Incertitude sur les marchés financiers

Le rapport annuel de l’Autorité des Marchés Financiers était expressément attendu et la sanction est tombée, la crise (ou le krach) risque de survenir à n’importe quel moment.

Par Hugo Gerlier.

C’est une malédiction des années en sept pour l’économie mondiale. Après 1987 et le Krach d’Octobre, 1997 et la crise asiatique, 2007 et la crise des subprimes, nous sommes à la mi-2017 et le goût devient amer sur les marchés financiers. Le maître-mot ? INCERTITUDE.

Elle plane sur le monde telle une épée de Damoclès, à la fois sur la tête des banques, mais aussi sur celles des citoyens. Fébrilité des croissances américaine et chinoise et questionnements autour du système bancaire européen, les doutes sont grands et les marchés risquent de vaciller au moindre coup de vent.

Le rapport annuel de l’Autorité des Marchés Financiers1 était expressément attendu et la sanction est tombée, la crise (ou le krach) risque de survenir à n’importe quel moment.

L’Autorité des Marchés Financiers est sévère mais réaliste

L’AMF explique que « les marchés financiers ont connu, en 2016, plusieurs épisodes de stress, avec de forts mouvements de prix et des pics de volatilité expliqués par la multiplication de nouvelles inattendues que les prix des actifs ont dû intégrer durant l’année ». Puis elle affirme « la difficulté des marchés à évaluer à leur juste valeur les actifs, dans un environnement marqué par des politiques monétaires expansionnistes. ».

Pourtant, la croissance de l’activité économique est stable depuis 2012, autour de 3,1% selon le FMI (2016) même si elle s’accompagne de pics de volatilité sur les marchés financiers.

Seul problème : l’inflation demeure faible et les différences entre l’Europe et les Etats-Unis s’accroissent. On observe un décalage entre la politique de la Réserve Fédérale Américaine et celle de la Banque Centrale Européenne.

La première a choisi de relever son taux d’intérêt directeur d’un quart de point en décembre dernier (de 0,50% à 0,75%), puis à nouveau en mars 2017 pour le porter à 1%, ce qui montre la volonté de normalisation progressive de la politique monétaire de la Fed. À l’inverse, la BCE affirme vouloir continuer son programme de rachat d’actifs jusqu’à décembre 2017.

Même si les deux opérations sont cohérentes du fait des différences conjoncturelles entre les États-Unis et l’Union Européenne (inflation et chômage principalement)2, la hausse du taux d’intérêt directeur américain pourrait affecter la reprise européenne.

Car du côté européen, l’heure n’est pas au resserrement de la politique monétaire, les politiques non-conventionnelles de Quantitative Easing ne s’arrêteront pas immédiatement, et c’est bien Mario Draghi qui l’affirme, avec sa volonté d’une « politique monétaire constante et prudente ».

Les marchés financiers en équilibre sur une jambe

Sur les marchés financiers, il ne faut pas sous-estimer les risques de secousse. L’AMF note qu’il ne faut pas oublier que « le début de l’année 2016 a été ainsi été marqué par des périodes de stress notables, lorsque les craintes sur la croissance mondiale ont entraîné une chute des valorisations3 ».

Le rapport redoute une correction des marchés financiers, et l’AMF indique qu’au niveau macroéconomique, la croissance qu’ont connu les pays occidentaux a été un succès modeste mais que les marchés financiers ont été soumis à de fortes fluctuations, à des « pics de volatilité ».

De nombreux analystes notent que les « marchés sont trop chers », surtout le NASDAQ et le Dow Jones, aux Etats-Unis, où les augmentations des valeurs des actifs sont beaucoup plus rapides que celles de la croissance et de la croissance des bénéfices des sociétés4.

De plus, l’AMF s’inquiète de l’endettement, public et privé, mais surtout du niveau d’endettement privé des entreprises françaises non financières (avec aujourd’hui des taux très bas, mais si les taux remontent, il y a de gros risques). Faut-il craindre une bulle financière du côté Nord-Américain ?

L’inquiétude majeure concerne donc une correction des marchés financiers. Malheureusement, on ne sait où, ni quand, et c’est un danger conséquent.

Le discours des banquiers centraux est crucial

Les Banques Centrales ont un grand rôle en amont des crises, principalement via leurs banquiers centraux. Leurs commentaires font parfois l’effet d’une bombe, même cette fois, les Banques Centrales ont donné des discours rassurants (principalement sur le Quantitative Easing). Sans signal de la Bank of England, la Fed voulait un resserrement très graduel de la politique monétaire.

Toutefois, le rêve n’est pas infini, et Mario Draghi s’est rendu à l’évidence en annonçant que le Quantitative Easing ne pourrait pas durer éternellement et qu’il faudra normaliser un jour la politique de la BCE.

Mais cela risque de mettre en péril certains groupes, car il faut réapprendre à vivre avec des taux « hauts » ou du moins plus hauts que les O% que nous connaissons depuis maintenant un long moment.

Une revalorisation est nécessaire, la BCE va devoir normaliser sa politique, comme l’a fait la Fed à plusieurs reprises avec différentes vagues de communication, en 2013 ou encore 2015.

En économie, on appelle ce moment le moment Minsky, l’économiste (du même nom) expliquait que c’est lorsque tout va bien que les mauvaises décisions sont prises, celles qui sont les causes du futur retournement du cycle, et celles qui préparent la prochaine crise. Seraient-ce celles que les Banques Centrales sont en train de prendre ?

Les politiques de taux zéro voire de taux négatifs menées depuis dix ans par la BCE et d’autres banques centrales ont faussé, ici et là, les prix et les rentabilités, l’économie est ainsi bourrée d’erreurs et de bulles dont on ne connaît rien. La crise est annoncée, mais la crise sera inattendue.

 

  1.  Voir AMF, Rapport annuel au Président de la République et au Parlement, 2016.
  2.  Selon l’AMF, en zone euro, l’inflation est de 1,1% et le chômage est de 9,6% en décembre 2016, deux chiffres qui restent encore loin des valeurs cibles, contre respectivement 2,075% et 4,7% pour les Etats-Unis.
  3. L’AMF note que (l’EuroStoxx 50 a perdu 17,8% entre le 1er janvier et le 11 février).
  4.  Toutes les valorisations sont dévoyées, les actions sont chères, l’obligataire est très cher, les taux sont très bas (non risqués, obligation d’État), les primes de risques sont mal ajustées.