Flash Belgique : le cdH lâche le PS

Le divorce entre cdH et PS ne doit pas faire perdre de vue la responsabilité des humanistes dans le maintien du « système PS » en Wallonie et à Bruxelles. Ils ont eu plusieurs fois l’occasion d’écarter les socialistes du pouvoir, sans avoir le courage de le faire.

Par Oliver Rach, depuis la Belgique.

Benoît Lutgen, président du cdH (Centre démocrate humaniste, de centre-gauche), a annoncé lundi, en début d’après-midi, que son parti se retirait des majorités régionales et communautaires qu’il formait jusqu’alors avec le Parti socialiste d’Elio Di Rupo.

Il a appelé le MR, Écolo et Défi à mettre en place de nouvelles majorités dans les entités fédérées. Ce coup d’éclat fait suite à la série de scandales qui vient de frapper le PS — parti qui s’était déjà fait remarquer par de nombreuses affaires de corruption et de concussion au cours des deux dernières décennies.

Cette annonce étonne dans la mesure où le cdH fut le plus fidèle allié du PS lors des dix dernières années, malgré les scandales à répétition qui touchaient les socialistes. C’est ainsi que Joëlle Milquet, à l’époque indéboulonnable présidente du cdH, fit des pieds et des mains pour que le PS pût être intégré à la majorité fédérale qui se dessinait sans lui après les élections législatives du 10 juin 2007.

Le cdH main dans la main avec Ecolo

C’est ainsi que, à la suite des élections régionales du 7 juin 2009, le cdH, main dans la main avec Ecolo, s’imposa comme l’incontournable pivot ayant à choisir qui, du PS ou du MR (centre-droit), monterait dans les gouvernements régionaux et communautaires. C’est ainsi que Benoît Lutgen lui-même décida, après les élections du 25 mai 2014, de s’allier précipitamment dans les Régions et Communautés avec le PS afin de permettre à celui-ci de ne pas en être éjecté.

Le cdH est ainsi responsable du maintien du « système PS » en Wallonie et à Bruxelles, récemment qualifié de « mafieux » par François Gemenne, un politologue liégeois. Si le cdH avait pris ses responsabilités lors des trois dates susmentionnées en écartant le Parti socialiste du pouvoir et en nettoyant les écuries d’Augias, la Région wallonne exsangue et sinistrée ne se retrouverait certainement pas sur le point d’être gouvernée par des communistes.

Les humanistes mouillés dans les affaires ?

Mais peut-être les humanistes n’ont-ils jamais fait preuve de courage parce qu’eux aussi étaient mouillés dans certaines pratiques concussionnaires… Joëlle Milquet, l’ancienne présidente du parti, a en tout cas dû démissionner de son poste de ministre voici un an à cause de son inculpation dans un dossier d’emplois fictifs.

Ainsi, il apparaît que la décision prise par Benoît Lutgen ce 19 juin 2017 survient trop tard : le mal est déjà fait. En outre, elle ne trompe personne : le cdH ne fut jamais dérangé par les mauvaises pratiques et les affaires récurrentes du PS au cours de la dernière décennie.

Les vraies raisons de la volte-face humaniste sont à trouver dans la grogne de la population, qui se traduit par la chute aux enfers du Parti socialiste et l’érosion constante des résultats du parti centriste dans les sondages.

Permettra-t-elle d’éviter à terme la disparition du cdH du paysage politique belge ? Rien n’est moins sûr car, si l’électeur est parfois oublieux, il n’en garde pas moins la dent dure contre ceux qui ont longuement gouverné sans obtenir de résultats tangibles.