Les frais de scolarité s’envolent pour les étudiants américains

Aux États-Unis, les jeunes s’endettent depuis longtemps pour faire des études supérieures. Et les frais d’inscription continuent à augmenter. Résultat : des générations endettées à vie.

Par Chloé Lourenço.
Un article de Trop Libre

Une dette énorme pèse sur les étudiants

La dette des étudiants américains représente environ 1200 milliards d’euros, soit la moitié de la dette publique française. Aux États-Unis, on compte 44 millions d’étudiants et surtout d’ex-étudiants qui se sont endettés pour financer leurs études et qui se retrouvent avec une dette colossale (en moyenne, 32 000 €).

Pas étonnant que 8 millions d’entre eux soient en défaut de paiement, alors que leur vie d’adulte commence à peine. Et le plus spectaculaire, c’est que cette dette a progressé de 170% en 10 ans, c’est-à-dire que depuis 2006, elle a presque triplé. Une étude du magazine Forbes a même noté que le coût de l’enseignement supérieur avait augmenté de 440% en 25 ans.

Pendant longtemps aux États-Unis, faire des études était considéré comme le symbole d’une vie réussie. Il s’agissait d’un sésame pour avoir un bon travail, acheter une maison et avoir des enfants. Aujourd’hui, de nombreux lycéens à la porte des universités hésitent à hypothéquer leur avenir.

On peut comprendre l’ampleur du problème lorsqu’en 2012, Barack Obama alors en pleine campagne présidentielle, déclarait à des étudiants de Caroline du Nord que sa femme Michelle et lui avaient fini de rembourser leurs prêts étudiants en 2008 seulement.

Un système pipé

Mais comment expliquer un tel phénomène ? L’envolée des frais de scolarité y est pour beaucoup. Alors que l’inflation n’est que de 2,5% aux États-Unis, le prix d’une année à la fac progresse lui de 9% à 12%. Une année dans l’un des plus prestigieux Collège du pays peut revenir à 70 000€. Les étudiants contractent des prêts pour financer leurs études, dans l’espoir de décrocher un emploi très bien rémunéré qui leur permettra de rembourser.

Et quand le prêt ne suffit pas, ils sont obligés de travailler pour couvrir toutes leurs dépenses (nourriture, loyer, sorties). Surmenés par des journées trop chargées, les étudiants mettent deux fois plus de temps à obtenir leurs diplômes, ce qui accroît d’autant leurs dettes. Un cercle vicieux s’installe lentement, un tourbillon dont ils ne pourront pas s’extraire.

Nombre d’entre eux abandonnent leurs études en cours de route ou bien sont éjectés par le système s’ils n’ont pas de bons résultats. Ils se retrouvent avec une dette astronomique et un salaire beaucoup plus faible qu’escompté. Même ceux qui arrivent au bout de leurs études déchantent une fois sur le marché du travail et croulent sous une dette qu’ils ne rembourseront jamais. La Federal Reserve a établi des statistiques qui montrent que les plus de 60 ans représentent la génération pour laquelle l’encours des prêts étudiants a le plus augmenté. Certains partent même à la retraite en continuant de rembourser leurs dettes.

Pourquoi une telle hausse ?

Le coût de l’enseignement supérieur a beaucoup augmenté ces 20 dernières années. Les universités publiques sont financées par les États, et ces derniers ont drastiquement réduit le budget de l’éducation, environ 2000€ par an et par étudiant. Pour y faire face, les établissements n’ont pas d’autres choix que d’augmenter leurs frais d’inscription.

Les universités américaines se sont lancées dans une course au chiffre d’affaires. Elles investissent dans des locaux luxueux et confortables, embauchent de plus en plus des professeurs étrangers dont la renommée n’est plus à faire, et misent tout sur les étudiants étrangers, qui paieront leur scolarité plein pot.

Un phénomène de bulles se crée alors : plus les universités dépensent pour recruter, plus les étudiants sont contraints de s’endetter puisque les frais augmentent, sans pour autant que la qualité des diplômes ne s’améliore.

Pour régler ce problème, il faudrait un allègement des dettes excessives. Cela avait été mis en place par George W Bush et complété par Barack Obama, qui avait par exemple interdit que les organismes bancaires ne chargent les surendettés avec des frais supplémentaires liés à leur situation.

Toutefois, la nouvelle administration Trump a remis en cause ces mesures. Les étudiants sont encore loin de voir disparaître l’épée de Damoclès qui pèse au-dessus de leurs têtes.

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