Congrès : ce qu’il faut retenir du discours d’Emmanuel Macron

Emmanuel Macron a donné ses orientations politiques générales en Congrès à Versailles devant les députés et les sénateurs. Que faut-il en retenir ?

Par Frédéric Mas.

L’observateur de la politique française de ces dernières années pourrait relever comme une américanisation de ses institutions : après la désignation des candidats de droite comme de gauche à travers des primaires internes, le président nouvellement élu Emmanuel Macron a décidé de présenter les orientations de son gouvernement « progressiste » – qu’il oppose à conservateur – par convocation du Congrès. Cela n’est pas sans rappeler la pratique du discours à la nation du président américain, au cours duquel il présente aux représentants de la nation l’esprit de son mandat.

L’esprit du mandat Macron

Du discours d’Emmanuel Macron, il est possible de retenir plusieurs lignes directrices qui dessinent à la fois une ambition réformatrice, social-libérale et réaliste. Le maître mot du nouveau locataire de l’Élysée semble être efficacité. À plusieurs reprises, il a insisté sur son attachement à l’esprit des Lumières et à l’autonomie individuelle et, en contraire, sur son aversion contre la société de rente et de privilèges.

Emmanuel Macron a souligné plusieurs fois la nécessité de retisser les liens de confiance entre citoyens et élus, mais aussi entre citoyens eux-mêmes, rappelant le célèbre livre d’Alain Peyrefitte sur la nécessité d’établir moralement les conditions de la coopération sociale pacifique.

Emmanuel Macron a également placé son mandat sous les auspices du principe de réalité, estimant que le débat public a souvent été victime de son contraire, le déni de réalité. Sans doute faut-il ici comprendre la volonté du nouveau président de clore définitivement une campagne présidentielle où les propos démagogiques ont largement contaminé les formations à droite comme à gauche.

Comme pour répondre aux accusations de n’être que le représentant d’une fraction étroite de la bourgeoisie, celle des gagnants de la mondialisation, Emmanuel Macron s’est présenté comme accomplissant le mandat du peuple, mandat reçu directement par l’élection et indirectement par celle des parlementaires.

Si le discours du président ne nous épargne pas certains poncifs sur la transition énergétique et ne dit pratiquement rien sur la nécessité de réduire les dépenses publiques, il convient tout de même de relever certaines orientations intéressantes.

Les réformes à mettre en œuvre

Emmanuel Macron veut mettre en œuvre plusieurs réformes institutionnelles.

Emmanuel Macron entend lutter contre l’inflation législative, l’empilement de lois inefficaces et mal construites en multipliant les évaluations, mais aussi en adaptant le rythme de leur adoption en fonction de leur correspondance à la vie sociale.

Le président de la République compte réduire d’un tiers le nombre de parlementaires, le tout afin d’améliorer l’efficacité du travail des députés.

Par respect du pluralisme social, Emmanuel Macron entend instaurer une dose de proportionnelle à l’assemblée nationale. Il compte également limiter le cumul des mandats dans le temps et favoriser le droit de pétition. Notons que ces mesures prises ensemble pourraient aider au renouvellement du personnel politique, problème essentiel d’un régime dont les élites sont pétrifiées depuis ces 40 dernières années.

Emmanuel Macron n’a pas eu le courage de supprimer le Conseil économique et social, souvent perçu comme un comité Théodule sans utilité sociale profonde : il a préféré en proposer le renouvellement. Peut-être cela amorcera-t-il aussi la suppression des multiples autorités indépendantes censées représenter la société civile mais qui coûtent des milliards chaque année au contribuable.

Bonnes nouvelles pour l’État de droit

En matière de justice, Emmanuel Macron a décidé de supprimer la Cour de justice de la république, estimant que la juridiction d’exception ne respectait pas le principe d’égalité devant le droit. Il tient également à clairement séparer le judiciaire de l’exécutif, en impliquant le conseil supérieur de la magistrature dans la nomination des magistrats du parquet. Ces deux réformes sont d’excellentes nouvelles pour l’État de droit et la protection des libertés fondamentales. Peut-être faut-il voir un premier pas vers une plus grande indépendance de la justice en France.

Il faut redonner sa place à l’intelligence française.

Emmanuel Macron assume aussi son élitisme républicain et a rappelé la nécessité de mettre en valeur la culture et la production intellectuelle française au sein de la mondialisation, ce qui permet peut-être d’entrevoir une amélioration dans le domaine de l’éducation, l’enseignement supérieur et la recherche.

En matière de politique étrangère, le nouveau président a défendu une vision du monde réaliste, condamnant implicitement le néoconservatisme de ses prédécesseurs, et insistant sur le rôle traditionnel de la diplomatie et la nécessité de dialoguer avec toutes les grandes puissances pour protéger la paix. Il a également plaidé pour un retour aux sources de l’idéal européen malmené par les circonstances du moment. Dans ces derniers domaines, Emmanuel Macron semble avoir pris de court certains de ses soutiens les plus atlantistes.