Cyril Hanouna, bouc-émissaire du nouvel ordre moral

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Cyril Hanouna, bouc-émissaire du nouvel ordre moral

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 9 juin 2017
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Par Éric Verhaeghe.

Je fais partie d’une génération pour laquelle Cyril Hanouna est un OVNI. Quand, par mégarde, je tombe sur l’une de ses émissions, je ne comprends aucun des codes qu’il utilise et je vois rarement l’intérêt des mises en scène auxquelles il recourt.

D’ailleurs, je trouve qu’une émission de télévision consacrée à la télévision participe d’un nombrilisme qui me plaît peu.

La liberté d’être de mauvais goût

J’ai longtemps peiné à comprendre pourquoi les relations entre Hanouna et le reste du PAF suscitaient autant d’engouement. Sauf à ce que le personnage ne permette de booster les audiences des médias qui lui consacrent des papiers, on voit d’ailleurs mal pour quelle raison tant d’animosité se produit.

Les animateurs devraient être libres de pratiquer le mauvais goût si cela leur fait plaisir.

Bien-pensance et mauvais goût

Manifestement, les grands donneurs de leçons démocratiques ne partagent pas mon esprit libéral. Tous ceux qui combattent le Front National parce qu’il menace les droits de l’homme combattent aussi Cyril Hanouna parce qu’il pratique la provocation. Homophobe, sexiste, humiliant, et tout et tout.

Au nom de toutes ces valeurs sacrées, il faut faire taire l’animateur de télévision. Ainsi va la République qu’on nous propose.

La police morale à la télé

On se souvient qu’un proche de Marine Le Pen, durant la campagne, avait fait fureur en proposant de moraliser la télévision et d’y censurer les contenus qui déplaisent. Sa sortie, comme le montre la vidéo que nous reproduisons, avait suscité un tollé.

Pourquoi créer un ordre de journaliste, c’est vrai ! puisque le CSA fait très bien l’affaire et se charge désormais de faire respecter la morale sur les chaînes de télévision.

Le CSA et ses décisions

La lecture des décisions plonge tout de même dans un abîme de perplexité.

Dans la première décision, le CSA invoque un « défaut de retenue dans la diffusion d’images susceptibles d’humilier les personnes » (Hanouna avait montré la réaction de l’un de ses chroniqueurs face à une agression physique simulée).

Dans sa deuxième décision, le CSA considère que la chaîne n’aurait pas dû diffuser une scène enregistrée où une animatrice pose sa main à hauteur du sexe d’Hanouna, les yeux bandés. Le CSA juge qu’il s’agit d’une « situation dégradante » et qui « véhicule une image stéréotypée des femmes ».

Voilà des délits d’offense à la morale précautionneusement châtiés, ou je ne m’y connais pas.

Le retour de l’offense à la morale

Pour comprendre le sens profond de ce qui vient de se passer, on relira ici les conclusions du procureur impérial Pinard lorsqu’il a requis contre Madame Bovary :

Après les citations viendra l’incrimination qui porte sur deux délits ; offense à la morale publique, offense à la morale religieuse. L’offense à la morale publique est dans les tableaux lascifs que je mettrai sous vos yeux, l’offense à la morale religieuse dans des images voluptueuses mêlées aux choses sacrées.

Le CSA n’aurait pas dit mieux. Mon propos n’est bien entendu pas de confondre Hanouna et Flaubert, mais de souligner la dérive morale à laquelle nous assistons en France, et qui interdit progressivement des libertés jugées tout à fait naturelles il y a quelques années encore.

En réalité, nous entrons dans une ère pudibonde, et les pouvoirs publics se considèrent comme investis du rôle de revenir à l’ordre moral.

L’ordre moral bien pensant triomphe

Et donc, quelles sont les valeurs de l’ordre moral qui s’instaurent en France à grand renfort de condamnations pénales, financières et de bannissements officiels loin des médias subventionnés ? C’est l’ordre des bobos bien-pensants, de cette gauche modérée qui diffuse partout des interdits et des injonctions de répéter des fausses vérités, des post-vérités diraient certains.

Par exemple, montrer une femme mettre sa main à la hauteur du sexe d’un homme, c’est une situation dégradante, une image stéréotypée de la femme.

Le procureur Pinard le disait très bien en requérant contre Flaubert :

L’art sans règle n’est plus l’art ; c’est comme une femme qui quitterait tout vêtement. Imposer à l’art l’unique règle de la décence publique, ce n’est pas l’asservir, mais l’honorer. On ne grandit qu’avec une règle.

À toute émission de télévision, il faut des règles conformes à la décence publique. Sous le Second Empire, était indécente la représentation de l’adultère. Sous la Cinquième République, l’indécence retrouve sa tradition.

L’obsession des limites

Ce qui guide ce mouvement de retour à l’ordre moral, on le sait très bien, c’est l’angoisse que les bobos nourrissent à l’endroit des pulsions humaines. La névrose hystérique a pris le pouvoir. Il faut partout, être excellent, modéré, retenu, raisonnable, c’est-à-dire refouler ce qui, en nous, nous angoisse.

Ils se disent bienveillants. En réalité, ils sont simplement pudibonds.

Les médias avaient hurlé lorsque le Front National avait voulu « moraliser » la profession de journaliste

Première décision du CSA concernant Hanouna

Deuxième décision du CSA

Ernest Pinard, procureur impérial

Je dis, messieurs, que des détails lascifs ne peuvent pas être couverts par une conclusion morale, sinon on pourrait raconter toutes les orgies imaginables, décrire toutes les turpitudes d’une femme publique, en la faisant mourir sur un grabat à l’hôpital. Il serait permis d’étudier et de montrer toutes ses poses lascives ! Ce serait aller contre toutes les règles du bon sens. Ce serait placer le poison à la portée de tous et le remède à la portée d’un bien petit nombre, s’il y avait un remède. Qui est-ce qui lit le roman de M. Flaubert ? Sont-ce des hommes qui s’occupent d’économie politique ou sociale ? Non ! Les pages légères de Madame Bovary tombent en des mains plus légères, dans des mains de jeunes filles, quelquefois de femmes mariées. Eh bien ! lorsque l’imagination aura été séduite, lorsque cette séduction sera descendue jusqu’au coeur, lorsque le coeur aura parlé aux sens, est-ce que vous croyez qu’un raisonnement bien froid sera bien fort contre cette séduction des sens et du sentiment ? Et puis, il ne faut pas que l’homme se drape trop dans sa force et dans sa vertu, l’homme porte les instincts d’en bas et les idées d’en haut, et, chez tous, la vertu n’est que la conséquence d’un effort, bien souvent pénible. Les peintures lascives ont généralement plus d’influence que les froids raisonnements.

Sur le web

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  • Il y a quelque chose que je ne comprends pas avec cette histoire, c’est qu’aucun « animateur » de l’émission ne porte plainte ou ne parte. Il y a donc une forme de consentement de leur part ?

    • C’est se taire ou perdre son emploi bien payé….ou , tout simplement , vivant dans le même monde ils rient des même blagues…blagues appréciées des téléspectateurs…mais pas du CSA sous influence de la concurrence….

    • Qui ne porte pas plainte oui; mais qui parte il y a eu ces derniers temps Thierry Moreau, Chameroi, Ennora et Delormeau sauf erreur de ma part

  • Comme vous, je trouve ce saltimbanque d’un vulgaire insupportable. J’ai vu le passage dont on a tant parlé et j’avoue que, pour une fois, l’animateur m’a fait rire.
    Il faut que notre monde, CSA en tête soit evenu fou pour s’offusquer de ridiculiser les tantouses, commeondis

  • Il faut être aveugle pour ne pas voir d’ou ce nouvelle ordre mondial viens.
    Ça s’appelle : US of A liberals.

  • C’est rare mais je suis complètement en désaccord avec vous. Dans les deux cas il y a une atteinte claire à la dignité de la personne, quand même…

    Dans les deux cas, le consentement est obtenu a posteriori et donc (très) équivoque.

    A mon sens même un libéral ne peut tolérer ce genre de comportement. (la liberté des uns s’arrête etc etc…)

    • Allez donc faire vos leçons de morale dans les pays totalitaires. Dans une démocratie on a le droit d’être vulgaire si on le désire. Et je ne prise en rien ce genre de chose, mais on doit défendre la liberté partout où elle est brimée!

      • Il a le droit d’être vulgaire autant qu’il veut, mais tout seul. Les deux cas dont vous parlent Manchot impliquent un « complice » qui ne l’est que malgré lui et aucunement consentant. Rien à voir donc.

  • דוב קרבי dov kravi
    9 juin 2017 at 13 h 09 min

    Peignons des vêtements sur les nus des musées et emballons de chiffons la statuaire grecque, comme il fut d’ailleurs fait lors de la visite du modérément modéré Rouhani.

  • merci Monsieur pour ce billet de bon sens. Enfin un peu de réflexion qui nous sort du mimétisme de la doxa médiatique.

  • Au lieu de sanctionner la vulgarité d’un animateur, qui a décidé d’en faire son fond de commerce, le CSA pourrait plutôt sanctionner les émissions qui tirent les français vers le bas.

    • Bienvenue dans le monde de la Police du bon goût.

      Et qui décide ?

      Le CSA est déjà une stupidité en lui-même qui ne devrait pas exister.

  • L’article est intéressant mais son titre et son accroche me rebutent beaucoup.
    J’ai l’habitude de lire sur les réseaux sociaux des commentaires snobs condescendant à l’égard de ceux qui aiment ses émissions, et je suis d’accord avec vous, c’est déplacé.

    Cependant, le dernier événements en date qui lui vaut des accusations d’homophobie ont donnés lieu a des réactions très différentes et le fait qu’autant d’acheteurs de temps publicitaire se soient retiré m’a réjouit, confirmant de la sorte l’efficacité du libéralisme dans ce cas précis et l’inutilité du CSA. Je suis bien d’accord avec vous, le CSA est inutile et en voulant imposer des valeurs, quel qu’elles soient, il est immoral lui même.

    Par contre l’emploie du mot « pensée unique » dans l’accroche est maladroit et décourage la lecture de l’article. Cette expression est très chargée politiquement et est a mon humble avis mal employée. Cyrille Hanouna ne fait pas l’unanimité, pas plus que les valeurs que tentent d’imposer le CSA et les élites de la nation. Il suffit de voir le nombre de personnes qui dénoncent la pensée unique pour confirmer qu’elle n’a rien d’unique.

    Par ailleur, ce n’est pas parce qu’il est immoral d’imposer des valeurs, qu’il est vertueux d’aller contre ces même valeurs. L’humiliation, le sexisme ou l’homophobie n’ont rien de vertueux et on a pas besoin du CSA, ni des élites du pays, pour trouver salutaire de les dénoncer.

    L’hystérie n’est jamais bonne, mais les valeurs défendues sont respectables et en parfait accord avec les valeurs libérales.

  • En France règne l’arbitraire, tout ce qui gravite autour des décideurs actuels des stations de propagande a valeur d’or.
    La libre pensée, la liberté ne sont plus que des chimères.

    Pour vous empêcher de vous exprimer, les autorités « religieuses » de la bien-pensence vous volent d’abord, puis vous mettent au chachot et enfin vous exposent en place publique pour la lapidation.

  • Le problème n’est pas tant que l’émission soit de mauvais goût. Je n’ai aucun problème avec le vulgaire, je suis moi même amateur de la vulgarité assumé d’un Vincent Moscato par exemple.

    Toutefois il me semble que le problème est bien plus profond que le mauvais goût de TPMP. Des rares moments que j’ai pu en voir l’émission tient plus sur l’humiliation et l’ambiance malsaine qui y règne que sur son humour potache. Je dirais même qu’elle pourrait être le pendant prolo de Quotidien de l’ami Barthes.
    A savoir une émission basée uniquement sur le rabaissement mesquin et malveillant d’autrui dans un entre-soit complice. Parfois même victime même de sa propre turpitude, cela me fait pensé aux purges Nord-Coréennes …

    En tant que libéral il ne s’agit pas de verser dans le relativisme idéologique. Si l’institution CSA et la vindicte qui l’accompagne ont à être combattu. Je ne pense pas que cautionner ce que fait Hanouna comme vous le faites soit de bon aloi.

    J’ai peur que vous défendiez Charybde pour condamner Scylla

  • Les commentaires sont fermés.

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