Le BIB ne fait pas le bonheur. Nicolas Hulot non plus.

Nicolas Hulot - Crédit photo : Fondation Nicolas Hulot via Flickr (CC BY-NC-ND 2.0

Le BIB (bonheur intérieur brut) ne convainc pas. Quant à Nicolas Hulot, il fait même carrément rire.

Par H16.

En septembre 2009, j’évoquais les mouvements tout en souplesse d’un président très détendu du pipotron nous proposer une nouvelle mesure économique en remplacement d’un Produit Intérieur Brut décrié et qui sent le moisi : le Bonheur Intérieur Brut. Et il y a quelques jours, l’OCDE a décidé de faire ses petits calculs histoire de voir si ce nouvel indicateur donnait des résultats économiquement intéressants. Consternation : le pipeau présidentiel n’était que ça, du pipeau. La surprise est vraiment complète.

On en a parlé un peu en France, on en a parlé chez nos amis anglo-saxons : l’indice calculé par l’OCDE, le 24 mai dernier, est basé sur une poignée de critères simples (revenus, logement, emploi, sécurité, etc.) et repose sur des études statistiques en rapport comme l’espérance de vie, le niveau d’étude ou le taux de chômage.

Quand on se rend sur le site développé pour l’occasion, on a droit à une très jolie page de garde, fond blanc, icônes colorées, animations flash acidulées terriblement dans la tendance du moment. On se croirait sur un site de vente de sucettes fashions. Mieux, on peut même cliquouiller ici et là et définir son propre indice.

OCDE : BIB

Comme on peut regarder le détail de chaque élément pour chaque pays, on peut – youpi – faire des classements. C’est ce qu’ont fait les chafouins journalistes de The Economist qui ont d’abord pondéré les critères (facile : tous pareils) et obtenu le classement suivant :

BIB par The Economist

Comme on peut le constater en cherchant un peu, la France explose tous les scores de bonheur intégral, chaudement emmitouflée au milieu du ventre mou du classement, incapable d’être assez triste pour rejoindre les chouineurs espagnols et définitivement pas assez heureuse pour papouiller les Nouveaux-Zélandais, les Australiens ou les Canadiens.

Quand je vous dis que ce pays s’enfonce dans une lente décomposition, on en a encore une fois la démonstration : les Français sont tellement épuisés des crétineries de leurs dirigeants qu’ils n’ont plus ni la force de rire, ni celle de pleurer et à l’instar d’un Villepin ou d’un Hessel, même leur médiocrité a perdu tout panache.

Ce qui ressort surtout de cette magnifique réalisation est que cet indicateur ne permet en rien de faire ressortir la France comme au-dessus du panier : l’objectif sarkozique est donc largement raté, puisque si le PIB n’est pas terrible en ce qu’il ne met pas franchement en valeur la France, le BIB n’est franchement pas meilleur non plus. Zut et crotte.

Pire, le classement basique montre surtout que le BIB semble fortement corrélé au PIB. Zut et crotte derechef : non seulement le BIB ne fait pas le bonheur, mais l’argent, si. On comprend que l’Elysée, qui avait été moteur dans l’idée initiale, ne se soit pas fait relais médiatique des résultats obtenus par l’OCDE. On comprend aussi que les gauchistes ne commentent pas non plus : difficile de déclencher des #frenchrevolutions et autres #merguez-parties dans les rues françaises avec une telle vague de non-enthousiasme mou.

Et on peut d’ailleurs bien bidouiller l’indicateur pour obtenir son propre classement, ça ne change rien (ou pas grand-chose) : la France se classe obstinément dans le milieu, comme un pays moyennement riche dans lequel sa population est moyennement contente et grogne moyennement sur un sort moyennement enviable.

On peut alors se demander : que faire pour relever le niveau ? Que faire pour rendre la France soit plus riche, soit plus heureuse, soit les deux ensemble ?

Eh bien on va écouter Nicolas Hulot qui vient de nous gratifier de sa recette miracle pour nous rendre tous heureux un grand coup (de pelle, derrière la nuque) : il suffit simplement de faire un grand emprunt de 60 milliards. Tous les ans, pendant 10 ans.

Oui. Vous avez bien lu, 600 milliards d’euros d’emprunt. Claqués en 10 ans. À ce prix, on espère que les putes et les coupettes de champagne seront gracieusement distribuées tous les seconds dimanches de chaque mois devant les mairies de tout le pays, avec flonflons et cotillons.

Eh bien même pas ! Pour ce prix-là, le petit Nicolas ne nous propose ni cotillons, ni escort sémillante, ni alcool pétillant, mais du sang et des larmes, ce qui est électoralement assez couillu quand on y pense. Vous pourrez le lire dans l’assommant PDF parsemé de fautes d’orthographes ici : les colossales sommes d’argent de ces crédits-revolver seraient dépensées presqu’exclusivement en mesures… d’économies d’énergie.

On imagine déjà un bombardement sans précédent de publicités finaudes nous vantant les mérites d’un futur plein d’énergie, mais d’un présent riche d’économies parcimonieuses et justement très consciencieusement dénué d’énergie, une radio, une télé et des sites internet gouvernementaux pulsant de messages anti-gaspillage agaçants et répétitifs.

Et quand ce ne sera pas la pub, ce sera l’application concrète de cette économie industrieuse et obstinée au travers d’un vaste plan de rénovation et d’isolation des logements anciens. Youpi. Voilà qui va évidemment aider à la baisse des loyers et à l’accession de la propriété, tiens : des douzaines de milliards, tous les ans, jetés dans l’immobilier par l’État, rien de tel pour dégonfler la bulle, hein ! Non ? Ah bon.

Le pompon est décroché par « l’économiste » (guillemets de rigueur) du gourou écolo, Alain Grandjean, qui décoche, l’oeil affolé et la lippe pendante :

Pour ne pas se soumettre à la dictature des marchés financiers, les États Européens doivent avoir la possibilité de s’endetter auprès de la BCE (…) La BCE a déjà fait une entorse à son règlement en remonétisant des titres de dettes pour sauver les banques. Elle peut le refaire pour sauver la planète et les générations futures.

Bah ouais : fini la diktature bidule. Endettons-nous, il est plus que temps ! La BCE a fait marcher les Epson Stylus et la grosse Xerox dans le couloir à fond les ballons, ça n’a absolument rien donné de bon, la Grèce est dans un état pire qu’avant et tresse la corde qui pendra l’Irlande pendant que le Portugal lui fait la courte échelle… Conclusion : il faut continuer, en remettre une couche, Go Go Go !

On voit ici tout le défaut des diplômes d’économiste trouvés dans les paquets de céréales : si l’objectif de Nicolas est de faire voler en éclat le PIB et donner un peu de mouvement au BIB, il a choisi la bonne méthode.

Entre les hurluberlus qui tentent de camoufler leur médiocrité en modifiant l’étalon et arrivent à se planter, et les ahuris qui ont appris l’économie en décodant des manuels de machine à laver mal traduits du coréen, la France va s’offrir une présidentielle 2012 à côté de laquelle les batailles de caca de chimpanzés neurasthéniques dans un petit zoo de province auront l’air de débats philosophiques construits.

Ce pays est foutu.

Cet article a été publié une première fois le 1 juin 2011
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