L’évaporation des problèmes, ce n’est pas pour maintenant

Tout le monde se réjouit de voir Emmanuel Macron accéder à l'Elysée. Sauf qu'aucun des problèmes français n'est résolu. Aurait-il les épaules assez larges ?
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L’évaporation des problèmes, ce n’est pas pour maintenant

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 26 avril 2017
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Emmanuel Macron, bénéficiant à la fois du travail de sape du PS par Hollande, d’un terreau médiatique ultra-favorable, d’une droite soigneusement aussi stupide que possible et d’adversaires tous plus patibulaires les uns que les autres, parvient donc à se hisser au second tour des présidentielles. Devant Marine Le Pen contre laquelle tous les castors républicains du pays érigeront un fier barrage, ses chances de victoire au soir du 7 mai sont donc très importantes…

Youpi, la France est sauvée ! Ou à peu près, tant que reste dans l’urne notre candidat de Schrödinger, superposition quantique d’un politicien de droite et d’un politicien de gauche sans être ni à droite, ni à gauche. Une fois le vote passé, un choix sera fait qui, comme le veut la physique, sera tout en décohérence quantique.

Et probablement pas dénué de surprises…

Certes, à propos de surprises, la « Le Pen élue » est fort peu probable (mais pas, stricto sensu, impossible), et on mesurera assez bien l’état de frustration du pays à l’écart effectif entre les deux candidats. Mais surtout, d’autres surprises ne pourront être évitées. L’une d’entre elles, c’est que la trajectoire française n’est pas bonne du tout et que Manu n’a pas, dans son programme, le moindre commencement de proposition concrète pour l’infléchir.

Je l’ai déjà écrit, mais il est toujours bon de le répéter pour tenter de faire sortir de leur transe certains groupies extatiques à l’idée de voir le brave Emmanuel décrocher la timbale élyséenne : le futur président de la République héritera d’un pays dans une situation économique catastrophique et d’une population à cran, particulièrement lassée voire frustrée par une campagne électorale lamentable.

Et cette situation doit tout aux (non-)choix politiques internes qui furent fait ces 30 dernières années.

La comparaison fait mal avec l’Allemagne, qui aura choisi avec Schröder de moderniser complètement son économie : pendant ces 30 dernières années, cette dernière aura dû absorber d’un coup 16 millions d’habitants de la RDA dotés d’une économie en ruine en 1990, elle se sera heurtée au mur de sa natalité qui lui donne une population plus vieille et donc plus coûteuse et moins productive ; ses frontières sont plus ouvertes à l’immigration que les françaises afin, justement de compenser sa faible natalité, et le pays accueille donc un nombre considérable d’étrangers et de réfugiés.

Malgré ces handicaps et ces choix, l’Allemagne engrange des excédents budgétaires, pendant que la France aligne 42 années de déficits.

Malgré tout cela, l’État allemand ne ponctionne « que » 44% du PIB, là où le français, obèse, en dévore 57% et ne montre aucun signe de satiété.

Pendant ce temps, la France claque dans la plus parfaite décontraction 7 points de PIB de plus que la Suède sociale-démocrate en diable, le tout pour des prestations sociale bien en dessous de ce que ce dernier pays propose, à tel point que nos SDF sont même nourris par la charité privée (eh oui, les Restos du Cœur, c’est bien une initiative privée). Pour rappel, la France, c’est 1% de la population mondiale et 15% des dépenses sociales mondiales. Belle contre-performance.

Pendant que l’Allemagne rembourse sa dette (elle a baissé de 12% depuis 2009), l’État français emprunte 4 milliards d’euros par semaine pour simplement continuer à payer les dépenses courantes, ce qui fait que sa dette a augmenté de 19% depuis. C’est tout à fait rassurant, et forcément, sur le long terme, ça va bien se passer, n’est-ce pas.

À ce sujet, on pourra regretter que, jusqu’à présent, ce problème de la dette n’ait pas été au cœur des préoccupations électorales (c’est le moins qu’on puisse dire). Peut-être le sujet sera-t-il présent dans le débat d’entre deux tours ? On peut raisonnablement en douter : d’un côté, Macron nous persuadera qu’il est à même de mener le pays vers les vallées de lait et de miel que son programme, doux et cotonneux, promet facilement, mais ne détaille surtout pas. De l’autre, Le Pen évitera soigneusement la question tant le côté économique n’est pas sa tasse de thé, pour le dire charitablement.

Il n’en restera pas moins que la situation, factuellement, peut se résumer à ceci : alors que les Allemands, avec la même monnaie, les mêmes impératifs aux frontières, une population plus vieille et plus nombreuse que les Français, affichent le huitième pouvoir d’achat en Europe avec 21.500 euros en moyenne, les Français pointent eux à la treizième place avec 19.000 euros ; en 2015 et selon l’OCDE, il y avait en France 7,1% de travailleurs pauvres contre moins de la moitié en Allemagne (3,5%), 25% de taux de chômage des jeunes en France contre 7% en Allemagne. Et tout ça, je le rappelle, avec une Chancelière Merkel qui n’a pas spécialement fait dans la furie ultra-néo libérale, avec une réunification qui a été tout sauf simple, avec des routes, des écoles, des hôpitaux, une poste, une police et plus généralement un service public qui fonctionnent encore pas trop mal aux dernières nouvelles, avec des impôts plus faibles et, j’insiste pour ceux qui n’auraient pas bien compris l’allusion, la même monnaie que nous.

Sauf à considérer que les Allemands sont des êtres supérieurs capables de casser des briques, plier l’espace-temps et la rhétorique collectiviste (ce que je ne crois pas), on doit réellement s’imposer la question de ces nom-d’une-pipe de choix économico-politiques qui ont été faits ces 25 dernières années pour aboutir à une situation à ce point différente d’un côté à l’autre du Rhin.

En réalité, force est de constater que ce sont les Français qui s’expatrient en Allemagne ou en Angleterre plutôt que le contraire. Force est de constater que les opportunités sont beaucoup plus forte en Allemagne et que l’économie y est plus dynamique malgré une situation au départ plus difficile.

Certes oui, les retraités et les chômeurs français sont effectivement moins exposés à la pauvreté et mieux « protégés » par ce système qu’on nous envie sans jamais oser nous le copier… Mais force est aussi de dire qu’ils sont pour le moment payés avec de la monnaie de singe qui place directement le pays sur une trajectoire budgétaire insoutenable, où un tiers des salariés est payé par l’État et que nombre de chômeurs est caché dans ces emplois plus ou moins bidons créés par une administration obèse.

En somme, à l’instant où ces lignes sont écrites, si la France tient son rang actuel, cela n’est dû qu’à l’usage compulsif de sa carte de crédit et un immense écran de fumée qu’aucun des deux candidats ne semble vouloir vraiment dissiper, l’une jugeant l’ensemble des problèmes liés à la méchante Europe (dans laquelle l’Allemagne s’en sort pourtant très bien), et l’autre estimant qu’on pourra s’en dépatouiller en « pensant printemps » très fort.

Macron, élu, devra donc réaliser ce qu’aucun de ses prédécesseurs n’a même entamé en 30 ans, avec une majorité parlementaire particulièrement difficile à construire puis à conserver, un sénat a priori peu enclin à lui faire les yeux doux, des syndicats de salariés tout sauf modernes, des administrations fossilisées, une presse qui sortira la grosse artillerie antilibérale dès qu’elle le pourra et de façon générale, une opinion publique rétive à tout changement d’importance, le tout dans un contexte économique difficile et une absence de toute latitude budgétaire.

À vue de nez, toutes les cartes sont donc réunies pour un succès flamboyant.


—-
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  • Après le résultat du 1er tour je me suis de novueau penché sur le programme de Macron… il est vide, rien de concret, des formules certes très belles mais c’est creux derrière !
    Je passe sur le côté clientélisme (suppression taxe d’habitation, remboursement 100% des frais d’optique et dentaire, etc.), bref je puis comprendre que des personnes sont excédés des politiciens mais de là à voter pour lui non.

  • « Ou à peu près, tant que reste dans l’urne notre candidat de Schrödinger »

    Grand winner de la meilleure image politique du mois !

  • macron n’est pas un vieux de la politique ; il va se faire bouffer par d’autres dirigeants qui connaissent par coeur les ficelles du métier ;j’ai vrament du mal à lui faire confiance ;

    • @véra

      Et si c’était un vieux, vous lui feriez confiance ? Au-delà des personnalités, faites-vous confiance au fonctionnement de la République?

  • Superbe édito 🙂

  • Il est également possible que la France soit un adversaire à terminer. A minima depuis Napoléon, les autres pays européens, actuels ou constitués après, se fadent les français et doivent s’allier pour nous ramener au point de départ. A part la parenthèse bienveillante de 14-18 (qui nous a quand même bien saigné), même sans guerre on représente une sorte de casse-pied grande gueule. Donc, j’ai tendance à penser que nos chers voisins savonnent toute planche sur laquelle on se trouve en vue de définitivement nous noyer. Le fait que systématiquement les pires cons censés être élus chez nous soient encensés (avant, pendant) puis gentiment cornaqués après, moyennant quelques sucettes, vers le désastre me semble une bonne indication. Le show actuel ne déroge pas à la règle et devrait rassurer définitivement nos gentils camarades de jeu puisque ce sera le dernier avant le baisser de rideau. Etonnant quand même notre propension récente à se laisser faire…

    • Ah oui ! C’est une hypothèse.
      Cependant, vu le boulet que nous sommes devenus pour l’Europe, dû à nos formidables résultats économiques, je me demande si le fait de nous « terminer » ne serait pas plus néfaste à cette « Europe » ?

    • vitevu: Donc, j’ai tendance à penser que nos chers voisins savonnent toute planche

      Non, la France représente un débouché et un partenaire commercial pour eux, ils n’ont aucun intérêt à avoir un pays de pauvres ou en faillite comme client.

      Les « pires cons » ne sont pas encensés dans la presse étrangère, bien au contraire, leur irresponsabilité est régulièrement pointée du doigt.

      Pour finir les « pires cons » se débrouillent très bien tout seul pour couler le pays, la fiscalité et la législation qui aboutissent à ce résultat ci-dessous est 100% franco-française.

      Sur 148 pays la France est classée:
      -130ème place pour le poids global des réglementations
      -134ème pour les prélèvements obligatoires.
      -137ème pour les règlementations liées au fait d’entreprendre.
      -137ème pour la fiscalité défavorable à l’investissement privé,
      -135ème pour la dette publique,
      -134ème pour le taux d’imposition en pourcentage des profits,
      -127ème pour les incitations fiscales à travailler

  • Bonjour à toutes et à tous,
    Bien vu ! Le futur président a certes du boulot, et on ne voit pas l’ombre d’une indication prouvant que l’un ou l’autre a la moindre intention de s’y atteler …
    Pourtant :
    https://www.linkedin.com/pulse/quattendre-du-prochain-président-de-la-république-pierre-tarissi
    Amitiés,
    Pierre

  • Mais quel talent ce H16 !

  • En effet, la contradiction fondamentale entre « modèle social et fiscal français » et participation à des systèmes commerciaux et monétaires européens et internationaux dysfonctionnels, source de chômage de masse structurel et d’endettement croissant en France est laissée inchangée. Aucun des représentants des partis dits de gouvernements du 1er tour n’a oser s’y attaquer. Le seul qui a eu l’outrecuidance de l’évoquer du bout des lèvres en termes très édulcorés a vu tous les moyens de l’Etat et des médias mobilisés pour le briser pour des comportements qui sont endémiques au système politique français et non le fait d’un homme.

    La contradiction perdure donc mais il faut un nouveau visage pour l’incarner, histoire de faire croire à un changement. Macron, visage poupin nouveau dans le paysage, était le mieux placé pour décrocher le rôle de nouvelle tête d’affiche. Si la façade est nouvelle, la substance est bien sûr la même que celle des Giscard, Fabius, Rocard, Balladur, Chirac, Juppé, De Villepin, Hollande, bref celle de « l’énarchie compassionelle de marché » qui n’a pas attendu Macron pour transcender les partis de gouvernement et se maintenir au pouvoir en toutes circonstances malgré des résultats très faibles qui ont fait gagner aux extrêmes des parts de marché inespérées. L’oligopole de « l’énarchie compassionelle » avait déjà dans les faits rendu obsolète la segmentation gauche – droite de gouvernement, dépourvue depuis un moment de valeur explicative et opérationnelle et se réduisant à la manipulation de totems purement symboliques. Les institutions ne font que s’adapter avec retard aux faits et le nouveau parti qui va se reconfigurer autour de Macron aura au moins le mérite d’une simplification du paysage politique : le parti du « consensus de Paris » s’unifie au centre pour se consolider et se maintenir au pouvoir malgré ses pertes de parts de marché au profit des extrêmes. La reconfiguration se formalisant post et non pas pré-élection présidentielle, Macron devait nécessairement rester vague sur le programme, histoire de laisser le plus de marge possible. Le parti du « consensus de Paris » devient ainsi le seul et unique « parti de gouvernement », flanqué de chaque côté par les extrêmes qu’il a si bien nourri toutes ces années.

    Il semble en effet peu probable que Le Pen l’emporte même si son score pourrait doubler par rapport à son père en 2002 et que l’abstention pourrait augmenter au second tour, érodant la légitimité du vainqueur. Dans cette hypothèse, ainsi étroitement élu sur une plateforme de demi-mesures vagues et ambiguës, et coincé des deux côtés par des extrêmes qui aboient d’autant plus fort qu’ils se rapprochent inexorablement du pouvoir à mesure que la contradiction fondamentale persiste, le gamin qui parle pour ne rien dire a une marge de manœuvre des plus étroites.

    Souhaitons lui tout de même bonne chance car nous sommes à bord du navire.

  • Un super article, merci 🙂

  • Les politiques font la France où la France fait les politiques ?
    La France fait partie des pays du Sud pays ayant toujours été moins performant que les pays du Nord..Même une France libérale serait en mauvais etat par rapport à son grand voisin !
    C’est quoi un pays du Sud ..D’abord une langue latine une langue propice aux parlottes plus qu’à l’action !
    La preuve, dans votre article vous mélangez vieillesse de l’allemagne et faible taux de chômage des jeunes..Normal ?

  • Dans votre analyse comparative entre la France et l’Allemagne, pertinente, vous avez oublié un facteur qui a fait pencher la balance d’une économie plus saine du coté de l’Allemagne, je veux dire la monnaie. N’oublions pas que nos amis outre rhin ont bénéficié d’un euro à parité égale avec leur mark de l’époque: 1 € = 1 Dm. En france, nous avons eu droit à 1 € pour 6,66957 FF. La belle affaire me direz vous, sauf que dans le panier de la ménagère, tout est devenu en peu de temps beaucoup plus cher, multiplié par 6,55957. Regardez le prix d’un petit noir au café du coin, celui de la baguette, etc…. L’économie des ménages s’est effondrée, les salaires n’ayant pas suivis la même trajectoire. L’économie de la France ne s’est pas arrangée lors que les prix des matières premières à acheter suivaient cette trajectoire inflationiste déguisée post euro.

  • l’autre estimant qu’on pourra s’en dépatouiller en « pensant printemps » très fort…
    Cette citation résume tout sur ce personnage…

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