Admission Post Bac : un « tue l’avenir »

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Admission Post Bac : un « tue l’avenir »

Publié le 1 juillet 2017
- A +

Par Isabelle Barth.

Les résultats d’APB sont tombés il y a quelques jours, douchant les espoirs de bon nombre de lycéens, avec un impact d’autant plus fort sur leur moral qu’ils sont en pleine préparation du bac, et donc fragilisés.

Vu de loin, APB est un processus rationnel, qui obéit à une loi classique dans l’éducation : la sélection bâtie sur la performance. Il y a d’un côté ceux qui ont tout ou beaucoup car ils sont « meilleurs » et les autres, ceux qui sont moyens, sans véritables atouts au regard des critères des concours.

Les bons sont confortés dans leur qualité, les autres dans leur médiocrité.

Mais cette rationalité ne tient pas quand on est un lycéen relégué au rang des « rejetés «, ou ses parents qui soutiennent au mieux le moral de leur rejeton, sans bien comprendre ce qui se passe.

Ces derniers jours, j’ai vu pleurer des lycéens. Ils avaient perdu leurs illusions, ils avaient le sentiment d’être des « mauvais », et ils n’arrivaient pas à se projeter dans l’avenir qu’on leur imposait.

S’adapter sans cesse à un outil qui ne change pas : est-ce sérieux ?

Rappelons rapidement que ce dispositif APB est apparu en 2008 avec comme objectif une meilleure mise en relation de milliers de formations avec des dizaines de milliers de lycéens, dans une visée très égalitaire.

Dès cette année-là, on a bien repéré les nombreux dysfonctionnements  inhérents à l’outil, dysfonctionnements visibles ou supposés. Ainsi, des lycéens moyens dans de très bons établissements très exigeants voyaient passer devant eux des lycéens mieux notés dans des établissements moins élitistes. Des formations qui avaient l’habitude de recevoir 500 dossiers se retrouvaient avec 5000, et étaient obligés d’abandonner l’analyse personnalisée des dossiers.

Les années ont passé et peu à peu les pratiques se sont adaptées à APB, mais malheureusement, il n’y a eu aucune mise en cause de l’outil.

Au rang des dysfonctionnements invisibles : les fameux algorithmes avec des choix discutables, des absences de mises à niveau, comme il a été démontré récemment, après des années passées pour obtenir les clés du système.

Mais ce n’est pas l’aspect technique que je veux traiter, c’est la question des émotions pour montrer l’aberration de ce rideau de fer qui s’abat sur nos enfants.

Le post APB : le sentiment d’abandon, d’injustice et de perte de sens

Que se passe-t-il pendant la terminale, non pas techniquement, mais dans la tête et le cœur de nos lycéens ? Je distingue trois étapes qui posent chacune d’énormes problèmes :

1/ Il y a d’abord la phase d’assimilation théorique d’APB avec deux  problèmes :

  • la mobilisation porte sur la maitrise de l’outil dont la complexité masque le véritable enjeu de l’orientation,
  • l’incapacité d’anticipation à cause du Bac qui est perçu comme la véritable priorité, reléguant le choix des études à l’ « après Bac ».

2/ Ensuite, se pose la question du « clic » et de l’hyper choix. Être incité à prendre des dizaines d’options (sous peine de ne rien avoir) conduit à un sentiment d’attentes et d’espérance au-delà du raisonnable. C’est humain.

Nos lycéens sont les ultimes décideurs de leurs clics, et ils font leurs  « vœux » comme on fait sa « liste au Père Noël ». Or, avoir demandé, c’est déjà s’engager mentalement dans le processus d’obtenir. Les attentes étant immenses (et même irréalistes), la déception est d’autant plus grande.

3/ L’atterrissage est en effet très rude pour ceux qui n’ont pas leurs premiers vœux. Il est d’autant plus violent qu’il n’y a aucun accompagnement, hormis les parents qui sont dans le même désarroi que leur progéniture. Nos jeunes sont envahis par plusieurs sentiments : celui d’abandon car il n’ya pas de service après APB, un sentiment de trahison car ils y croyaient dur comme fer, un sentiment d’injustice car ils se comparent sans en avoir les éléments avec leurs camarades, un sentiment de désespoir car ils sont projetés dans un avenir qui n’était pas leur projet, et, finalement un sentiment de perte de sens sur ce qui est le plus essentiel pour eux : leur avenir.

Une vraie maltraitance

Si une entreprise s’aventurait à ce type de fonctionnement, elle serait rapidement taxée de maltraitance envers ses collaborateurs.

APB et tout l’écosystème qu’il génère depuis maintenant une décennie est un instrument de maltraitance vis-à-vis de nos jeunes.

Je ne parle même pas de l’inégalité qu’il introduit entre les jeunes dont les parents vont trouver des solutions de rattrapage et les autres…

Toutes les rationalisations ex post, toutes les injonctions à rebondir, toutes les théories sur l’apprentissage de ses échecs, ne tiennent pas devant un jeune homme ou une jeune fille de 18 ans qui pleure sur les cendres de ses espoirs anéantis.

APB : une copie entièrement à revoir.

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  • Je suis d’accord avec l’idée que maintenir dans une image médiocre de lui même un enfant qui a des résultats moyens est une aberration qui nuit tout autant à l’enfant qu’à la société ou les les entreprises qui l’embaucheront plus tard. En revanche, ne vous méprenez pas, le monde de l’entreprise est bien plus dur que cela !

  • Oh, comme ça doit être difficile ! Ces pauvres lycéens, abreuvés pendant tant d’années de discours égalitaires rejetant les notions d’effort et de mérite, réalisent qu’il y aura une sélection pour décrocher une place en fac ? Mais quel est donc cet abominable système où il faut travailler pour vivre (enfin, heureusement, seulement la moitié de la population active) ? C’est vraiment trop injuste… Mais heureusement, l’Etat va régler tout cela avec des nouveaux impôts qui taxeront ceux qui « bêtement » travaillent encore.

    Lire ce genre d’article est assez décevant, mais apprendre qu’il est écrit par une « professeure » payée par mes impôts, ça m’ulcère.

    • Commentaire ridicule. Vous n’avez strictement rien compris au propos. La critique faite à APB est la suivante : c’est une sélection technocratique et bureaucratique fondée sur des algorithmes arbitraires et qui ne tient pas compte de l’effort et du mérite ! L’auteur ne dénonce pas le principe de la sélection mais le fait que celle-ci soit faite de façon arbitraire, bureaucratique et dépersonnalisée. Bref l’auteur dénonce à juste titre le fait que les nombreux dysfonctionnements du système APB transforment cette sélection en scandaleuse machine arbitraire qui broie de l’individu.

      Le plus ridicule dans votre propos est que, sans vous en rendre compte, en prenant ici la défense d’APB, vous vous rangez du côté d’un système égalitariste absurde !

      Par ailleurs, efforcez-vous de lire les articles sans préjugés, ça vous évitera un ulcère, car la « professeure payée par vos impôts » ne dénonce pas le principe de la sélection, bien au contraire même : lire par exemple cet autre article où elle prônait la sélection en master : https://www.contrepoints.org/2016/03/30/244669-les-dangers-du-refus-de-la-selection-a-luniversite

      • « c’est une sélection technocratique et bureaucratique fondée sur des algorithmes arbitraires et qui ne tient pas compte de l’effort et du mérite ! »

        Faudrait déjà différencier dans votre propos l’effort et le mérite, ça fait un peu gloubiboulga.
        Si vous faites des efforts mais sans résultat, vous voulez une médaille ?
        ______
        La sélection n’est pas arbitraire : elle a des règles qui ont d’ailleurs été publiées.
        Un des problèmes est que la sélection est faite sur le parcours scolaire dont l’année de première et les 2 trimestres de terminale, mais ce sont des critères qui ne sont pas uniformes suivant les établissements fréquentés : la faute à qui ? Aux profs qui surnotent.

        D’autre part le BAC n’est plus un critère, mais pas parce que la décision APB est prise avant les résultats du BAC mais parce que 90% des élèves ont le BAC et que ce n’est plus un critère et les notes du BAC non plus, la faute à qui ? Aux profs qui suivent les consignes de notation.

        En fait, avec APB, le mammouth essaie de corriger ses propres erreurs.

        Les filières en tension sont les formations de médecine, de sports (Staps), de droit ou encore de psychologie… que des filières où 80% des étudiants se planteront ou auront en final un métier sans rapport avec leur formation.

        Moins de 1% des bacs L réussissent leurs études de médecine et c’est donc un critère de sélection : si vous voulez faire médecine, choisissez une autre filière, rien de bien sorcier.

        • « Faudrait déjà différencier dans votre propos l’effort et le mérite, ça fait un peu gloubiboulga. »
          Il vous a échappé que je reprenais là les termes de bs à qui je répondais… pour les tourner en dérision.

          ——–
          « La sélection n’est pas arbitraire : elle a des règles qui ont d’ailleurs été publiées. »
          Ah OK, génial : la règle du tirage au sort a été publiée, donc elle n’est pas arbitraire…

          Mais ok, j’admets que le terme « arbitraire » n’était sans doute pas le plus adéquat. Je voulais dire que définir de façon centralisée des critères de sélection qu’on applique partout uniformément est totalement à côté de la plaque : c’est privilégier l’égalité sur l’équité. Solution technocratique qui débouche sur un véritable gâchis humain.

          ——-
          « En fait, avec APB, le mammouth essaie de corriger ses propres erreurs. »
          Non, c’est exactement l’inverse qui s’est produit. Aucun acteur local n’avait réclamé ce système centralisé. Jusqu’en 2008, tout le monde vivait très bien, tout le monde se débrouillait très bien sans ce bidule : les parents, les étudiants et les établissements universitaires. APB a introduit des problèmes là où il n’y en avait aucun. APB a fortement réduit l’autonomie de certains établissements universitaires qui pouvaient organiser, s’ils le désiraient, leur sélection comme ils l’entendaient.

          • 1/ difficile de voir la dérision dans votre commentaire. Passons.

            2/ « …c’est privilégier l’égalité sur l’équité… »
            Vous pouvez développer ? L’équité c’est quoi ? La justice sociale ?
            De mon avis, le seul problème non traité dans l’APB est qu’une note de 12/20 n’a pas la même valeur au lycée Henri IV et au lycée Suger (de St Denis, hein). La note au bac avait pour mérite de placer tous les élèves sur un pied d’égalité pour ce qui est des sciences dures : go /no go. Certes le contrôle continu permet d’éviter l’effet guillotine, mais alors pourquoi pas un contrôle continu commun à tous les élèves ? Sugestion hein, je ne prétends pas avoir LA solution.

            3/ « APB a introduit des problèmes là où il n’y en avait aucun. MDR
            Lire APB pour les nuls. Chapitre 1 : C’était comment avant APB ?
            Envoyer des dossiers papiers uhm… vous pourriez aussi vous éclairer à la bougie et envoyer un courrier papier à Amazon avec un chèque joint pour votre commande.

            Pour votre info, les classes prépa avait déjà un système qui s’approchait de l’APB, avec le même dossier qui passait de classe en classe suivant l’ordre des voeux.

            • APB c’est génial, ça permet d’éviter d’envoyer des dossiers papier… Qu’est-ce qu’il ne faut pas lire…

              Quand le sage désigne la lune, l’idiot regarde le doigt.

              Avec de tels libéraux incapables de percevoir les dérives bureaucratiques, la France n’est décidément pas sortie de l’auberge…

  • Article affligeant.

    Qui confond l’outil et le processus. Celui-ci est sans doute perfectible. Mais le fond restera. Plus on attend pour se confronter à la réalité plus celle-ci peut apparaître dure.

    Quant à la comparaison avec l’entreprise elle est proprement risible.

    • Aucune confusion, si ce n’est dans votre esprit. À travers l’outil, c’est bien le processus particulièrement néfaste qui est critiqué ici.

      Et le plus risible est surtout de voir des gens s’émerveiller du centralisme et de la planification bureaucratique prétendre être du côté des entreprises…

      • Le centralisme est dans les gènes du système, l’égalitarisme aussi.

        Je vous rappelle que l’APB ne concerne que les écoles publiques, ou celles non-publiques qui ont CHOISI de s’y affilier (voire concours communs).
        Pour les écoles privées affiliées ou non-affiliées à APB, l’admission peut se faire sur concours ou dossier.

        • « Le centralisme est dans les gènes du système, l’égalitarisme aussi. »

          Et ce n’est pas près de changer quand je vois des pseudo-libéraux de votre genre venir défendre ici un système aussi inique.

          • C’est assez symptomatique de notre époque : vous voulez essayer de corriger des conséquences au lieu de vous en prendre aux causes originelles.

  • Une gestion comme celle d’une inondation: sachant que 99,9% des lycéens ont DROIT au bac, et que les universités n’ont pas droit à un euro de plus, calculez le nombre d’étudiants qui seront déversés dans le plus proche fleuve.
    Une bêtise en entraine fatalement une autre.

  • je trouve cette article assez étrange, en 2005 (pas en 2008) j’ai utilisé APB et j’ai trouvé ça génial car ça m’a obligé à reflechir à mes choix tout en m’ouvrant a des formations que je ne connaisai pas. tout les éleves n’ ont pas papa et maman en support pour les checherches et dossiers. De plus c’est gratuit, et oui la poste c’est trés cher pour un lyceen qui a le temps de remplire les dossiers entre ses 40h de cours, les devoirs et les revisions du bac et des concours…

    Je pense qu’il y aura toujours des mécontant mais tant mieux pour la presse, ça fait des maronier.

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