Patrimoine des candidats : des m²… mais si peu d’actions

Quelle pourra être la crédibilité du futur président qui prétendra défendre les entreprises françaises de l’appétit d’investisseurs étrangers et développer l’actionnariat français alors qu’il ne possède aucune action cotée ?

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Patrimoine des candidats : des m²… mais si peu d’actions

Publié le 5 avril 2017
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Par Michel Albouy.
Un article de The Conversation

Le 16 juin 2014, le ministre des Finances installait le Comité Place de Paris 2020, coanimé par l’association Paris Europlace. À l’heure où les entreprises du CAC 40 sont aujourd’hui détenues à plus de 50 % par des investisseurs étrangers, ce devait être un signal fort en faveur du rôle des marchés financiers pour assurer le financement des entreprises. Mais est-ce suffisant ? Et si le meilleur signal venait du comportement effectif de nos dirigeants politiques ? The Conversation

Après avoir déclaré que la finance était son ennemi lors de sa campagne présidentielle, le Président Hollande et son gouvernement ont redécouvert les mérites du secteur financier et du rôle des marchés dans le financement des entreprises.

Les vertus de l’économie de marché

Il serait mal venu de bouder notre plaisir. Voir qu’en définitive nos gouvernants reviennent à de meilleures dispositions à l’égard des entreprises et de la finance ne peut que réjouir tous ceux qui croient aux vertus de l’économie de marché.

Interrogé à l’occasion de l’installation du Comité Place de Paris 2020, le ministre des Finances, Michel Sapin, avait déclaré : « Nous voulons mettre l’épargne au service des entreprises. »

Belle intention ! Comme le soulignait le ministre, l’essentiel de l’épargne des Français est principalement investi en immobilier et des placements sans risques : assurance-vie en euros et livrets (A, CEL, PEL).

Bref, les Français investissent insuffisamment dans leurs entreprises et le nombre d’actionnaires en direct ne cesse de baisser. Mais que font nos candidats à la présidentielle en la matière ?

Les investissements des candidats

L’obligation pour les onze candidats à la présidence de la République de déclarer leur patrimoine propre auprès de la Haute Autorité pour la transparence de la vie publique (HATVP) est riche d’enseignement sur leur comportement d’épargnant et sur leurs capacités de gestionnaires.

Précisons que cette déclaration ne doit pas être confondue avec celle de l’impôt de solidarité sur la fortune (ISF), compte tenu des différences tenant au patrimoine imposable (couples mariés, pacsés ou vivant en concubinage sont soumis à une imposition commune à l’ISF), aux biens non imposables à l’ISF (œuvres d’art ou avoirs constituant l’outil de travail) qui doivent normalement figurer dans la déclaration de patrimoine et aux règles de valorisation (exemple abattement de 30 % sur la valeur de la résidence principale pour l’ISF).

Ce ne sont pas les super riches

La première observation que nous pouvons faire est que nos candidats à l’élection présidentielle sont loin d’être des super riches. Ils sont loin d’arriver à la cheville des candidats à la présidentielle américaine comme Donald Trump ou même Hillary Clinton. Le plus fortuné est Nicolas Dupont-Aignan avec un actif net (actif brut moins dette) de 2,2 millions d’euros.

Le moins riche est Philippe Poutou avec un patrimoine de 31 000 euros composé de livrets d’épargne et d’un véhicule. Le patrimoine brut moyen des onze candidats s’élève à 752 000 euros.

Si l’on tient compte de l’endettement, on arrive à un actif net de 631 000 euros. Bref, nos candidats ne sont pas vraiment des riches. Beaucoup de Chinois de Shanghai ou de Pékin doivent rigoler en voyant ces niveaux de fortune.

Tout sur l’immobilier

La deuxième observation que nous pouvons faire est l’extrême concentration du patrimoine dans l’immobilier et l’absence d’actions de sociétés cotées. Le tableau 1 récapitule la structure du patrimoine moyen des onze candidats.

Ce tableau permet de voir que l’immobilier (tous biens confondus) représente 85,6 % de leur actif brut et que les actions cotées n’en représentent que 0,7 %. Cette surpondération de l’immobilier va même très au-delà du comportement des ménages français.

En effet, selon l’Insee, l’immobilier représente 61 % du patrimoine brut des ménages (en 2014) et les actifs financiers 39 %. En moyenne, pour nos onze candidats, les actifs financiers ne représentent que 13 % de leurs actifs bruts, soit 3 fois moins que la moyenne des Français.

Peu d’assurance vie

Alors que nombreux sont les épargnants à avoir des contrats d’assurance vie, et cela pour des montants non négligeables, nos candidats n’accordent que 1,6 % de leurs actifs bruts à ce type d’actif à long terme.

Le comportement financier des candidats

Reste à analyser le comportement financier de chaque candidat. Afin de ne pas surcharger l’analyse, nous nous en tiendrons au patrimoine des cinq principaux candidats retenus par TF1 lors du débat du 20 mars 2017.

François Fillon

Avec un total d’actifs bruts de 1 180 000 euros, le candidat de la droite n’affiche pas le patrimoine le plus élevé. L’essentiel de ce patrimoine est investi en immobilier (925 000 euros) et très peu en actions cotées (34 000 euros) et en assurance-vie (37 000 euros).

Visiblement ce patrimoine n’est pas orienté vers la rentabilité ni l’optimisation fiscale à travers des montages de défiscalisation immobilière avec effet de levier. Il est globalement peu liquide et ne participe pas au financement de nos entreprises cotées.

Benoît Hamon

Avec un total d’actifs bruts de 899 000 euros, le candidat du PS n’affiche pas un patrimoine très élevé surtout si on prend en compte son endettement relativement élevé (598 000 euros). La quasi-totalité de ce patrimoine est investi en immobilier (821 000 euros) et on ne trouve aucune action cotée.

Cela peut paraître normal pour un député PS frondeur. Comme pour Fillon, ce patrimoine n’est pas orienté vers la rentabilité ni l’optimisation fiscale à travers des montages de défiscalisation immobilière avec effet de levier. Il est globalement peu liquide et ne participe pas au financement de nos entreprises cotées.

Marine Le Pen

Avec un total d’actifs bruts de 630 000 euros, la candidate du FN affiche un patrimoine inférieur à la moyenne. La presque totalité de ce patrimoine est investi en immobilier (611 000 euros) et on ne trouve aucune action cotée.

La structure de son patrimoine ne traduit ni une volonté d’optimisation fiscale à travers des investissements bénéficiant de niches fiscales ni même une volonté de participer au financement des entreprises françaises via un simple PEA.

Emmanuel Macron

Avec un total d’actifs bruts de 549 000 euros et 300 000 euros de dettes, le candidat d’En Marche affiche un patrimoine très inférieur à la moyenne. On peut du reste se demander ce qu’il a fait de ses rémunérations de banquier chez Rothschild. Ni à droite ni à gauche, Emmanuel Macron semble allergique à l’immobilier. Il est en effet le seul candidat à ne déclarer aucun bien immobilier. Est-ce pour cela qu’il veut transformer l’ISF en impôt sur l’immobilier et exclure de sa base les actions ?

La totalité de son patrimoine est composé d’actifs financiers, mais très peu en actions cotées (4.609 euros). L’essentiel se trouve logé dans des fonds divers et des livrets, un capital dormant selon ses experts. Bref, pour un ancien ministre de l’Économie on ne peut pas dire qu’il réponde aux attentes du ministre Michel Sapin sur la nécessité de renforcer les fonds propres des entreprises françaises.

Jean-Luc Mélenchon

Avec un total d’actifs bruts de 1.131 000 euros et zéro dette, le candidat de la France insoumise affiche un patrimoine supérieur à la moyenne. La quasi-totalité de ce patrimoine est investi en immobilier (1,03 million d’euros) et on ne trouve aucune action cotée, ce qui est normal pour un candidat qui dénonce en permanence l’exploitation des travailleurs par le capitalisme. Ici encore, aucune volonté d’optimisation fiscale à travers des investissements locatifs.

Si loin des entreprises…

Le fait que nos candidats à l’élection présidentielle n’investissent pas une partie significative de leur patrimoine dans les entreprises françaises est révélateur du peu d’intérêt qu’ils portent en réalité au monde de l’entreprise. S’ils géraient en direct un petit portefeuille d’actions, ils apprendraient beaucoup sur elles, leurs réussites et leurs difficultés.

Au lieu de suivre leur situation à partir de rapports, ils la vivraient pour de bon ! Ils pourraient aussi se familiariser avec la fiscalité des actionnaires, apprendre que les dividendes ne sont pas une rémunération indue, participer à des augmentations de capital, etc. Bref, ils participeraient à la vie de nos entreprises.

Quelle crédibilité pour le futur président ?

Quelle peut être la crédibilité économique du futur président, qui sera forcément l’un des onze candidats dont nous avons examiné le patrimoine, qui déclarera tôt ou tard vouloir mettre l’épargne des Français au service des entreprises alors qu’il ne le fait pas lui-même ?

Quelle pourra être la crédibilité du futur président qui prétendra défendre les entreprises françaises de l’appétit d’investisseurs étrangers et développer l’actionnariat français alors qu’il ne possède aucune action cotée ?


La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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  • Je ne pense pas que nos candidats évitent la bourse pas manqué d’intérêt, mais à cause du climat délétère qui règne dans ce pays sur l’entreprise et l’argent. Nos journalistes d’investigation guidés par Bercy auraient vite fait de trouver un vague lien permettant de semer le doute sur des mesures prise par le candidat qui auraient pu améliorer la rentabiliser de son portefeuille, sans parler de nos chroniqueurs d’état offusquant madame Michu sur le fait que notre President s’enrichi grâce aux entreprises du cac qui saignent à blanc le petit peuple au profit des nantis. Pour avoir côtoyé mes collègues américains, je suis convaincu que le meilleur moyen d’intéresser les Français à la bourse et à l’entreprise est de généraliser une partie de la retraite en épargne, type fond de pension. Il me semble qu’un seul candidat fait cette proposition.

    • On parle bien du même candidat qui avec des revenus annuels à 5 chiffres depuis presque quatre décennies n’a même pas le patrimoine d’un couple de fonctionnaires de catégorie B de la même génération au même âge ?

      Il entend gérer le pays alors qu’il n’est même pas capable de gérer son propre budget (pourtant largement conséquent (Merci le contribuable du privé !!!)) correctement ? Enfin, il doit estimer non nécessaire d’économiser puisqu’il doit penser que la spoliation est une source de revenus inépuisable …

      Au secours, s’il vous plait !

  • Il faut dire que les oeuvres d’art ne sont pas taxées à l’ISF, mais que les parts d’entreprises le sont… Et que l’immobilier est un placement bien plus sûr que les actions ou l’investissement dans des entreprises dont la valeur peut s’effondrer à tout instant…

    Ce qui n’empêche pas tous ces politiques de donner des leçons aux chefs d’entreprises, de les harceler chaque jour un peu plus avec de nouvelles obligations, de nouvelles règles et de nouvelles taxes, ou plutôt ceci explique cela… car ils sont tous ou pratiquement issus de la fonction publique ou ont fait carrière en politique depuis leur adolescence… ( les filles Le Roux sont d’ailleurs très bien parties pour…). Et ils ne connaissent absolument rien à l’économie réelle ni au monde de l’entreprise.

    • @Odidole Cela montre bien la frilosité des Français en général, et des hommes politiques en particulier, et explique la stagnation de l’économie du pays. Comment voulez-vous que des politiciens de métier, payés par les contribuables, comprennent la prise de risque inhérente à toute entreprise ?

  • Je constate que pour des gens qui grenouillent depuis des années dans les couloirs du pouvoir, ils n’ont pas vraiment de « fortune »…
    Ce qui est étonnant quand on sait qu’ils paient bien moins d’impôts que les citoyens lambda : le taux est plus faible car ils peuvent « saucissonner » leurs revenus en fonction de l’origine du revenu : si un élu à 3 mandats, il paiera ses impôts sur chacun des 3 revenus pris séparément. Un citoyen normal ne le peut pas : il doit fusionner les 3 revenus et payer l’impôt sur le total.
    Ceci dit, et en tenant compte des énormes charges prises en comptes par l’Etat (logement, transport, habillement, frais de bouche…), on se demande comment ils peuvent avoir si peu de patrimoine ???
    Soit ils cachent de l’argent
    Soit ils sont de très mauvais gestionnaires !!!

    • … soit ils ont fait l’ENA avec les inspecteurs des finances de Bercy et entre copains, on s’explique comment faire…

    • François Hollande a réussi à ne pas payer l’ISF en sous déclarant ses biens et avec ses dettes! Bravo pour la probité!

  • Les FCP ou les SICAV sont très souvent investis dans des sociétés cotées. Que le patrimoine financier de certains soit principalement constitué de fonds ne signifie pas qu’ils ne financent pas l’activité économique.
    Sauf à être initié, à avoir beaucoup de temps à consacrer aux arbitrages des actions ou avoir d’excellents et téméraires conseilles financiers, l’investissement dans des fonds bien gérés est plus bénéfique pour la société, plus rentable pour l’investisseur que l’arbitrage de titres vifs…
    Donc, conclusion de l’auteur un peu rapide il me semble…

  • Au delà de cette analyse , quelle crédibilité accorder à ces patrimoines … comment imaginer un seul instant qu’avec des salaires à 4 gros chiffres ou 5 chiffres + frais ces patrimoines ridicules à leurs âges puissent être réels ? Où est notre pognon ? je suis étonné que personne ne soit plus offusqué que cela .
    Je sais que la France se paupérise et est mal à l’aise avec la notion même d’argent (même si tout le monde rêve d’en avoir plus) mais enfin un peu de bon sens suffit à comprendre que ces déclarations sont une mascarade .

    • Ne vous inquiétez pas.

      Les gens s’en offusquent. L’abstention le prouve très bien. L’exode fiscale aussi.

      Mais au delà de cela : que voulez-vous faire ?

  • On peut comprendre que certains ne souhaitent pas investir en actions de peur d’être accusés par le cabinet noir d’être des « initiés ».
    Mais ils pourraient au moins acheter des fonds ou des Sicav.

  • Je trouve normal pour un candidat de se tenir à l’écart de tout conflit d’intérêt. Ou qu’ils mettent leur argent il se retrouve bien dans le circuit économique … l’essentiel de l’économie se fait en dehors de la bourse …Enlevez vos œillères!

  • Il faut deja comprendre que le patrimoine declaré est (a part pour Poutou) qu une fraction de leur veritable fortune. Comment croire que Fillon avec plus de 20 000€/mois n arrive pas un mettre un € de coté alors qu il ne paie meme pas ses habits ?
    On a la meme chose pour Macron. Patrimoine tres reduit pour faire « peuple ». Je suppose qu il a tout mit au nom de sa femme (il faut esperer pour lu qu il ne divorce pas ;-))

    Apres c est vrai que c est deprimant de voir que nos dirigeants, a l exception notable de Macron, n investisse uniquement dans le parpaing 🙁
    Car c est surement pas ca qui va redresser la France

  • Les commentaires sont fermés.

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