Trump-Macron : la poignée de main stérile qui fascine

L’analyse exhaustive de la poignée de mains entre Emmanuel Macron et Donald Trump à Bruxelles révèle en fait un grand vide.

Par Daniel Girard, depuis les États-Unis.

Il y eut, au XXème siècle des poignées de main entre chefs d’État qui ont couronné un travail de concertation remarquable et ont changé l’histoire. Les accords de Camp David entre Israël et l’Égypte en 1978 et l’entente de désarmement nucléaire entre les USA et l’URSS en 1986 en font partie.


Mais, en 2017, on ne peut de toute évidence pas juger de l’importance historique d’une poignée de mains entre chefs d’État en se fiant juste sur la rapidité et l’intensité de sa propagation sur internet et dans les réseaux sociaux. Ainsi, la poignée de main du 25 mai entre le président américain Donald Trump et le président français Emmanuel Macron a fait le tour du monde… même si elle ne signifiait… rien.

Une poignée de mains lourde de sens ? Lequel ?

L’événement a non seulement été largement diffusé mais il a été décortiqué, analysé et infusé de sens par des analystes sérieux œuvrant dans des quotidiens réputés, comme le New York times et le Washington Post.
Frank Bruni, du New York Times, a vu dans la poignée de main du président Trump un geste de domination d’un mâle alpha qui a incité Emmanuel Macron à répondre avec la même intensité pour contrer l’agression.
La poignée de mains est décrite comme un combat. Frank Bruni souligne que les deux hommes avaient les mâchoires serrées, que leurs visages alternaient entre sourires et grimaces, qu’ils se sont serrés la main jusqu’à ce que les jointures de Donald Trump pâlissent. Pour Frank Bruni, un tel geste de Donald Trump vaut un millier de mots.

On se sent comme une poupée de chiffon…

Jonathan Capehart du Washington Post attribue la vigueur équivalente de la poignée de main de Macron à celle de Trump à un avertissement qui aurait été donné au président français par Gérard Araud, l’ambassadeur de la France à Washington.
Lors d’un dîner à la somptueuse résidence de l’ambassadeur à Washington, Jonathan Capehart et un autre invité avaient signifié à leur hôte que la poignée de mains de Donald Trump était si vigoureuse qu’elle vous faisait sentir comme une poupée de chiffon. Et c’est à ce moment là que l’ambassadeur Araud a décidé d’en aviser Emmanuel Macron. Ce qu’il a confirmé aux deux hommes avoir fait, avec un large sourire.


Bien au fait de cette couverture médiatique, le président Macron en a profité pour souligner qu’il n’y avait rien d’aléatoire dans sa poignée de main vigoureuse avec Donald Trump ; il a bel et bien voulu, dit-il, lancer le message qu’il n’avait pas l’intention de faire des concessions, aussi petites soient-elles. Mais il n’a pas convaincu tout le monde…


Il faudra plus que des poignées de mains viriles pour convaincre Donald Trump de maintenir l’adhésion américaine à l’accord de Paris sur le climat.
De plus, si Donald Trump ne reniera pas l’engagement de l’Amérique envers l’OTAN, il n’hésitera pas à continuer à critiquer les membres de l’organisation dont la contribution financière est jugée insuffisante.
À cet égard, l’amertume de la chancelière allemande Angela Merkel est compréhensible. Elle a moins d’atomes crochus avec Donald Trump qu’avec son prédécesseur Barack Obama.


Il s’agit aussi d’une année électorale pour Angela Merkel. Exprimer ses réserves envers les politiques de Donald Trump et prôner une plus grande indépendance de l’Europe est probablement la carte à jouer.