Sondeurs ou bookmakers : qui sont les plus fiables ?

A qui se fier pour pronostiquer le résultat du premier tour de la présidentielle ? Aux instituts de sondage ou aux bookmakers ?

Par Alexis Gendry.
Un article de Trop Libre

Depuis des décennies, les sondages font partie intégrante des élections. Ils permettent au grand public de connaître la tendance qui se dégage en amont d’un scrutin, et parviennent, la plupart du temps, à en prédire l’issue de manière relativement précise. Cependant, s’ils sont à peine congratulés en cas de bons résultats, leur fiabilité peut être rapidement remise en cause en cas d’échec, comme ce fut notamment le cas pour le Brexit. Ironie du sort, la concurrence est justement venue d’outre-Manche, les bookmakers anglo-saxons étant de plus en plus pris au sérieux.

Les instituts de sondages : une position peu contestée

Le sondage d’opinion tel que nous le connaissons est apparu au milieu des années 30 aux États-Unis. L’American Institute of Public Opinion, fondé par Georges Gallup, parvient à prédire, à partir d’un échantillon représentatif, la victoire de Franklin Roosevelt à l’élection présidentielle de 1936. Deux ans plus tard, l’institut IFOP réalise le premier véritable sondage sur le sol français, en demandant l’avis de la population concernant les accords de Munich, tout juste signés.

Depuis lors, les sondages ont été relativement peu contestés, faute de concurrence dans leur domaine. Allant de résultats justes en petites déconvenues, ils sont longtemps apparus, dans l’esprit de beaucoup de gens, comme des indicateurs fiables.

Mais les instituts de sondages, qu’ils soient français ou étrangers, traversent actuellement une période difficile, dans la mesure où la plupart d’entre eux ont échoué à prévoir l’issue de certains événements importants, tels que l’élection de Donald Trump à la tête des États-Unis ou le départ du Royaume-Uni de l’Union européenne. Grâce à l’émergence d’internet, les sites de paris, de plus en plus prisés, semblent en revanche devenir une alternative.

Une concurrence inattendue

Les premiers « bookmakers en ligne » font leur apparition au Royaume-Uni à la fin des années 1990. Si, en premier lieu, ils se spécialisent uniquement dans les paris sportifs et hippiques, ils se sont grandement diversifiés avec le temps. De plus en plus, les bookmakers anglo-saxons proposent en effet aux parieurs en herbe de jouer sur tout et n’importe quoi, du prénom du prochain enfant du couple princier britannique au potentiel de destitution de Donald Trump. Cette variété de propositions inclut aussi le résultat de certaines élections, comme celles qui se profilent en France.

En France, les seuls paris autorisés sont les paris sportifs et hippiques. Un site semble toutefois avoir trouvé une autre voie. Il s’agit d’Hypermind, une plateforme en ligne qui se qualifie de marché prédictif. Comme une société cotée en Bourse, chaque prévision y est ainsi cotée sous forme d’actions d’une valeur allant de 0 à 100 : les parieurs échangent ces actions sur un marché, à un prix fixé par l’offre et la demande, jusqu’à ce que les prévisions soient avérées ou non. Si cette dernière est juste, la plateforme rachète alors chaque action à la valeur maximum.

Les prévisions de cette plateforme sont donc plus fiables que celles proposées par un site de paris classique, dans la mesure où le but final n’est pas d’enrichir le bookmaker. C’est un vrai marché prédictif, comme il en existe aussi aux États-Unis. Sa particularité est que les paris n’impliquent pas d’argent réel, ce qui est interdit par la loi. On est ici face à une forme de serious game. 

Sondeur ou bookmaker : quelle fiabilité ?

La question de « qui est le plus fiable », entre le sondeur et le bookmaker, se pose alors. En effet, si les paris en ligne peuvent non seulement apparaître comme une alternative aux sondages d’opinion traditionnels, ils semblent même pouvoir se révéler plus sûrs dans un certain nombre de cas de figure.

En premier lieu, les bookmakers doivent prendre des précautions, dans la mesure où ils sont financièrement impliqués dans les cotes fixées. Un échec engendrerait une perte financière évidente, ce qui n’est bien évidemment pas recherché. À l’inverse, les sondeurs ne sont pas directement affectés de manière financière, mais peuvent en revanche souffrir d’un discrédit auprès de l’opinion publique en cas d’erreurs à répétition.

Les bookmakers sont aussi bien plus à même de recueillir des avis honnêtes, à l’inverse des sondages. Les opinions radicales ne s’assumant souvent pas aisément, sur le terrain comme au téléphone, le parieur aura moins de retenue à choisir le candidat pour lequel il veut voter s’il joue de manière anonyme sur Internet. Les réponses sur les sites de paris en ligne sont donc souvent très représentatives des résultats finaux du scrutin.

À la décharge des instituts de sondages, on pourrait penser que les paris en ligne ne reflètent pas des opinions politiques mais bien des certitudes sur le candidat qui va l’emporter. Mais selon Mayeul Caire, directeur du site jourdegalop.com :

Psychologiquement, il est difficile de parier pour la victoire d’un homme politique dont on pense qu’il gèrera mal le pays.

Dans les faits, les bookmakers semblent même incarner une meilleure alternative que les sondeurs. Si le Brexit n’était donné gagnant par aucun des deux « partis », certains bookmakers avaient prévu l’élection de Donald Trump à la tête des États-Unis, ce qui n’était le cas d’aucun institut de sondages.

L’échéance à venir en France sera donc déterminante pour les sondeurs. Si, en ce moment, les cotes proposées par les sites de paris en ligne semblent refléter les chiffres fournis par les sondages actuels, un troisième concurrent émerge : le Big Data. La société canadienne Filteris et l’application mobile Gov, qui en font partie, commencent à faire entendre leur voix en proposant des types de sondages inédits… et dont les résultats vont à l’encontre de tout ce qui a été réalisé jusqu’à présent.

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