Janet Yellen : « Il n’y aura plus de crise financière »

Janet Yellen by International Monetaru Fund(CC BY-NC-ND 2.0)

En prétendant qu’il n’y aura plus de crises financières, il se pourrait que Janet Yellen ne parle que de son bilan à la tête de la Réserve Fédérale américaine.

Par Sébastien Laye.

Il est bon que le peuple ne comprenne pas notre système bancaire et monétaire, car si c’était le cas, je pense qu’il y aurait une révolution avant demain matin.

assénait en son temps Henry Ford. L’Histoire ne lui a pas donné raison cependant, tant s’en faut : héros des temps économiques modernes depuis le début de ce siècle, les banquiers centraux paraissent désormais ivres de leur propre pouvoir et de l’idée selon laquelle ils pourraient entraver la survenue de toute crise financière, ayant sauvé les économies mondiales d’une nouvelle Dépression et d’une déflation généralisée des actifs depuis 2008.

L’étonnante prédiction de Janet Yellen

Alors même que les doutes s’accumulent au sein de la communauté financière sur la solidité de ce redressement post crise de nos économies, et notamment sur les risques de bulles financières insoutenables sur fond de valorisations stratosphériques des actifs,  Janet Yellen s’est permis une surprenante prédiction il y a deux semaines à Londres (comme en écho aux déclarations triomphantes de Greenspan en 2000 et Bernanke en 2007, quelques mois avant des déflagrations financières) :

Irais-je jusqu’à dire qu’il n’y aura plus de crises financières ? Cela serait aller trop loin, mais nous sommes beaucoup plus en sécurité ; j’espère- et je pense- qu’il  n’y aura pas d’autres crises financières de nos existences.

Parlait-elle de sa propre existence (elle a 70 ans), de celle de son audience ? Chaque banquier central réitère une vision optimiste de son propre bilan au terme de sa mission (Janet Yellen ne devrait pas poursuivre un nouveau mandat en 2018) et on se souviendra à ce sujet du fameux Greenspan Put qui était censé juguler toute chute des marchés….

En effet peut être qu’il n’y aura pas dans le futur proche de crise similaire à celle de 1930 ou même de 2008 (encore que pour moi l’hypothèse non pas d’une nouvelle crise, mais d’un soubresaut de celle de 2008, artificiellement cautérisée par les banquiers centraux, est plausible au cours des deux prochaines années), mais au cours des trente dernières années on recense tout de même 11 épisodes de crise survenant avec une inévitable normalisation monétaire et une entrée en récession.

L’intervention risquée des autorités monétaires

En réalité, le désordre monétaire règne depuis la fin des années 1990. Incapables d’accepter la fin de l’hyper croissance de cette période, les autorités monétaires ont porté à bout de bras l’économie américaine après le 11 septembre, créant des bulles spéculatives en 2003-2007, puis depuis 2012.

Le problème vient de ce que les nécessaires normalisations monétaires concomitantes (hausse des taux et dans le cas actuel très particulier, fin des achats de titres financiers par les autorités monétaires) à des survalorisations des prix des actifs, loin d’entrainer de simples récessions, précipitent les crises de crédit et les épisodes de correction violente du prix des actifs (actions, obligations, immobiliers).

Là ou Janet Yellen voit une situation sous contrôle et maîtrisée, nombre d’économistes ne voient que neuf années de reflation qui ont permis d’éviter une déflation généralisée en 2008 et de croître à nouveau même sous un régime sous -optimal.

Mais à force de repousser l’inéluctable correction du prix des actifs, les banquiers centraux prennent le risque de manipuler les mécanismes naturels de découverte des prix des actifs, exposant ainsi le monde à un nouvel épisode de crise financière.  Chaque année qui s’écoule depuis 2015 nous expose à un risque croissant de choc financier, alors que cette période d’expansion sera la seconde la plus longue de l’après-guerre fin 2017.

Janet Yellen rassure sur son propre bilan

Il faut relire à ce sujet les travaux de l’économiste Minsky sur l’hypothèse d’instabilité financière comme état fondamental de nos économies modernes : Minsky montre comment les périodes d’apparente stabilité, quand les banquiers centraux pensent fournir le juste degré de liquidité au système économique, ne sont qu’illusions et masquent en réalité la multiplication des comportement spéculatifs et les prémisses d’un retournement violent : souvent la réalité de l’euphorie monétaire est exposée par un début de récession cyclique ou une hausse des taux.

En prétendant qu’il n’y aura plus de crises financières, il se pourrait que Janet Yellen n’ait voulu que tirer le bilan de son action à la tête de la Réserve Fédérale avant un départ ainsi pré-annoncé. Mais il se pourrait également qu’elle n’ait pas compris toutes les leçons de l’histoire économique des vingt dernières années.