Pour certains députés, la « moralisation » de Bayrou ne passera pas par eux

Bayrou, en lançant son chantier de moralisation de la vie politique, a ulcéré plusieurs députés pas trop près des sous gratuits des autres.
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Assemblée nationale - Crédit photo : Magali via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0

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Pour certains députés, la « moralisation » de Bayrou ne passera pas par eux

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 6 juin 2017
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C’est dit, c’est lancé : le chantier de la moralisation de la vie politique, dirigé avec la poigne herculéenne de François Bayrou, a décidément commencé. L’actuel Garde des Sceaux l’a d’ailleurs annoncé avec son phrasé si précis : « Le temps des blocages mystérieux est fini ». Chouette, nous voilà tout revigoré.

Bon, bien sûr, pour le moment, l’agenda reste un peu flou et fortement conditionné aux élections législatives. Accordons tout de même au pouvoir en place certaines marges de manœuvre tant la vie politique française semble s’orienter vers un aplatissement complet de toutes les forces d’opposition et une large victoire d’un extrême-centre extrêmement mou face à une droite minable et sans idéologie, une gauche minable et sans idéologie, une extrême droite minable à l’idéologie moisie et une extrême gauche minable à l’idéologie faisandée.

Autrement dit, quelles que soient les idées lumineuses de Bayrou et sa clique afin de moraliser un grand coup la vie politique française, on peut raisonnablement estimer qu’elles seront appliquées. D’ailleurs, à la réaction extatique d’Eva Joly dont la boussole interne a souvent désigné le sud avec obstination, on est même en droit d’attendre une petite catastrophe judiciaire dont les Français devront s’accommoder pendant des années. Bah. Une de plus, une de mois, les ventes de Préparation H vont encore violemment repartir à la hausse dans le pays, et on sent que la prochaine formule (à base de menthol et d’eucalyptus) va faire un carton grâce à Bayrou.

Malgré tout, cette moralisation n’est pas du goût de tout le monde.

NooOoon ? Si.

Pour Julien Aubert, député Les Républicains du Vaucluse, l’actuel Ministre de l’Ajustice va trop loin lorsqu’il envisage sérieusement la suppression pure et simple de la réserve parlementaire, ces 140 millions d’euros annuels partagés entre les députés pour leurs « œuvres locales », pour cause de « risque clientéliste ».

Et là, les réflexions de l’élu imposent qu’on s’attarde un peu sur la question, ne serait-ce que pour mieux comprendre comment la majeure partie de nos députés envisagent leur rapport avec les finances publiques en général et cette réserve financière dodue en particulier, pourquoi ils sont quelque peu déconnectés des contraintes quotidiennes des Français, et pourquoi ces derniers commencent à trouver leurs élus particulièrement nauséabonds au point de réclamer de plus en plus bruyamment ce genre de lois que Bayrou tente de pousser avec son brio et sa précision légendaire.

En effet, pour Aubert, la suppression de cette réserve est démagogique, parce que, je cite :

Vouloir supprimer la réserve parlementaire, c’est scandaleux et démagogique. Ce sont des milliers d’associations qui risquent de disparaître demain parce qu’on estime qu’un élu, par définition, fait du clientélisme dès qu’on lui met de l’argent entre les mains. Il faut alors aller au bout de la logique et supprimer toutes les subventions des conseils généraux et régionaux parce que ce sont des volumes beaucoup plus importants, avec des risques de clientélisme encore plus grand !

Oh, quel malheur ! Des milliers d’associations qui ne survivaient que grâce à l’argent de tout le monde au lieu des seuls cotisations de leurs adhérents concernés vont donc disparaître ! Des milliers de groupes d’individus qui, par différents moyens, étaient parvenus à faire payer à la collectivité une partie de leurs hobbies, occupations ou lubies politiques, sociales, cultuelles ou culturelles vont donc devoir faire appel à leurs seuls membres, aux seules personnes directement concernées, voire à leurs clients pour équilibrer leurs dépenses ? Mais c’est… c’est… Je cherche mes mots… C’est parfaitement normal et comme ça que ça devrait toujours avoir été, sapredieu !

Oh, quel malheur ! S’attaquer à cette réserve parlementaire d’argent des contribuables utilisé totalement à la discrétion des députés, pour satisfaire les petits besoins de ses électeurs, ce serait amalgamer ces opérations de distribution de pognon gratuit à du clientélisme électoral ? Allons. Tout le monde sait que le député moyen, dans son immense sagesse, son sens unique de l’équité et sa probité remarquable distribue toujours les euros des autres autant aux associations qui lui sont électoralement favorables qu’aux associations qui lui sont farouchement opposées, pour ne faire aucun favoritisme. C’est évident !

Oh, quel malheur ! Supprimer la réserve parlementaire, ce serait prendre le risque de mettre le doigt dans un engrenage douloureux, celui de la réduction des dépenses des conseils généraux et régionaux ! Voilà qui serait particulièrement mal venu, alors que tout indique qu’il faut, c’est évident, augmenter les dépenses, cramer encore plus d’argent public dans ces institutions qui ont toutes largement prouvé leur efficacité phénoménale ! Et avec la « réduction » du nombre de régions et l’évidente multiplication du nombre de bâtiments institutionnels, on sait que diminuer les dépenses maintenant serait le faire au plus mauvais moment : ce n’est jamais le bon moment de supprimer des fonds publics, jamais le bon moment de diminuer des dépenses, jamais le bon moment d’équilibrer un budget, jamais le bon moment de faire attention à l’argent des autres, surtout lorsqu’il coule à flot.

Tax Money

Mais le brave député (de droite, je le rappelle) ne s’arrête pas là. Pour lui, il y a plus grave encore :

L’autre mesure scandaleuse, c’est de demander aux parlementaires de fournir des preuves de leurs dépenses.

Je ne sais pas si le plus insupportable dans ce genre de saillies digne d’un âne bâté provient du fait que la personne qui la lâche y croit vraiment, ou si c’est lorsqu’on se rend compte que cette opinion lamentable est partagée par un nombre important de ses congénères. Mais, Julien Aubert, tout député sois-tu (et peut-être plus pour longtemps si les électeurs font preuve de bon sens dans quelques jours), bien sûr que si, il peut t’être imposé de fournir toutes les preuves de tes dépenses, exactement comme il l’est fait pour toute personne privée devant justifier de ses dépenses auprès de son entreprise ou de son administration fiscale ! Et encore heureux que ceci soit largement pratiqué puisqu’il s’agit de la base même, du minimum minimorum de bonne gestion des deniers d’un tiers !

Et à ce titre, il n’est que temps qu’enfin, l’Assemblée nationale impose cette mesure minimaliste à ses membres, alors que les rapports de la Cour des comptes s’empilent pour dénoncer ce manque et que les affaires financières scandaleuse se multiplient qui mouillent tous les partis.

Mais le député ne se démonte pas. Avec une virtuosité dans le moquage de visage qui pousse la discipline au rang d’art dramaturgique, pour lui, c’est évident : demander cette mesure pourtant appliquée partout où l’argent des autres n’est pas gratuit, c’est risquer l’engorgement des services de l’Assemblée ! Pensez donc : il va y avoir une déferlante de justificatifs pour les gerbes de fleurs, les stylos ou les repas avec les électeurs !

Non, décidément, ce n’est pas comme ça que lui (et plein d’autres de ses petits copains, soyez-en sûr, cochons de payeurs) envisageait la moralisation de la vie politique : pour lui, cela passait surtout par – je n’exagère même pas – une revalorisation de leur traitement de parlementaire (honteusement stationnaire depuis 15 ans). En effet, avec ces salaires de misère, on ne va plus attirer que les moins bons dans la vie politique.

Ben tiens, je veux mon neveu ! Il n’y a qu’à voir la brochette d’incompétents, de cuistres et, pour tout dire, d’escrocs ou d’enflures qui forment les rangs des sénateurs et des députés pour affirmer avec force que l’indemnité parlementaire, pourtant particulièrement joufflue, n’a jamais permis d’écarter les plus gros parasites de la vie publique. Au contraire, même, ne serait-ce qu’en relisant les arguments consternants du député Aubert du Vaucluse : il semble bien qu’on ait attiré avec constance une belle quantité de profiteurs qui se gobergent goûlument aux frais de la République, de pire en pire, et depuis des décennies.

Je ne sais pas encore de quel bois se chauffera Bayrou avec sa loi. Comme je l’ai dit en introduction, le passé du personnage et la médiocrité globale de l’actuel personnel politique, tous bords compris, ne laissent rien présager de bon. Mais si l’actuel ministre parvient effectivement à sucrer cette réserve parlementaire inique et à forcer les députés à déclarer toutes leur dépenses, alors la République aura effectivement fait plus qu’un grand pas, un véritable bond en avant.

La taille du bond me laisse donc extrêmement sceptique voire pessimiste sur l’aboutissement de cette réforme. Mais la réaction outrée des Bambocheurs de l’Assemblée qui vont devoir pour une fois redescendre sur Terre me donne un petit espoir.

Vas-y, Bayrou, fous-y une claque, tu sais y faire.


—-
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  • mossieur aubert , si vous estimez que vos revenus ne sont pas assez important , quittez le monde politique et créez votre entreprise ; en bossant 80 heures par semaine , en vous serrant la ceinture , en ne partant jamais en vacances , croyez bien que vous arriverez à vous faire un trés bon salaire et que vous n’aurez plus besoin de compter sur l’argent public ; une vrai délivrance , croyez le bien ;

  • je suis trésorier d’une association culturelle, du vaucluse … je suis d’accord avec l’auteur de l’article, cesser les subventions nous amènerait à faire des économies .
    A condition que l’état nous laisse un peu de nos revenus pour faire vivre ces associations qui sont nescessaire à la vie sociale .
    En d’autres termes, soyons libéraux , laissons chacun décider à qui donner, mais laissez nous de quoi donner .
    Quand à mossieur Aubert, c’est pas le plus mauvais député, et je lui recomande de lire Contrepoints , pour devenir le meilleur .

  • On ne peut que lui donner raison à cet Aubert, quand il dit : « Un élu, par définition, fait du clientélisme dès qu’on lui met de l’argent entre les mains ».

    Mais pour : « Il faut alors aller au bout de la logique et supprimer toutes les subventions des conseils généraux et régionaux parce que ce sont des volumes beaucoup plus importants, avec des risques de clientélisme encore plus grand », il oublie le niveau des communes.

  • Un élu comme ce monsieur Aubert devrait laisser ses lèvres scellées. La réserve parlementaire c’est 242634 euros par tête de député (140 millions/577 députés), à claquer comme il le souhaite, en plus des 11000 euros mensuels. Tout comme l’autre sénateur qui s’était vu sucrer une bonne partie de son « salaire » mensuel, lequel n’était plus que de 4000 euros, et dont il avait estimé qu’il était fort délicat de vivre avec si peu.
    De plus, ils ne sont pas élus pour augmenter leurs rentes, ni même pour faire vivre une association. Ils devraient même être parcimonieux avec l’argent public, et evidemment fournir preuves et justificatifs de dépenses de cet argent public.

  • À la limite , a quoi servent réellement les députés et sénateurs ?
    A rien, le pouvoir n’est pas dans leurs mains mais dans les mains du pouvoir , soit ils sont godillots soit le gvt se fout de leur avis…si ils ont vraiment un avis personnel et pas celui qui paie leurs costumes !

    • Qu’on ait ou non entendu parler des théorèmes de Condorcet, Arrow et Gibbard-Satterthwaite, c’est plus ou moins manquer de sens critique élémentaire que de considérer comme rationnel et louable notre culte de ce qu’il est abusivement convenu d’appeler « la démocratie », le concept en lui-même – dont l’historicité est très mal connue – déjà et a fortiori son application quotidienne dans les « meilleurs » états considérés comme « démocratiques ». Nos médias sont pourtant quotidiennement emplis des tristes , voire horribles conséquences de ce culte grégaire.

      On aura beau dire, on aura beau faire « Dès que nous disons le mot « démocratie » pour nommer notre mode de gouvernement qu’il soit américain, allemand ou français, nous mentons. La démocratie ne peut jamais être qu’une idée régulatrice, une belle idée dont nous baptisons promptement des pratiques très diverses. Nous en sommes loin, mais encore faut-il le savoir et le dire »(A.E)  

      « Nous sommes victimes d’un abus de mots. Notre système (les « démocraties » occidentales) ne peut s’appeler « démocratique » et le qualifier ainsi est grave, car ceci empêche la réalisation de la vraie démocratie tout en lui volant son nom. »  (S-C.K)
      « La démocratie, c’est le nom volé d’une idée violée » (J-P.M).
      « L’erreur ne devient pas  vérité parce qu’elle est approuvée par beaucoup » (M.G)
      « Ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont forcément raison » (M.C)
      «  Ceux qui regardent le vote universel comme une garantie de la bonté des choix se font une illusion complète. » (A.T)
      « Qui trouve globalement rationnelles et louables nos organisations et pratiques sociétales, en particulier sur le plan politique et économique et a fortiori environnemental, ne l’est guère » (I.I)

  • Mais qui es-tu h16? Trop bon l’article… encore une fois!

  • Avant de « moraliser » la « nouvelle vie politique » que nous annonce monsieur Bayrou, je préfèrerai « obliger » les députés et les sénateurs » à rendre l’argent. Tout l’argent qu’ils ont « détourné » à leurs profits.
    Et on pourrait « loger » tous les « mal logés » clients malgré eux de la Fondation Abbé Pierre. Car ce pognon se trouve dans les SCI que tout parlementaire « normal » à créer pour occuper sa retraite dorée.
    Voyez l’exemple des anciens présidents corréziens.
    Et tous nos mal logés, retrouveraient du sens à leur vie et sans doute ce fameux « pouvoir d’achat » qui fait tant rêver les statisticiens de l’INSEE.
    Quant aux biens immobiliers acquis hors Europe, pas de problème, un incendie inattendu et involontaire peut réduire en cendres tous les montages financiers les plus sophistiqués.
    Avant de demander aux français une représentation politique « éthique », il faut que les anciens pilleurs de la République rendent l’argent aux français.
    Sinon, à quoi ça sert que je me « décarcasse » diront certains.

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