Droite/gauche, conservatisme/libéralisme : la politique dans la deuxième dimension ?

Se pourrait-il que l’axe libéral/conservateur soit devenu prépondérant par rapport au traditionnel gauche/droite ?

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Droite/gauche, conservatisme/libéralisme : la politique dans la deuxième dimension ?

Publié le 29 juin 2017
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Par Philippe Guglielmetti, depuis la Suisse.

Parmi les questions que je me suis posées lors du traditionnel raout quinquennal de mes voisins français, il en est une qui me turlupine d’autant plus que je n’ai pas trouvé les données permettant d’y répondre : se pourrait-il que l’axe libéral/ conservateur1 soit devenu prépondérant par rapport au traditionnel gauche/droite ?

Le deuxième axe politique

J’ai découvert la « politique à deux dimensions » il y a 10 ans grâce à Smartvote.ch, dont je reparlerai plus bas : plusieurs politologues considèrent que le positionnement gauche/droite n’est pas suffisant pour représenter la variété des opinions politiques et ont proposé des représentations bidimensionnelles comme le diagramme de Nolan ou le quadrant politique.

Mais dans ces représentations, le deuxième axe est défini a priori : libertarien/ populiste pour certains, progressiste/conservateur pour d’autres, autoritaire/ libertaire ; pour d’autres encore, le deuxième axe est moins bien défini, moins clair que l’axe gauche/droite.

De plus, il est difficile d’éviter une certaine subjectivité lorsqu’on représente le positionnement politique de personnes et de partis, comme on le devine dans la carte ci-dessous, la seule que j’ai pu trouver pour la France [1] :

 

Smartvote et la science des axes

Ces problèmes ont été traités en profondeur en Suisse, je dirais même résolus par Smartvote.ch grâce à une approche beaucoup plus rationnelle.

La plateforme Smartvote propose aux candidats à chaque élection en Suisse de remplir un questionnaire sur quelques dizaines de questions de l’actualité politique, puis permet aux électeurs de répondre aux mêmes questions pour trouver les candidats ayant les opinions les plus proches.

Smartvote doit donc pouvoir calculer des distances dans un espace ayant autant de dimensions que de questions, mais comme ces questions/dimensions ne sont pas indépendantes/orthogonales, on ne peut pas utiliser valablement une simple distance euclidienne par exemple.

Smartvote réduit donc le nombres de dimensions de N à 2 en utilisant une méthode purement mathématique décrite dans [2], et dont voici quelques passages clé :

Le calcul du système de coordonnées politiques est effectué à l’aide d’une méthode statistique appelée « analyse factorielle des correspondances », connue également sous le nom d’ « analyse en composantes principales qualitatives ».

En règle générale, les deux dimensions les plus importantes de l’analyse à base multidimensionnelle sont représentées. En raison de l’application de l’analyse factorielle des correspondances, l’attribution manuelle des questions, sur les axes prédéfinis de la smartmap, est supprimée.

La qualification des deux axes (gauche/droite, libéral/conservateur) est effectuée ici a posteriori et est subjective. D’autres désignations – notamment au regard de la deuxième dimension – sont alors possibles et pertinentes.

Autrement dit, les deux axes sont déterminés automatiquement à partir de réponses à des questions qui ne doivent pas être positionnées a priori sur ces axes !

Outre la correspondance électeur/candidat déjà mentionnée, il devient possible :

    • De produire très facilement des cartes du paysage politique comme celle-ci :
smartmap des candidats au Grand Conseil Vaudois 2017, colorés par parti
  • D’appliquer une approche similaire aux consignes de vote des partis lors des nombreux référendums en Suisse, pour obtenir une carte animée de l’évolution du positionnement marketing des partis sur 30 ans a été produite [3]. On y voit en particulier le spectaculaire repositionnement de l’UDC (SVP en allemand) comme parti conservateur.
  • De vérifier que le positionnement habituel des votants de chaque circonscription ne varie pas brutalement lors d’un vote, ce qui donne une méthode de détection de fraude électorale (peu) connue sous le nom de « test du modèle binomial robuste sur-dispersé. » J’ai eu l’occasion de la découvrir lors de mon passage à la Commission électorale centrale du Canton de Genève.

Axe principal, secondaire et troisième axe

Un point important est que ces méthodes déterminent toutes seules les axes politiques statistiquement significatifs, l’un après l’autre. Elles déterminent d’abord le principal un peu comme dans une régression linéaire, puis le secondaire à partir des résidus que l’axe principal ne modélise pas bien, et ainsi de suite.

Peut-être qu’avec beaucoup de données dans un grand pays, un troisième axe (religieux, culturel, linguistique, écologiste…) apparaîtrait comme significatif, mais à Genève en tout cas, le troisième axe est non significatif, et smartvote laisse entendre que c’est le cas en Suisse. Et dans les autres pays, il n’y a pas assez de données pour le mesurer.

Car l’essentiel est là : il faut beaucoup de données pour faire de la « politique statistique »© . Les sondages sur les intentions de vote ne suffisent pas, il faut que de nombreux candidats répondent à de nombreuses questions pour pouvoir cartographier leur positionnement valablement.

Retour en France

À ma connaissance, il n’existe pas de telles données en France, donc pas de moyen de vérifier mon hypothèse selon laquelle l’axe secondaire* est devenu le principal, éclipsant le gauche/droite lors de cette élection présidentielle. Donc voilà, je n’ai aucune preuve de ce que j’avance. Mais voici les quelques indices qui m’ont conduit à cette idée :

  1. Évidemment, le second tour entre deux candidats qui n’appartiennent ni au PS ni à l’UMPRPRépublicains
  2. L’article [5] qui montre qu’il y a dix ans déjà il fallait distinguer plusieurs droites et plusieurs gauches pour décrire le paysage politique valablement. Malheureusement les auteurs ne vont pas jusqu’à établir un positionnement 2D alors qu’ils évoquent pourtant « deux dimensions structurantes des valeurs – libéralisme économique et libéralisme culturel » qui rappellent celles du diagramme de Nolan
  3. Le fait documenté par de nombreuses sources que des électeurs traditionnels de la gauche sont devenus électeurs du FN. Selon [5] ils appartiennent à la gauche conservatrice, ce qui soutient l’idée que le FN est désormais perçu par ces électeurs comme conservateur plutôt que d’extrême droite2.

Références :

  1. Alain Cohen-Dumouchel, Carte 2D du Paysage Politique Français (PPF) février 2014
  2. Méthode de calcul de la carte des positions smartmap, Smartvote
  3. Auswertung der Parteiparolen von 1985-2014, Sotomo (données !)
  4.  TA Korrektorat, Wie sich die SVP aus dem Bürgerblock verabschiedet hat, Tages Anzeiger 21. April 2014
  5. S. Brouard, H.Rey La Gauche, la Droite : les limites d’une identification politique , février 2007, Sciences Po, CEVIPOF 

Sur le web

  1. J’ai nommé le second axe libéral/conservateur dans l’introduction pour qu’il ne soit pas trop abstrait, mais comme l’indique smartvote « d’autres désignations sont possibles et pertinentes ». Ne voulant pas m’avancer sur le cas français par manque de données, j’en suis resté à axe secondaire.
  2. En aucun cas je ne suggère que le FN n’est pas le parti français le plus à droite. Mais je suspecte qu’il se distingue des autres partis de droite plutôt par son conservatisme, d’une manière similaire à celle de l’UDC suisse (SVP en allemand sur la spectaculaire carte animée ).
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  • Intéressant, mais du coup, que signifie droite/gauche…? Ne peut-on pas choisir 3 axes : moeurs (progressiste/conservateur) // économie d’entreprise (libérale/étatiste) // redistribution des richesses (faible/forte)

    • L’idée essentielle de la méthode décrite est justement de ne pas choisir a priori des axes mais de déterminer mathématiquement les N axes les plus significatifs et de les baptiser a posteriori. La dénomination « gauche / droite » est utilisée car parlante historiquement (et facile à représenter géométriquement).
      Le second axe est souvent baptisé en fonction des différences entre les points de vue politiques de candidats ayant des positions gauche/droite similaires.
      Comme dit dans l’article, avec les (nombreuses) données disponibles en Suisse, le 3ème axe n’est pas significatif. Il existe peut-être dans un plus grand pays, mais il faut beaucoup plus de données pour le démontrer…

    • @ leLibéralSolidaire
      Il faut garder au « gauche-droite » sa signification historique concrète encore (+/-) respectée des places des partis à l’assemblée nationale.

      Le parti L.R. va-t-il redistribuer les places en plaçant plus au centre les « 35 » favorables à une attitude plus ouverte sur L.R.E.M.?

  • Des travaux sont en cours pour cartographier l’Assemblée Nationale par cette méthode. voir https://github.com/goulu/smartvoteFR

  • Intéressant.
    Pour avoir eu il y a longtemps des cours d’analyse de données, les ACP et autres AFC semblaient effectivement des méthodes de base et essentielles pour dresser un constat solide, sans préjugés sur quant aux résultats.
    Ainsi, en France, tant que le confort intellectuel ou l’endoctrinement scolaire entretiendront des mythes (droite/gauche, socialiste/capitaliste, et même riche/pauvre ou même mondialiste/souverainiste, etc.) on ne pourra pas avoir une vision qualifiée du paysage…

    • @ PukuraTane

      C’est bien l’aveuglement d’un système binaire, très satisfaisant pour un esprit logique mais si loin des réalités de la vie, un peu dans la ligne du « poids des mots », en France qui admire donc N.Boileau pour son « ce qui se conçoit bien… », expressif, mais pas réaliste!
      Le corollaire habituel est qu’une loi, même amendée, bel et bien votée n’a jamais suffi à résoudre un problème dans sa réalité, autrement plus complexe et multiple que nos idées et connaissances.

  • Bonjour

    En fait quand on regarde le smartmap cité en exemple, on voit grossièrement que la gauche est regroupée (ni libérale ni conservatrice), et la droite se disperse en deux groupes.
    Au final la division droite/gauche n’est pas pertinente, c’est plutôt trois pôles d’attraction qui structurent le paysage politique, gauche progressiste/constructiviste, conservateur puis libéraux.

    En France, ce triangle est écrasé par déficit de pensée libérale (héritée de l’histoire) et par la prégnance de l’esprit étatique (progressiste ou conservateur).

    • Même constatation, mais analyse différente : je pense que cela revient à dire qu’il existe une corrélation forte pour la gauche qui est regroupée et pas pour la droite : le politiquement correct, ou encore le « ni ni », c’est à dire la vision bisounours de la « synthèse » chère à notre flambi national ou du « tous ensembles » de son alter.

      Bref, que par design, le modèle démocratique est fait pour faire gagner la gauche, ou que la gauche est une machine à gagner au jeu démocratique. La gauche est l’agrégat majoritaire sans clivage politique : ni « libérale », ni « conservatrice », mais bien « socialiste » : cherchant à incarner un « intérêt général »

      Ce qui explique bien pourquoi ce pays va si mal et pourquoi les démocraties deviennent petit à petit socialistes en opérant un nivellement par le bas par refus du changement.

      • @ Stéphane Boulots
        Ce que vous expliquez, c’est assez clairement un rappel de l’article il n’est pas anormal que les partisans de « l’individuel » sont les moins intéressés par le « social », comme on voit bien dans la “Carte 2D du Paysage Politique Français (PPF) “ février 2014, de l’article où le ballon gris de « la gauche libérale » reste à remplir!

        La confusion entre libéral et nanti (« patron ») n’est pas favorable au libéraux! Et ne croyez pas qu’en France, la grande majorité n’est pas prête à défendre sa propriété.

        Les politiciens « socialistes » français sont de gauche, dans leur discours, pas dans leur vie où ils favorisent l’étatisme qui leur ouvrira plus de pouvoirs! (raison pour laquelle la « droite » n’a pas créé « moins d’état » non plus!)

        • Oui, sauf que la carte 2D mélange deux visions de la liberté complètement différentes et même antagonistes : celle de la liberté sociale : la société doit être constituée d’individus libres afin que je puisse être libre, c’est la vision libertaire, sociale, de gauche pour laquelle la liberté est un but politique et celle de la liberté individuelle : la société est constituée d’individus libres qui s’associent (plus ou moins librement), c’est la vision libérale, de droite pour laquelle la liberté est innée et doit être préservée et développée plutôt que contrainte, la liberté est un moyen politique et non une fin.

          Ces deux visions de la libertés sont totalement opposées et les mélanger dans un même graphe est ridicule, c’est essayer de faire une synthèse entre Bakounine et Burke.

          Ou plus près de nous, mélanger le mariage pour tous (liberté sociale, libération des normes) et la manif pour tous (liberté individuelle, préservation de la vie)

          • bonsoir Stephane
            La question qui me brûle les lèvres : quelle est selon vous la meilleure forme de gouvernement ?

            • Aucune, le « gouvernement » est un avatar démocratique qui n’a de sens que si l’on veut privilégier la liberté sociale au détriment de la liberté individuelle.

              Par contre, la propriété est naturellement structurée et doit le rester. Je suis sur ce sujet assez de l’avis que Hoppe : la propriété n’est pas que l’usage immédiat et illimité des ressources, il faut donc un propriétaire « privé » de l’Etat.

  • Tant que ces classifications utiliseront les références de « droite » et de « gauche » présupposées contenir des caractéristiques précises et définitives qu’il serait inutile de définir alors qu’elles sont l’une comme l’autre des interprétations majoritairement affectives (donc variables selon les individus), on continuera à naviguer dans le potage au plus grand bénéfice du café du commerce qui héberge les acteurs qui s’en recommandent (de la gauche ou la droite).

    • @ gaston79
      La gauche et la droite (et le centre) sont définis depuis la révolution par la place des députés dans l’hémicycle. Le reste n’est que du vent nécessaire pour réunir des forces (+/-) hétéroclites dans des groupes, appelés partis, qui représentent l’outil de l’ensemble à la conquête du pouvoir.

      À votre avis qui peut être plus utile dans une région pour favoriser et « pousser » un gros investissement local avec garantie et participation de l’état, qu’un ministre?
      Et définir des critères plus précis pour gauche et droite reviendrait à semer la division dans les partis, alors que l’unité apparente est déjà si difficile à construire! Un politicien n’a pas d’ami dans son parti puisqu’il a été, est ou sera un rival!

  • Je ne sais pas. Dans un régime présidentiel comme le notre je pense que l’axe droite/gauche prédomine toujours même si il est moins visible du moins dans l’immédiat. En revanche dans un régime parlementaire l’axe conservatisme/libéralisme est certainement le principal parce qu’il y a une meilleure expression des diversités.

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