Cyril Hanouna, bouc-émissaire du nouvel ordre moral

Cyril Hanouna, dans son émission « Touche pas à mon poste! » sur C8, multiplie les blagues de mauvais goût. Cet humour contestable fait l’objet d’une lourde campagne d’intimidation de la part de la pensée unique.

Par Éric Verhaeghe.

Je fais partie d’une génération pour laquelle Cyril Hanouna est un OVNI. Quand, par mégarde, je tombe sur l’une de ses émissions, je ne comprends aucun des codes qu’il utilise et je vois rarement l’intérêt des mises en scène auxquelles il recourt.

D’ailleurs, je trouve qu’une émission de télévision consacrée à la télévision participe d’un nombrilisme qui me plaît peu.

La liberté d’être de mauvais goût

J’ai longtemps peiné à comprendre pourquoi les relations entre Hanouna et le reste du PAF suscitaient autant d’engouement. Sauf à ce que le personnage ne permette de booster les audiences des médias qui lui consacrent des papiers, on voit d’ailleurs mal pour quelle raison tant d’animosité se produit.

Les animateurs devraient être libres de pratiquer le mauvais goût si cela leur fait plaisir.

Bien-pensance et mauvais goût

Manifestement, les grands donneurs de leçons démocratiques ne partagent pas mon esprit libéral. Tous ceux qui combattent le Front National parce qu’il menace les droits de l’homme combattent aussi Cyril Hanouna parce qu’il pratique la provocation. Homophobe, sexiste, humiliant, et tout et tout.

Au nom de toutes ces valeurs sacrées, il faut faire taire l’animateur de télévision. Ainsi va la République qu’on nous propose.

La police morale à la télé

On se souvient qu’un proche de Marine Le Pen, durant la campagne, avait fait fureur en proposant de moraliser la télévision et d’y censurer les contenus qui déplaisent. Sa sortie, comme le montre la vidéo que nous reproduisons, avait suscité un tollé.

Pourquoi créer un ordre de journaliste, c’est vrai ! puisque le CSA fait très bien l’affaire et se charge désormais de faire respecter la morale sur les chaînes de télévision.

Le CSA et ses décisions

La lecture des décisions plonge tout de même dans un abîme de perplexité.

Dans la première décision, le CSA invoque un « défaut de retenue dans la diffusion d’images susceptibles d’humilier les personnes » (Hanouna avait montré la réaction de l’un de ses chroniqueurs face à une agression physique simulée).

Dans sa deuxième décision, le CSA considère que la chaîne n’aurait pas dû diffuser une scène enregistrée où une animatrice pose sa main à hauteur du sexe d’Hanouna, les yeux bandés. Le CSA juge qu’il s’agit d’une « situation dégradante » et qui « véhicule une image stéréotypée des femmes ».

Voilà des délits d’offense à la morale précautionneusement châtiés, ou je ne m’y connais pas.

Le retour de l’offense à la morale

Pour comprendre le sens profond de ce qui vient de se passer, on relira ici les conclusions du procureur impérial Pinard lorsqu’il a requis contre Madame Bovary :

Après les citations viendra l’incrimination qui porte sur deux délits ; offense à la morale publique, offense à la morale religieuse. L’offense à la morale publique est dans les tableaux lascifs que je mettrai sous vos yeux, l’offense à la morale religieuse dans des images voluptueuses mêlées aux choses sacrées.

Le CSA n’aurait pas dit mieux. Mon propos n’est bien entendu pas de confondre Hanouna et Flaubert, mais de souligner la dérive morale à laquelle nous assistons en France, et qui interdit progressivement des libertés jugées tout à fait naturelles il y a quelques années encore.

En réalité, nous entrons dans une ère pudibonde, et les pouvoirs publics se considèrent comme investis du rôle de revenir à l’ordre moral.

L’ordre moral bien pensant triomphe

Et donc, quelles sont les valeurs de l’ordre moral qui s’instaurent en France à grand renfort de condamnations pénales, financières et de bannissements officiels loin des médias subventionnés ? C’est l’ordre des bobos bien-pensants, de cette gauche modérée qui diffuse partout des interdits et des injonctions de répéter des fausses vérités, des post-vérités diraient certains.

Par exemple, montrer une femme mettre sa main à la hauteur du sexe d’un homme, c’est une situation dégradante, une image stéréotypée de la femme.

Le procureur Pinard le disait très bien en requérant contre Flaubert :

L’art sans règle n’est plus l’art ; c’est comme une femme qui quitterait tout vêtement. Imposer à l’art l’unique règle de la décence publique, ce n’est pas l’asservir, mais l’honorer. On ne grandit qu’avec une règle.

À toute émission de télévision, il faut des règles conformes à la décence publique. Sous le Second Empire, était indécente la représentation de l’adultère. Sous la Cinquième République, l’indécence retrouve sa tradition.

L’obsession des limites

Ce qui guide ce mouvement de retour à l’ordre moral, on le sait très bien, c’est l’angoisse que les bobos nourrissent à l’endroit des pulsions humaines. La névrose hystérique a pris le pouvoir. Il faut partout, être excellent, modéré, retenu, raisonnable, c’est-à-dire refouler ce qui, en nous, nous angoisse.

Ils se disent bienveillants. En réalité, ils sont simplement pudibonds.

Les médias avaient hurlé lorsque le Front National avait voulu « moraliser » la profession de journaliste

Première décision du CSA concernant Hanouna

Deuxième décision du CSA

Ernest Pinard, procureur impérial

Je dis, messieurs, que des détails lascifs ne peuvent pas être couverts par une conclusion morale, sinon on pourrait raconter toutes les orgies imaginables, décrire toutes les turpitudes d’une femme publique, en la faisant mourir sur un grabat à l’hôpital. Il serait permis d’étudier et de montrer toutes ses poses lascives ! Ce serait aller contre toutes les règles du bon sens. Ce serait placer le poison à la portée de tous et le remède à la portée d’un bien petit nombre, s’il y avait un remède. Qui est-ce qui lit le roman de M. Flaubert ? Sont-ce des hommes qui s’occupent d’économie politique ou sociale ? Non ! Les pages légères de Madame Bovary tombent en des mains plus légères, dans des mains de jeunes filles, quelquefois de femmes mariées. Eh bien ! lorsque l’imagination aura été séduite, lorsque cette séduction sera descendue jusqu’au coeur, lorsque le coeur aura parlé aux sens, est-ce que vous croyez qu’un raisonnement bien froid sera bien fort contre cette séduction des sens et du sentiment ? Et puis, il ne faut pas que l’homme se drape trop dans sa force et dans sa vertu, l’homme porte les instincts d’en bas et les idées d’en haut, et, chez tous, la vertu n’est que la conséquence d’un effort, bien souvent pénible. Les peintures lascives ont généralement plus d’influence que les froids raisonnements.

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