Comment François Hollande prépare la victoire de Marine Le Pen

La situation politique dans laquelle nous nous trouvons à moins de 3 semaines de la présidentielle ne peut être totalement comprise sans reconstituer la tactique judiciaire du président Hollande.

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François Hollande-Inspirer le respect By: Jean-Marc Ayrault - CC BY 2.0

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Comment François Hollande prépare la victoire de Marine Le Pen

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 4 avril 2017
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Par Vincent Le Coq.

Pour comprendre la création du Parquet national Financier par François Hollande en 2013, il faut probablement remonter à la veille de l’élection de 2002.

Alors qu’Arnaud Montebourg était parvenu à réunir trente signatures de soutien à sa proposition de traduire Jacques Chirac devant la Haute Cour de justice, dans l’affaire des HLM de Paris, les hiérarques du Parti socialiste, au premier chef le Premier secrétaire, François Hollande, s’étaient opposés avec la dernière énergie à cette initiative.

Un pacte de non-agression avait à l’époque été noué entre le Premier ministre, qui ne cherchait pas à pousser les feux s’agissant des affaires cernant le président de la République et ce dernier qui faisait de même s’agissant de l’affaire de la Mnef mettant en cause l’entourage de Lionel Jospin.

Le coup de tonnerre du 21 avril

Le refus constant du Premier ministre de se servir de l’arme judiciaire dans son combat politique contre Jacques Chirac avait abouti au « coup de tonnerre » du 21 avril, selon les termes d’un Lionel Jospin défait dès le premier tour et conduit à quitter la vie politique.

Il est habituel de comparer le jeu d’échecs et la politique. Dans une partie d’échecs- tout pousseur de pion le sait- il est judicieux de sacrifier un pion pour un cavalier, une tour pour la reine, la reine pour le roi. En sacrifiant Jérôme Cahuzac et plus récemment Bruno Le Roux sur l’autel de la probité, François Hollande apparaît comme respectueux de l’institution judiciaire et garant de l’indépendance de la justice, même si l’on sait depuis un livre de confidences qu’il n’a que mépris pour les magistrats.

Pourquoi le PNF

S’agissant d’un homme qui a accepté de se faire passer en 1983 pour Caton, dans la manipulation mitterrandienne de l’opinion, et travaillé à la même époque dans l’ombre à l’émergence et au développement de SOS Racisme lorsque François Mitterrand a abandonné le social pour le racial, il est permis de penser que François Hollande pouvait, en créant le PNF ne pas seulement viser la moralisation de la vie politique.

Dès 2013, François Hollande peut raisonnablement considérer que le candidat de l’opposition sera Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé. François Hollande n’ignore pas que la probité n’est le point fort d’aucun des deux leaders de l’opposition. Alain Juppé a été condamné pénalement et Nicolas Sarkozy- notamment avec l’affaire de l’appartement de l’île de la Jatte et l’affaire Bettencourt- aurait dû l’être à deux reprises au moins et pourrait être l’objet de nouvelles procédures.

Faire diversion

Quel qu’il soit, avec un PNF réactif et un juge d’instruction dynamique, il doit être possible de rendre inaudible le candidat désigné par l’opposition, ce qui permet de faire diversion et de taire le programme de poursuite du démantèlement de l’Etat-providence du candidat du PS tout en faisant silence sur le bilan d’un quinquennat calamiteux.

Le piège imaginé contre les favoris fonctionne à merveille contre l’outsider.

François Fillon est un homme à l’évidence cupide : invitation de dictateurs, comme à Noël 2010 dans l’Égypte de Moubarak, prêt d’une Ferrari par Luca di Montezemolo, lors de ses vacances en Toscane en 2009, costumes sur mesure offerts par un homme de la France Afrique (puis « rendus »), montres de prix, prêts sans intérêts de milliardaires amis, usage immodéré des avions de la République, que ce soit pour regagner son château, passer des vacances au Maroc, ou encore inaugurer un TGV- sans aucun souci d’exhaustivité.

Fillon et la présomption d’innocence

François Fillon est peut-être en outre un homme profondément malhonnête : présomptions de détournements de fonds publics au Sénat, présomption de détournements et recel de détournements de fonds publics au sein de la PME Fillon, présomption de trafic d’influence avec sa société 2 F conseils, spécialisée dans le conseil pour tous dans tous les domaines ou peu s’en faut, sans souci d’exhaustivité aucun – ce qu’il appartiendra à la justice d’établir.

S’il peut en droit se prévaloir de la présomption d’innocence, François Fillon voit son image écornée chaque jour un peu plus.

Contrairement à l’espoir longtemps entretenu, le candidat bénéficiaire de cette belle mécanique n’est pas François Hollande, mais son héritier, Emmanuel Macron, lequel dispose d’un soutien massif des médias et des instituts de sondage. Il semble toutefois plus délicat de forger un homme d’État en quelques semaines que de vendre une savonnette. Et, malgré les push polls, le vote pour l’ancien banquier, ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée, ancien ministre des Finances de François Hollande, apparaît extrêmement fragile.

Une grande marge d’incertitude

Alors que, si l’on en croit les instituts de sondage, François Fillon recueillerait encore 20 % des intentions de vote avec un taux de certitude de 70 %, les 26 % d’électeurs d’Emmanuel Macron ne sont certains de voter pour lui qu’à 50 %. À ce stade, François Fillon dispose de 14 % d’électeurs sûrs de leur vote, mais Emmanuel Macron est derrière, avec seulement 13 %. La marge d’incertitude étant de deux points, aucune conclusion définitive ne peut être tirée à ce stade.

Depuis la parution du Canard enchaîné, le 25 janvier dernier, François Fillon est l’objet d’une campagne de presse, et d’une procédure judiciaire- chacune entretenant l’autre- qui le décrit comme un voleur, un bandit, un voyou, un gredin. Dans ce contexte, il est permis de se demander si, en cas duel Marine Le Pen-François Fillon au second tour, il serait possible pour le Parti socialiste et plus largement « la belle alliance », de rejouer efficacement 2002 en appelant à voter pour « l’escroc contre le facho ».

À l’inverse, il est difficile d’imaginer que l’électorat de la « droite républicaine » qui aura l’impression que la victoire lui a été volée par un dénigrement systématique de son champion, votera massivement pour Emmanuel Macron.

Un faible report des voix des électeurs de gauche en faveur d’un François Fillon totalement déconsidéré ou des électeurs de droite au profit d’un Emmanuel Macron bénéficiaire d’une manœuvre déloyale, pourrait alors déboucher sur l’élection de Marine Le Pen. On se retrouverait alors dans la situation d’un piège qui aurait parfaitement fonctionné- le discrédit médiatico-judiciaire du candidat de la droite républicaine- mais pas précisément pour le résultat escompté.

Vincent Le Coq est l’auteur de Impunités. Une justice à deux vitesses, Nouveau monde édition, février 2017.

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  • un, qui se permet de juger avec son esprit totalement français ( petit). Quelle preuve matérielle à t il pour affirmer ses accusations. D’accord, Hollande est machiavel, mais un portrait aussi négatif de Fillon s n’a rien d’objectif. Concernant le vol d’argent public, renseignez vous sur l’enveloppe allouée pour les assistants parlementaires. Lorsque l’on est homme politique , on n’a pas le droit, ni d’exercer une autre profession, place aux fonctionnaires, ni avoir d’ami, seulement des pauvres, sûre de ne pas avoir de cadeaux, chacun peut se faire payer un verre, on offre selon nos moyens.

    • Crunch,
      Je vous remercie de votre commentaire, mais il faut un peu gagner en précision :

      – « Lorsque l’on est homme politique , on n’a pas le droit, ni d’exercer une autre profession ». La règle à laquelle vous faites référence concerne les parlementaires et pas « les hommes politiques » en général. La règle n’interdit que les activités nouvelles. C’est pourquoi François Fillon avait immatriculé sa société deux semaines avant son élection;
      – « ni avoir d’ami, seulement des pauvres, sûre de ne pas avoir de cadeaux ». Les règles sur le financement politiques limitent les dons à des candidats à 4 600 euros (http://www.vie-publique.fr/actualite/dossier/presidentielle-2017/financement-campagne-electorale.html).
      Offrir des costumes, qui sont portés lors d’une campagne, mettre à disposition un avion, une voiture avec chauffeur etc… pour un montant supérieur à la limite autorisée s’analyse, en droit, comme un financement illégal.

      Mais vous m’apprenez qu’un esprit totalement français est toujours « petit ». J’ai donc une vague idée de votre nationalité…

      • @Vincent Le Coq « François Fillon avait immatriculé sa société deux semaines avant son élection ». Et alors ? C’est interdit ? Non. C’est immoral ? Je ne vois pas en quoi se doter d’une activité économique en plus de sa vie politique est spécialement répréhensible. A-t-il utilisé son activité de conseil pour faire du trafic d’influence ? C’est plus douteux. Vous ne faites que contribuer à propager l’idée que « faire du conseil, c’est mal », qui est l’argument du Camp du Bien.
        Je ne vois pas en quoi être fonctionnaire et faire de la politique serait, dès lors, une meilleure garantie contre la corruption.
        Donc, soit on interdit le cumul de toute autre forme de profession avec un mandat politique, ce que je trouve profondément absurde, soit on l’accepte et l’on procède à un vrai contrôle : continu et généralisé (et non « ciblé » et « au moment des élections », suivez mon regard…).

        • @Elmar,
          Un peu d’honnêteté (intellectuelle) ne nuit pas.

          Crunch écrit : « Lorsque l’on est homme politique , on n’a pas le droit, ni d’exercer une autre profession ».
          Je lui répond : Non, un parlementaire peut continuer à exercer une activité professionnelle, à la condition que celle-ci précède son élection. Et je précise : « François Fillon avait immatriculé sa société deux semaines avant son élection »

          Vous rétorquez : « Et alors ? C’est interdit ? Non. »
          En réalité, l’immatriculation est intervenue onze jours avant l’élection… Cela ressemble beaucoup à un contournement du droit. Pourquoi tant de précipitation?

          Vous continuez : « A-t-il utilisé son activité de conseil pour faire du trafic d’influence ? C’est plus douteux »
          Je n’avais absolument pas abordé cet aspect dans ma tribune. Puisque vous le faites, en effet, la société 2 F conseils appelle de la part de François Fillon quelques explications.

          Son objet est particulièrement vaste, pour ne pas écrire flou : L’entreprise, d’après ses statuts, a pour objet social « le conseil, l’assistance, la formation, la réalisation d’études, de veille, d’audits, d’analyses ou de prestations (…) » en faveur « de toute personne physique (…), personne morale (…), tout Etat et de tout organisme international européen, national, étatique, régional, départemental, municipal ou local (…) » Bref, tout. Or François Fillon, qui a certainement une intelligence considérable est le seul salarié de la structure. C’est donc un spécialiste en tout. L’autre dénomination du bon à rien.

          François Fillon refuse de donner la liste de ses clients. Or, selon les informations parues dans une presse encore libre, sa société a notamment pour client :
          – une société dont l’objet est le conseil. C’est en soi déjà assez curieux. Singulièrement en raison des liens entre le PDG de ladite société et François Fillon;
          – un homme d’affaires libanais qui aurait obtenu un rendez-vous avec Poutine contre 50 000 € (si tel est le cas, il s’agit de trafic d’influence. Il appartiendra à la justice de trancher);
          – AXA pour 200 000 €. Or François Fillon se propose de privatiser une partie de la sécurité sociale (création du général de Gaulle). L’ombre du trafic d’influence à nouveau.

          Alors, oui en effet, lorsque celui-ci confine fréquemment à du trafic d’influence, « faire du conseil, c’est mal » C’est d’ailleurs réprimé par le code pénal.

          Vous concluez : « Je ne vois pas en quoi être fonctionnaire et faire de la politique serait, dès lors, une meilleure garantie contre la corruption ».
          « Fonctionnaire » est un terme très général. Le droit distingue la fonction publique Etat, la fonction publique locale, la fonction publique hospitalière, la fonction publique internationale (sous distinction, européenne) et la magistrature. Tous les emplois des différentes fonctions publiques ne sont pas également exposés au risque de corruption.

          Votre conclusion ne peut qu’appeler l’adhésion de ma part, puisque vous reprenez le principe d’égalité exprimé par l’article 1er de la DDH de 1789.

          • – sur l’immatriculation de sa société : pour vous « cela ressemble à un contournement du droit. Pourquoi tant de précipitation ? » La réponse est dans la question. 11j plus tard il ne pouvait plus le faire, il l’a fait tant que c’était légal. Le droit n’interdit pas de le faire lorsqu’on est candidat à une élection. Si ça vous choque j’en suis désolé, mais c’est légal. Point barre.
            – sur l’objet « particulièrement flou » de sa société : n’importe quel comptable ou avocat qui vous accompagne à la création de société vous recommande d’avoir l’objet social le plus large possible (vous préférez dire « flou », libre à vous), tout simplement parce que c’est dans l’intérêt de la société et des affaires. On vous l’explique à l’université, et on vous l’explique à nouveau lorsque vous créez votre entreprise. Ca vous choque ? Là encore, c’est parfaitement légal.
            – sur les clients de Fillon : là encore, pardon de vous le dire mais êtes dans les élucubrations. Si Francois Fillon a fait usage de son carnet d’adresses pour décrocher un rendez-vous avec Poutine, en supposant l’homme d’affaires est assez stupide pour payer une telle somme pour un simple rendez-vous, c’est il me semble aux Russes de le mettre en accusation pour trafic d’influence. Je ne vois pas en quoi cela pénalise les affaires de la France. Concernant AXA, là encore rien n’est établi, et quand bien même cette mission l’aurait amené à se persuader que la privatisation de la sécu est nécessaire, je ne peux qu’être d’accord avec cette conclusion. Et ce n’est pas de Gaulle qui a créé la sécu. Et là encore, ce ne serait pas une raison pour en faire une relique irréformable et inattaquable.
            – enfin, merci pour la leçon sur les fonctions publiques, je connais les classiques 🙂 Prenons le cas d’une infirmière. En quoi une infirmière devenue députée serait-elle insoupçonnable de corruption, de conflits d’intérêts (par exemple en défendant systématiquement des augmentations budgétaires, ou en militant pour des efforts plus grands pour les cliniques que pour l’hôpital public) ? Alors certes, elle a a priori des relations moins influentes qu’un ancien Premier ministre. Cela ne fait ni d’elle ni de lui des saints ou des escrocs a priori.

            • @ Elmar,
              Vous vous en tenez à l’aspect formel, en évitant d’analyser le contexte et surtout la réalité des faits, pour déduire la légalité des activités franchement douteuses de votre champion.

              « – sur l’immatriculation de sa société : (…) 11j plus tard il ne pouvait plus le faire »
              L’esprit de la loi est que seule une activité antérieure à l’élection peut être poursuivie par un député.
              On est donc d’accord. La société de François Fillon n’avait aucune activité de conseil avant l’élection. Il n’a poursuivi aucune activité antérieure.

              -Sur l’objet « Là encore, c’est parfaitement légal. »
              Oui. Formellement, il est possible à tout citoyen de créer une société dont l’objet est de faire « toutes activités dans tous domaines et opérations connexes ».
              Ici, il ne s’agit pas d’apprécier la légalité d’une entreprise lambda crée par un citoyen ordinaire mais de celle d’un ancien Premier ministre qui se trouve être candidat à la présidence de la République.

              Un certain nombre de limites sont nécessairement posées. Notamment toutes celles qui conduisent un potentiel présidence de la République à entretenir des relations avec un pays tiers, susceptibles de conduire à la subordination des intérêts de la France.
              L’objet social de 2 F Conseils vise  » toute personne physique (…), personne morale (…), tout Etat ». Ce serait légal pour une entreprise lambda. Pas pour l’entreprise de François Fillon.

              -Sur les clients de 2 F Conseils : « (vous) êtes dans les élucubrations ». C’est un peu faible.
              Comme vous, François Fillon refuse de s’expliquer. Il a tort car il accrédite l’idée qu’il cache des choses inavouables.

              Le rendez-vous avec Poutine : « il me semble aux Russes de le mettre en accusation pour trafic d’influence » Non. En droit, une infraction commise par un Français vis-à-vis du code pénal français doit être jugée en France.

              AXA. François Fillon démantèle une fraction de la Sécurité sociale au profit d’un de ses clients. C’est la définition exacte du trafic d’influence. « Est puni de dix ans d’emprisonnement et de 150000 euros d’amende le fait, par une personne dépositaire de l’autorité publique, chargée d’une mission de service public, ou investie d’un mandat électif public, de solliciter ou d’agréer, sans droit, à tout moment, directement ou indirectement, des offres, des promesses, des dons, des présents ou des avantages quelconques :
              1º Soit pour accomplir ou s’abstenir d’accomplir un acte de sa fonction, de sa mission ou de son mandat ou facilité par sa fonction, sa mission ou son mandat ;
              2º Soit pour abuser de son influence réelle ou supposée en vue de faire obtenir d’une autorité ou d’une administration publique des distinctions, des emplois, des marchés ou toute autre décision favorable. » (article 432-11 C. pénal)

              « Et ce n’est pas de Gaulle qui a créé la sécu. » Examinons ce qu’écrit à ce sujet la fondation Charles de Gaulle : « Création de la Sécurité sociale en 1945 » (par le gouvernement provisoire de la République française (GPRF), dirigé par un certain Charles de Gaulle) (http://www.charles-de-gaulle.org/pages/espace-pedagogique/le-point-sur/contextes-historiques/la-france-de-la-reconstruction-1945-1946.php).

              Charles de Gaulle considérait que la Seconde guerre mondiale avait une cause sociale et qu’une solution sociale était la bonne réponse à apporter.

              « ce ne serait pas une raison pour en faire une relique irréformable et inattaquable ». Enrichir les riches au détriment des Français n’est pas un projet très gaullien. C’est celui de votre champion. Je me borne à le constater pour le déplorer.

              Rien sur les liens entre René Ricol et François Fillon. Le retour d’ascenseur est en effet ici difficilement contestable. Il appartiendra à la justice de faire toute la lumière.

              Vous peinez un peu sur les fonctions publiques. Vous aviez initialement écrit : « Je ne vois pas en quoi être fonctionnaire et faire de la politique serait, dès lors, une meilleure garantie contre la corruption. » Je me suis limité à souligner que la généralité du propos interdisait le débat.

              Imaginer que la situation d’un ancien Premier ministre qui gratte sur tout pour améliorer- légalement ou non- son train de vie soit comparable à celle d’une infirmière qui se dévoue pour les plus fragiles est tout simplement obscène.

              Enfin, j’observe que vous ne contestez pas la réalité des dépassements par la France du mandat de l’ONU en Libye (il s’agit d’autant de crimes de guerre).

              Vous avez donc en définitive raison. Que François Fillon soit ou non un homme cupide et au-delà un voyou est en effet secondaire au regard de ces derniers crimes. Il est à cet égard regrettable que le TPI se saisisse seulement des crimes commis par des dictateurs exotiques déchus.

              • OK. Donc vous, vous êtes juge et, détenteur de toutes les pièces du/des dossier(s) vous permettant de déterminer ce qui est légal ou pas, vous avez rendu votre verdict : Fillon est un être immonde, aux ordres du grand capital, vénal, et accessoirement coresponsable de crimes de guerre (!). Un être aussi ignoble aurait, je crois, choisi un programme plus facile pour se faire élire que la potion amère décrite par tous ses concurrents depuis des mois.
                Vous me reprochez de ne pas analyser le contexte et la réalité des faits, mais j’observe que vous vous détachez bien aisément de la réalité pour émettre des jugements sans réels fondements (au mieux, des faisceaux de présomptions), et que vous oubliez le contexte de l’élection présidentielle dans nos échanges alors que votre article argumente en faveur de l’existence d’une stratégie délibérée de Hollande de mettre la panique dans l’élection, stratégie qui est en train de lui échapper. Un peu contradictoire de mon point de vue.
                Je ne suis pas l’avocat de Fillon et je n’ai aucune certitude sur sa parfaite honnêteté. Mais affirmer qu’il est « un homme cupide » et « un voyou », que la France a commis « des crimes de guerre » en Libye, cela vous place me semble-t-il au-delà des limites de l’argumentaire raisonnable.
                Une dernière petite remarque sur le train de vue d’un ancien PM vs une infirmière (qui n’était pas mon propos, j’argumentais sur la possibilité de corruption ou de conflit d’intérêt, ce n’est pas exactement la même chose) : classeriez-vous les gens sur une échelle gentil/méchant en fonction de leur profession ? Une infirmière est par définition « gentille », dévouée, désintéressée ? Cela me semble un peu réducteur et léger. Les infirmières ont généralement des qualités d’attention aux autres, de compassion, et une forme de dévouement bien sûr. Placées en situation de pouvoir, rien ne dit qu’elles se comporteraient mieux (ou moins bien) que l’horrible Fillon que vous dépeignez. Ce n’est pas de l’obscénité de dire ça.

                • J’ai oublié de préciser, puisque vous me reprochez de ne pas faire la distinction « contextuelle » entre le cas d’un citoyen lambda et d’un ancien PM, que la loi est la même pour tous. Donc ce qui est permis au citoyen lambda est permis à un ancien PM, et inversement. La loi n’est pas à géométrie variable.

                  • @ Elmar.
                    « la loi est la même pour tous.  »
                    Précisément, au cas d’espèce, non.

                    Il existe par exemple une interdiction générale de cumul d’activités applicable aux fonctionnaires en application du statut général de la fonction publique : « l’article 25 de la loi du 13 juillet 1983 portant titre I du statut général de la fonction publique dispose : « Les fonctionnaires consacrent l’intégralité de leur activité professionnelle aux tâches qui leur sont confiées. Ils ne peuvent exercer titre professionnel une activité lucrative de quelque nature que ce soit ». » (http://www.fonction-publique.gouv.fr/archives/home20020121/lesrapportsetlespublications/cumul/rapport2.htm#L%92%E9tat%20actuel%20du%20droit%20:%20le%20principe%20de%20l%92interdiction).

                    Mais cette interdiction ne s’étend pas à tous les fonctionnaires. Les universitaires bénéficient ainsi de la possibilité de cumuls interdits aux autres fonctionnaires. « Ces activités susceptibles d’être exercées titre dérogatoire sont soumises deux conditions :
                    – une autorisation du chef de service ou la demande d’une autorité administrative ou judiciaire ;
                    – elles ne doivent pas être exercées contre l’État ou la collectivité concernée (quatrième alinéa de l’article 3 du décret-loi de 1936). » (même référence).

                    Autre différence, le statut auquel je suis soumis ne prévoit pas l’obligation de réserve à laquelle est strictement tenu un préfet.

                    Vous vous fourvoyez totalement lorsque vous écrivez : « ce qui est permis au citoyen lambda est permis à un ancien PM, et inversement »

                    Mais c’est peut être justement parce que vous avez un esprit confus et des informations erronées que vous soutenez François Fillon.

                    Je précise que mon article n’était pas dirigé contre FF. Mais comme souvent, les intervenants font dériver le débat.

                • @ Elmar,
                  Je n’avais pas vu ce post.

                  « Je ne suis pas l’avocat de Fillon et je n’ai aucune certitude sur sa parfaite honnêteté. Mais affirmer qu’il est « un homme cupide » et « un voyou », que la France a commis « des crimes de guerre » en Libye, cela vous place me semble-t-il au-delà des limites de l’argumentaire raisonnable. »

                  1. Je ne suis pas à l’origine de la définition de crime de guerre.
                  La France disposait pour intervenir en Libye d’un mandat de l’ONU. Elle l’a outrepassé. Ses dirigeants sont passibles de cette qualification. C’est le strict énoncé du droit.

                  2. Votre militantisme vous conduit à voir une contradiction dans la critique de FH et celle de FF. Il n’en est rien.

                  Mon papier porte sur une tactique qui risque de rater complètement pour avoir parfaitement réussi. C’est en effet très probablement MLP qui bénéficiera au second tour du discrédit du candidat de la droite républicaine.

                  Pour autant, un type qui participe activement à un détournement de fonds publics (en tant que membre du groupe UMP du Sénat) se fait offrir costumes, montres, voyages, se fait rembourser le coût du mariage de sa fille, les études du fils (sur fonds publics)… pour les faits reconnus et/ou avérés (et non « (au mieux, des faisceaux de présomptions) ») est, en effet, a minima un être cupide et peut-être malhonnête. Il appartiendra à la justice d’en décider.

                  3. « Les infirmières ont généralement des qualités d’attention aux autres, de compassion, et une forme de dévouement bien sûr. Placées en situation de pouvoir, rien ne dit qu’elles se comporteraient mieux (ou moins bien) que l’horrible Fillon que vous dépeignez.  »

                  FF a passé sa triste vie de triste sire à rechercher systématiquement le pouvoir et les avantages pas du tout menus qui l’accompagnent. Sa politique- qu’il s’agisse de ses cinq ans à Matignon ou de son projet pour l’Elysée- bénéficie à l’oligarchie et dégrade les conditions de vie de l’ensemble des Français.
                  Une infirmière ne vise usuellement pas le pouvoir ni à s’enrichir au détriment des autres. Sauf votre infirmière théorique.

        • @ Elmar,
          – Crunch écrit « Lorsque l’on est homme politique , on n’a pas le droit, ni d’exercer une autre profession »
          – Je lui réponds qu’il se trompe puisqu’il est possible à un parlementaire de poursuivre une activité antérieure à son élection et précise « François Fillon avait immatriculé sa société deux semaines avant son élection » En fait, onze jours, ce qui ressemble furieusement au contournement d’une prohibition.
          – Vous répliquez : « Et alors ? C’est interdit ? Non. »
          Quelle a été exactement l’activité de 2 F Conseil durant les onze jours qui séparaient l’immatriculation de l’élection?

          L’objet social de 2 F Conseil est des plus vastes : « le conseil, l’assistance, la formation, la réalisation d’études, de veille, d’audits, d’analyses ou de prestations (…) » en faveur « de toute personne physique (…), personne morale (…), tout Etat et de tout organisme international européen, national, étatique, régional, départemental, municipal ou local (…) ».
          Le seul salarié est François Fillon. Il s’estime donc compétent en tout.
          Durant ses cinq années passées à Matignon, je ne m’en étais pas rendu compte.
          Déficit de la France à son arrivée : 2, 7 %. A son départ 7, 1%.
          Augmentation de l’endettement de la France de 600 milliard d’euros.
          Financement des banques privées au niveau de leur valorisation boursière sans prise de participation de l’Etat. C’est plutôt curieux comme exemple de saine gestion…
          Atteinte à la souveraineté de la France avec la réintégration au sein du commandement intégré de l’OTAN. Pour un gaulliste revendiqué…
          Pour ne pas envisager les aspects pénaux de l’intervention en Libye…

          Qui sont les clients de 2 F Conseil ?
          François Fillon refuse de répondre.
          Selon la presse, on trouve notamment :
          – le cabinet d’expertise co-dirigé par René Ricol, ancien commissaire à l’investissement du gouvernement de François Fillon. Le cabinet conseille notamment de grandes entreprises du CAC 40. Etonnant qu’une société de conseils ait recours à une autre société de conseil, non?
          – un homme d’affaire libanais qui aurait obtenu un rendez-vous avec Vladimir Poutine contre 50 000 $. Sous réserve de l’appréciation souveraine des tribunaux, cette intermédiation s’analyse comme du trafic d’influence.
          – AXA pour 200 000 €. Or, initialement, François Fillon se proposait de défaire l’oeuvre du général de Gaulle en privatisant partiellement la Sécurité sociale, au profit d’AXA et consorts. Un juge sourcilleux pourrait analyser cette proposition comme du trafic d’influence.

          Vous concluez : « Vous ne faites que contribuer à propager l’idée que « faire du conseil, c’est mal », » En effet, pour un homme politique, monnayer son carnet d’adresse est constitutif d’une infraction pénale.

          Mais libre à vous de voter pour un homme qui, gagnant 22 000 euros par mois ne parvient pas à mettre d’argent de côté (http://lelab.europe1.fr/video-francois-fillon-explique-quil-narrive-pas-a-mettre-dargent-de-cote-3218834). Un bien piètre gestionnaire.

  • Plus je lis d’articles sur la présidentielle, plus j’ai l’impression qu’il y a des promo au marché aux poissons ! Nous allons avoir 11 « champions » pour un seul poste ! On se croirait même presque dans « Nouvelle Star » ! Il ne manque que les appels de soutiens aux candidats facturés une fortune.
    La plupart des articles que je lis sur la présidentielle vont toujours dans le sens où il faut voter pour le « moins pire de tous », et c’est aussi ce que j’entends comme intentions de vote autour de moi. Si aucun candidat ne correspond, alors on ne vote pour personne, en votant blanc, ou on ne vote pas.

    • « en votant blanc » : évidemment il faut que le vote blanc soit pris en compte en tant que tel, et non comme un vote nul. Ce qui n’est pas le cas depuis quelques élections.

    • Avec un système électoral aussi étriqué et des candidats pareils, la seule option est de ne pas voter.
      Voter blanc revient bel et bien à cautionner le fait que notre voix ne sera pas prise en compte dans les suffrages exprimés, mais sert juste d’exutoire. Le vote, ce n’est pas ça.
      Jouer à un jeu dont les règles sont truquées et râler contre ces règles ne sert à rien : la seule position libre et responsable est de ne pas jouer.

      • @PukuraTane
        « Avec un système électoral aussi étriqué et des candidats pareils, la seule option est de ne pas voter. » Vous avez raison. Le système de vote est complètement arrangé par les « élus précédents et/pour les improbables potentiels »
        C’est la raison pour laquelle je n’irai pas voter. Quand je dis que je n’irai pas voter afin de ne pas participer à cette mascarade, j’ai droit à des regards de travers, vu que du coup, je suis « un mauvais citoyen », qui « fait le jeu du F.N ».

  • Les commentaires sont fermés.

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