FMI : pour Christine Lagarde, alourdir les impôts favorise la croissance !

Christine Lagarde (Crédits Adam Tinworth, licence CC-BY-NC 2.0), via Flickr.

Dans une récente allocution, Christine Lagarde prétend qu’alourdir les charges fiscales des États favorise la croissance.

Par Daniel J. Mitchell.

Je n’apprécie guère les bureaucraties internationales qui poussent aux politiques étatistes. Mais de façon perverse, j’ai de l’admiration pour leur outrance. Elles prétendent maintenant que des prélèvements plus élevés sont bons pour la croissance.

Ce n’est pas une blague. Ça ne repose jamais sur des arguments factuels, bien sûr, mais il n’est pas rare de trouver désormais des bureaucrates internationaux affirmant qu’il y aura davantage de prospérité si davantage de ressources sont extraites du secteur privé pour être confiées aux politiciens (cf. la vidéo à 3:30).

Une idée fiscale étrange

Christine Lagarde, la patronne du FMI grassement payée, a fait la promotion de cette étrange idée selon laquelle des charges fiscales plus élevées seraient un moyen de générer davantage de croissance pour les pays pauvres :

(…) Nous sommes ici pour discuter d’un outil égalitaire efficace pour la croissance mondiale : la mobilisation des ressources domestiques. (…) Les prélèvements et l’amélioration des systèmes fiscaux peuvent stimuler le développement d’une façon incroyable. (…) Permettez-moi aujourd’hui de vous expliquer tout d’abord l’engagement du FMI en matière de renforcement des capacités et de vous exposer ensuite les stratégies que les États doivent utiliser pour générer des sources de revenus stables. (…) Le FMI s’est donné une troisième mission de développement importante : le développement des capacités.

Ayez bien à l’esprit que les expressions clefs de cet extrait (« mobilisation des ressources » et « développement des capacités ») renvoient aux États qui imposent et collectent davantage de prélèvements. Encore une fois, je ne plaisante pas :

 (…) l’objet de notre journée : permettre aux pays d’augmenter efficacement leurs recettes fiscales.

Et il y a beaucoup de rhétorique sur la façon dont des impôts et taxes plus élevés se traduiraient par une plus grande prospérité.

Si elle est réalisée de façon judicieuse, la mobilisation des ressources peut devenir un pilier essentiel d’une économie forte. (…) Pour de nombreux pays en développement, l’augmentation des recettes fiscales est le catalyseur nécessaire pour atteindre les objectifs de développement durable de 2030 et pourrait être le moteur d’une croissance inclusive. Pourtant, dans certains pays, les recettes fiscales continuent de stagner, car les ressources nécessaires pour améliorer la vie économique et civique restent sur la touche.

Ouh là, apparemment l’argent qui n’est pas capté par l’État reste simplement « sur la touche ».

Déni de réalité

Le discours entier de Lagarde est un magnifique déni des réalités économiques. Par exemple, on sait que le monde occidental est passé de la pauvreté à la prospérité dans les années 1800 alors que la part de l’État dans l’économie était très faible, en moyenne moins de 10% du PIB.

Cela n’empêche pas Lagarde d’affirmer sans fondement que les pays pauvres d’aujourd’hui devraient avoir des charges fiscales d’au moins 15% du PIB (cela dit, l’OCDE fait pire en soutenant que les prélèvements devraient représenter 25% de la production économique).

En quoi le problème des ressources est-il important ? Les pays en développement collectent généralement entre 10 et 20% du PIB en impôts et taxes, alors que la moyenne des économies avancées est proche de 40%. Les études du FMI montrent que les pays en développement devraient viser un prélèvement de 15% du PIB afin de renforcer la probabilité d’une croissance stable et durable.

Au passage, signalons que la conférence du FMI où son discours a été prononcé était faite en partenariat avec Oxfam, le groupe militant de la gauche radicale (c’est un peu comme si l’OCDE coopérait avec les agités du mouvement Occupy). Constatons également que son soutien à l’augmentation des prélèvements est assez hypocrite dans la mesure où elle n’a pas à payer d’impôt sur sa généreuse rémunération.

Le FMI pousse au toujours plus d’impôts

J’ai déjà écrit sur les différentes façons dont le FMI a soutenu des prélèvements plus élevés aux États-Unis. Il est également intéressant de noter que la patronne du FMI pense que l’Amérique devrait avoir un État-providence plus important. Voici un extrait de ce qu’elle a déclaré au sujet de la politique menée aux États-Unis.

Les politiques doivent venir en aide aux ménages à faible revenu, notamment en accordant un salaire minimum fédéral plus élevé, un crédit d’impôt sur le revenu plus généreux et des programmes sociaux revalorisés pour les personnes sans emploi. (…) Il est nécessaire d’améliorer et d’approfondir l’octroi d’allocations décentes pour les ménages. (…) Cela devrait inclure un congé familial pour s’occuper d’un enfant ou d’un parent, une allocation pour garde d’enfants et un meilleur programme d’assurance invalidité. Je voudrais simplement souligner que les États-Unis sont le seul pays parmi les économies avancées dépourvu de congé maternité pris en charge au niveau national.

Le FMI a même trouvé le moyen de critiquer la baisse de la fiscalité des entreprises aux États-Unis.

Le FMI (…) a déclaré que les entreprises américaines déjà très endettées pourraient ne pas être en mesure de convertir la hausse de leur trésorerie obtenue grâce aux propositions de réforme fiscale républicaine en investissements de capitaux productifs qui permettraient de soutenir une croissance durable. Le FMI considère que le surplus de cash, qui devrait inclure le rapatriement des bénéfices détenus à l’étranger par des sociétés multinationales, pourrait être orienté dans des opérations risquées telles que l’acquisition d’actifs financiers, les fusions et les paiements de dividendes. Selon l’étude, de telles tentations seraient plus fréquentes dans les secteurs des technologies de l’information et des soins de santé. « Les flux de trésorerie découlant des réformes fiscales pourraient s’amasser principalement dans les secteurs qui ont pris des risques financiers importants », a déclaré le FMI. « De telles prises de risque sont liées aux importantes fluctuations irrégulières et déstabilisantes dans le système financier de ces dernières décennies ».

Au fond, les bureaucrates du FMI veulent nous faire croire que l’argent laissé dans des mains privées sera mal utilisé.

Une dispense fiscale à l’origine de la crise de 2008 ?

C’est une étrange théorie, mais la partie la plus surprenante de ce rapport c’est lorsque le FMI soutient qu’une petite dispense fiscale de rapatriement en 2004 est à l’origine de la crise de 2008 (alors que presque toutes les personnes raisonnables attribuent la faute à la Fed et au duo Fannie Mae et Freddie Mac).

Le rapport souligne que les principales réformes fiscales passées ont généralement été suivies par une augmentation des prises de risque financier, notamment lors des réformes fiscales de 1986 et des dispenses fiscales de rapatriement d’impôts sur les sociétés de 2004. Dans les deux cas, celles-ci ont débouché sur des « leveraged build-up », suivis de récessions en 1990 et 2008. (…) Les taux d’inflation et d’intérêt pourraient augmenter plus fortement que prévu. Cela pourrait accroître la volatilité des marchés et alourdir les charges de service de la dette dans les comptes des sociétés déjà mal-en-point, a déclaré le FMI. (…) « Des conditions financières plus tendues pourraient entraîner des dégâts » pour les entreprises les plus fragiles, a estimé le FMI, considérant que les pertes résultantes seraient supportées par les banques, les sociétés d’assurance-vie, les fonds communs de placement, les fonds de pension et les institutions étrangères.

Mais les États-Unis ne sont pas un cas à part. Le FMI souhaite une hausse des charges fiscales partout. Y compris dans les Caraïbes.

Au cours de la dernière décennie, les États de la région des Caraïbes ont introduit la taxe sur la valeur ajoutée (TVA) pour moderniser leur système fiscal, mobiliser rapidement des revenus. (…) La TVA (…) a permis d’augmenter les recettes fiscales, même si la TVA n’a pas atteint son potentiel. (…) Le document constate également que si les réformes de l’administration fiscale permettent d’augmenter les revenus, les pays n’en sont qu’au début. (…) Ces réformes doivent s’intensifier pour se mettre à niveau et avoir un effet plus important sur les recettes fiscales.

Dans un article pour le Weekly Standard, Irwin Stelzer porte un regard très sombre sur les actions du Fonds monétaire international.

L’action ambiguë du FMI

Il débute son propos par quelques rappels de base :

L’idée initiale du FMI était d’être une agence chargée de stabilité mondiale. (…) L’agence a été créée avec la Banque mondiale il y a 72 ans, lors des accords de Bretton Woods dans le New Hampshire, réunissant 730 délégués de 44 pays. Que les délégués de l’Union soviétique ne parlaient pas anglais importait peu : Harry Dexter White, le chef de la délégation des États-Unis, était un agent soviétique qui tenait Moscou informé des événements. (…) Le FMI d’aujourd’hui comprend 189 nations, compte environ 2 700 employés et un budget annuel de plus d’1 milliard de dollars, dont près de 18% proviennent des contribuables américains.

Il indique ensuite que le FMI a la fâcheuse habitude de mettre des gens douteux aux responsabilités.

Rodrigo Rato a pris la présidence du FMI en 2004 et a servi jusqu’en 2007, lorsqu’il a démissionné pour être jugé en Espagne pour diverses fraudes impliquant plus de 70 comptes bancaires et l’accumulation d’une fortune de 27 millions d’euros dans un réseau de dizaines d’entreprises. Sr. Rato a été remplacé par Dominique Strauss-Kahn. (…) Strauss-Kahn a mené un travail correct jusqu’à ce qu’il soit arrêté à New York pour s’être jeté sur une femme de chambre d’hôtel dont le témoignage s’avéra si incroyable que toutes les accusations criminelles furent abandonnées. Même si DSK dut s’acquitter d’une somme d’1,5 million de dollars pour éviter les poursuites civiles. (…) Mme Christine Lagarde, ancienne ministre des Finances française, a pris le poste de directrice générale. (…) Lagarde a été jugée coupable de « négligence » par la Cour de justice de la République française en autorisant en 2007 une procédure arbitrale avec Bernard Tapie (un important soutien financier du président Nicolas Sarkozy) pour solder son litige avec l’ancienne banque publique Crédit lyonnais. Cet arbitrage avait attribué 400 millions d’euros à l’homme d’affaires.

Il constate également que ces bureaucrates en chef du FMI sont rétribués de façon généreuse.

(…) Son travail (…) lui rapporte 500 000 $ par année, non imposés, plus les avantages et une enveloppe de 75 000 $ à dépenser « sans aucun justificatif, pour vous permettre de maintenir, dans l’intérêt du Fonds, un niveau de vie adapté à votre Poste de directeur général ». Cette rémunération est deux fois plus élevée que le salaire du président américain, qui doit s’acquitter d’un impôt sur son salaire de 400 000 $. (…) Les congés et arrêts de maladie suivent des normes européennes généreuses.

Last but not least, il souligne que les économistes du FMI ont un mauvais bilan.

Tout ceci pourrait être de l’argent bien dépensé si le FMI obtenait des réussites notables dans l’une de ses principales fonctions : prévoir les perspectives de l’économie internationale. (…) On ne peut s’empêcher de se demander ce qui se passe dans les bureaux de prévisions du FMI hautement payés. Une étude de The Economist portant sur 189 membres du FMI a identifié 220 cas entre 1999 et 2014 dans lesquels une économie a connu une croissance durant un an avant de s’effondrer l’année suivante. « Dans ses prévisions d’avril, le FMI n’a jamais prévu la contraction de l’année suivante. » Le générateur de nombres aléatoires du magazine a réussi 18% du temps.

Si le FMI se contentait de perdre beaucoup d’argent pour produire des prévisions inexactes1, je ne serais pas trop contrarié. Après tout, les économistes semblent avoir pour spécialité de se tromper sur l’avenir. Mon problème est que le FMI pousse à l’adoption de mauvaises politiques.

Le FMI nécessaire ?

Donnons la parole à la défense de la bureaucratie. Desmond Lachman, de l’American Enterprise Institute, soutient que le FMI est nécessaire compte tenu des crises imminentes.

Une bonne partie des récentes nominations au Trésor américain, connues pour leur antipathie envers le Fonds monétaire international, semble indiquer que le président Trump souhaiterait avoir un FMI moins influent. Avant de céder à la tentation d’essayer de réduire l’influence de cette institution, il ferait bien de réfléchir au fait qu’il y a une forte probabilité que, pendant son mandat, il soit confronté à une crise économique mondiale qui nécessitera un FMI puissant. (…) En règle générale, ce n’est pas une bonne idée de penser à réduire les effectifs des pompiers la veille d’un grave incendie. De la même façon, il se pourrait que le président Trump soit mal avisé de songer à prendre l’ascendant sur le FMI au moment où l’éventualité d’une crise économique mondiale pendant son mandat est réelle.

Je partage beaucoup de ce que Desmond a écrit sur la possibilité d’une crise économique et financière dans un avenir proche. Mais le souci est que le FMI n’est pas un pompier. C’est plutôt un ramassis de pyromanes fiscaux.


Sur le web. Traduction : Raphaël Marfaux pour Contrepoints.

  1. Par souci d’honnêteté intellectuelle, reconnaissons que le FMI produit parfois de bonnes analyses. Les économistes de cette bureaucratie ont concludeux reprises !) que les plafonds de dépenses constituent la règle fiscale la plus efficace. Ils ont également fait de bonnes observations sur les politiques fiscales plus tôt dans l’année. Et les chercheurs du FMI ont conclu en 2016 qu’un État de taille plus petite et des prélèvements plus faibles produisent davantage de prospérité. En outre, une étude du FMI de 2015 a révélé qu’un État décentralisé fonctionne mieux.