Le macronisme au prisme de l’histoire

Le macronisme aurait-il inversé l’ordre entre la Révolution et la prise de l’Élysée, entre le « dégagisme social » et « le dégagisme politique » ?

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Le macronisme au prisme de l’histoire

Publié le 18 juillet 2017
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Par Vincent Feré.
Un article de Trop Libre

Le macronisme étonne par la fulgurance de sa réussite : il y a un an encore, Emmanuel Macron, membre du gouvernement Valls, sans parti, sans mandat électif, affichait une ambition qui suscitait l’agacement ou l’ironie de ses collègues et le scepticisme des observateurs.

Les uns et les autres ont dû se rendre à l’évidence : Emmanuel Macron est président de la République et son parti, la République en marche, a obtenu la majorité absolue aux élections législatives.

Sa réussite, son positionnement politique, la nature de ses soutiens sociologiques ne sont cependant pas sans évoquer des précédents historiques qui permettent d’appréhender le macronisme et d’évaluer ses chances de réussite.

Macron, un Boulanger qui marche sur l’Élysée…

Au milieu des années 1880, la République de Ferry et Gambetta paraît à bout de souffle, impuissante sur la question nationale, décevante sur la question sociale. C’est alors que le général Boulanger, un ministre qui a su se rendre populaire, fédère sur son nom des électeurs venus de tous les horizons idéologiques et sociologiques.

Ses candidats triomphent aux élections de 1889 mais, pusillanime, Boulanger ne marche pas sur l’Élysée. Il y a du Macron chez Boulanger, moins la pusillanimité : la capacité à rassembler derrière lui, face à un régime en crise et une classe politique sclérosée, des personnalités souvent novices en politique, pour balayer l’ancien système.

Jules Simon, en 1889, a d’ailleurs analysé le boulangisme avec des termes qui pourraient tout aussi bien s’appliquer au macronisme :

Voter pour lui (Boulanger), c’est voter contre ce qui est. On ne lui demande pas ce qu’il mettra à la place. Si on le lui demandait, il se garderait bien de le dire. D’abord parce qu’il ne le sait pas. Et ensuite, parce qu’il sait, comme nous tous, que ses électeurs d’accord dans ce qu’ils détestent, ne sont pas d’accord dans ce qu’ils aiment (…). M. Boulanger est un balai.

Nul doute en effet que la République en marche n’ait été un instrument efficace au service du « dégagisme » qui s’est emparé des Français face à l’impuissance des partis traditionnels.

Or le boulangisme n’a pas duré : il est mort non seulement de la médiocrité de ce général qui « a vécu en sous-lieutenant » (Clemenceau) mais également de ses contradictions idéologiques et parce que la Troisième République a su répondre au défi qu’il lui avait posé.

Le macronisme ne paraît donc pas voué à connaître le même sort : Macron a du talent, son mouvement, libéral et européen, a une vraie cohésion politique, et les anciens partis qui traversent une crise profonde et durable ne risquent pas d’entraver son action.

D’où peut donc venir sa fragilité ? De sa faible assise sociologique ? Le parallèle avec la République thermidorienne fournit peut-être un élément de réponse.

Le retour de la République thermidorienne

La République thermidorienne, comme la République en marche, entendait se situer à égale distance des extrêmes : « ni Mélenchon ni Le Pen » disent les macronistes en écho au « ni jacobins, ni royalistes » des Thermidoriens.

Mais l’analogie ne s’arrête pas là. Boissy d’Anglas, rapporteur du projet de Constitution en 1795, définissait ainsi le régime voulu par ses amis et lui :

Nous devons être gouvernés par les meilleurs, les meilleurs sont les plus instruits et les plus intéressés au maintien des lois.

Le gouvernement Philippe est ainsi composé d’experts dans leur domaine d’action : un spécialiste de l’école à l’Éducation nationale, une juriste à la justice, une professionnelle des ressources humaines au ministère du travail. Les « meilleurs » de Boissy d’Anglas gouvernent donc.

Une manière pour le président de la République et son Premier ministre de répondre à l’attente d’efficacité et de résultats des Français de la part des politiques.

Mais si le bilan réformateur du Directoire est loin d’être négligeable, dans le domaine économique et financier notamment, dans celui de l’enseignement également, le régime des « meilleurs » a néanmoins été rapidement balayé. Quelle leçon pour le macronisme ?

Si la République thermidorienne a été emportée, ce n’est pas d’abord à cause des oppositions politiques mais parce qu’elle n’a pas su réconcilier la Nation avec l’État.

Régime de quelques-uns, les bénéficiaires de « la fête directoriale », elle n’a pas réussi, contrairement à la Troisième République de Gambetta et des « couches sociales nouvelles », à apporter une réponse satisfaisante à la question sociale.

Sans base sociologique, elle s’est effondrée. En 2017, le nouveau pouvoir, soutenu principalement par la France des CSP +, sans réelle adhésion populaire à son projet, pourrait bien subir le même sort. Et d’ailleurs sa timidité dans les premières réformes annoncées ne traduit-elle pas cette crainte ?

Le Directoire a été renversé par le coup d’État du 18 Brumaire de Napoléon Bonaparte, un Boulanger qui comme Macron a conquis le pouvoir avec audace. Toutefois Napoléon, non seulement réconcilie les deux France – « ni talon rouge, ni bonnet rouge, je suis national » – mais il prend acte des transformations de la société issues de la Révolution française et les inscrit dans les « masses de granite », bases d’un nouveau contrat social.

Or après la réunion du Congrès le 3 juillet par le président de la République et après le discours de politique générale de son Premier ministre le lendemain, on cherche en vain les nouvelles « masses de granite ». Est-ce parce que, s’agissant de son programme économique et social, ses « électeurs d’accord dans ce qu’ils détestent, ne sont pas d’accord dans ce qu’ils aiment » (Jules Simon) ?

Le macronisme aurait-il alors inversé l’ordre entre la Révolution – le « dégagisme social » –  et la prise de l’Élysée – « le dégagisme politique » – ?

Si la réponse ne va pas de soi la question mérite sans doute d’être posée.

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  • Il est curieux de comparer deux hommes, pour conclure qu’ils n’ont entre eux aucun rapport, aucune aptitude commune. Comparaison n’est pas raison, c’est un cas à pouvoir le rappeler.

  • macron n’a pas conquis le pouvoir avec audace ;il est au pouvoir via une abstention massive , un ras le bol des citoyens envers les autres partis qui n’ont rien foutu quand eux mêmes étaient assis sur le trone et un dégagement bien préparé de fillon ;

    • En plus de n’être élu que sur une base (optimisée) de 44%, et réelle de 18%, Macron n’a, en commun avec Boulanger, que l’absence de solutions.
      J’aurais pris une autre personnalité qu’un homme qui a été poussé au suicide, par ses détracteurs conservateurs!

  • Il faudrait cesser de dire que Macron est libéral, c’est la seconde fois que je trouve cette affirmation dans un article de Contrepoints ! Macron est étatiste car socialiste, soft mais socialiste. A des années lumière du libéralisme, comme les 13.000 emplois aidés supplémentaires le démontrent. C’est du bon Hollandisme tout craché!

    • Macron est un bien un socialiste et il le sait, car il applique la règle du partage des déficits avec sa théorie de défense européenne, pour masquer ou justifier ou retarder les ressources financières de nos propres militaires.
      Et il applique une autre règle, venant des communistes, la peur, la pression, la contrainte psychologique exercées par le chef qui sait tout et qui n’a pas à subir les critiques des « autres », de tous les autres.
      Il me semblerait plus en phase avec le président François Mitterand dont on sait maintenant tout le mal qu’il a fait en France et dans le monde.

  • Le macronisme……c’est la démonstration que l’association de l’argent et des médias permet toutes les folies

  • Difficile de parler d’histoire pour ce pauvre Macron qui n’est au pouvoir que depuis quelques semaines. On jugera dans la duré.

  • gebe : Macron est pire qu’un socialiste à mes yeux : c’est un sociale démocrate, c à d un socialiste soft, cynique, conscient que le socialisme est économiquement une impasse. Ainsi par intérêt de caste (énarchie, plaçous politique de copains et de coquins etc…) ou par âcheté électoraliste il « sauve le modèle sociale » avec quelques réformettes (comme Juppé en 1996 ou Fillon en 2004) sans proposer d’alternative. Tout cela est associé à la comédie médiatique des syndicats et marxistes de tous poils qui font semblant de s’opposer alors qu’ils sont soulagés en sous mains que le « sytème »soit sauvé de la faillite et qu’ainsi un vrai mouvement libéral ne puisse exister en france.

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Un entretien mené par Matthieu Creson pour la la Revue Politique et Parlementaire. 

 

Pascal Salin est économiste, professeur émérite de l’université Paris-Dauphine, et fut président de la société du Mont-Pèlerin de 1994 à 1996.

Parmi les ouvrages qu’il a publiés, citons notamment La Vérité sur la monnaie (Paris, Odile Jacob, 1990), Libéralisme (Paris, Odile Jacob, 2000), Français, n’ayez pas peur du libéralisme (Paris, Odile Jacob, 2007), Revenir au capitalisme pour éviter les crises (Paris, Odile Jacob, 2010), La T... Poursuivre la lecture

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