus non assumé, ou pour remettre l’ouvrage sur le métier.