Comment François Hollande prépare la victoire de Marine Le Pen

François Hollande-Inspirer le respect By: Jean-Marc Ayrault - CC BY 2.0

La situation politique dans laquelle nous nous trouvons à moins de 3 semaines de la présidentielle ne peut être totalement comprise sans reconstituer la tactique judiciaire du président Hollande.

Par Vincent Le Coq.

Pour comprendre la création du Parquet national Financier par François Hollande en 2013, il faut probablement remonter à la veille de l’élection de 2002.

Alors qu’Arnaud Montebourg était parvenu à réunir trente signatures de soutien à sa proposition de traduire Jacques Chirac devant la Haute Cour de justice, dans l’affaire des HLM de Paris, les hiérarques du Parti socialiste, au premier chef le Premier secrétaire, François Hollande, s’étaient opposés avec la dernière énergie à cette initiative.

Un pacte de non-agression avait à l’époque été noué entre le Premier ministre, qui ne cherchait pas à pousser les feux s’agissant des affaires cernant le président de la République et ce dernier qui faisait de même s’agissant de l’affaire de la Mnef mettant en cause l’entourage de Lionel Jospin.

Le coup de tonnerre du 21 avril

Le refus constant du Premier ministre de se servir de l’arme judiciaire dans son combat politique contre Jacques Chirac avait abouti au « coup de tonnerre » du 21 avril, selon les termes d’un Lionel Jospin défait dès le premier tour et conduit à quitter la vie politique.

Il est habituel de comparer le jeu d’échecs et la politique. Dans une partie d’échecs- tout pousseur de pion le sait- il est judicieux de sacrifier un pion pour un cavalier, une tour pour la reine, la reine pour le roi. En sacrifiant Jérôme Cahuzac et plus récemment Bruno Le Roux sur l’autel de la probité, François Hollande apparaît comme respectueux de l’institution judiciaire et garant de l’indépendance de la justice, même si l’on sait depuis un livre de confidences qu’il n’a que mépris pour les magistrats.

Pourquoi le PNF

S’agissant d’un homme qui a accepté de se faire passer en 1983 pour Caton, dans la manipulation mitterrandienne de l’opinion, et travaillé à la même époque dans l’ombre à l’émergence et au développement de SOS Racisme lorsque François Mitterrand a abandonné le social pour le racial, il est permis de penser que François Hollande pouvait, en créant le PNF ne pas seulement viser la moralisation de la vie politique.

Dès 2013, François Hollande peut raisonnablement considérer que le candidat de l’opposition sera Nicolas Sarkozy ou Alain Juppé. François Hollande n’ignore pas que la probité n’est le point fort d’aucun des deux leaders de l’opposition. Alain Juppé a été condamné pénalement et Nicolas Sarkozy- notamment avec l’affaire de l’appartement de l’île de la Jatte et l’affaire Bettencourt- aurait dû l’être à deux reprises au moins et pourrait être l’objet de nouvelles procédures.

Faire diversion

Quel qu’il soit, avec un PNF réactif et un juge d’instruction dynamique, il doit être possible de rendre inaudible le candidat désigné par l’opposition, ce qui permet de faire diversion et de taire le programme de poursuite du démantèlement de l’Etat-providence du candidat du PS tout en faisant silence sur le bilan d’un quinquennat calamiteux.

Le piège imaginé contre les favoris fonctionne à merveille contre l’outsider.

François Fillon est un homme à l’évidence cupide : invitation de dictateurs, comme à Noël 2010 dans l’Égypte de Moubarak, prêt d’une Ferrari par Luca di Montezemolo, lors de ses vacances en Toscane en 2009, costumes sur mesure offerts par un homme de la France Afrique (puis « rendus »), montres de prix, prêts sans intérêts de milliardaires amis, usage immodéré des avions de la République, que ce soit pour regagner son château, passer des vacances au Maroc, ou encore inaugurer un TGV- sans aucun souci d’exhaustivité.

Fillon et la présomption d’innocence

François Fillon est peut-être en outre un homme profondément malhonnête : présomptions de détournements de fonds publics au Sénat, présomption de détournements et recel de détournements de fonds publics au sein de la PME Fillon, présomption de trafic d’influence avec sa société 2 F conseils, spécialisée dans le conseil pour tous dans tous les domaines ou peu s’en faut, sans souci d’exhaustivité aucun – ce qu’il appartiendra à la justice d’établir.

S’il peut en droit se prévaloir de la présomption d’innocence, François Fillon voit son image écornée chaque jour un peu plus.

Contrairement à l’espoir longtemps entretenu, le candidat bénéficiaire de cette belle mécanique n’est pas François Hollande, mais son héritier, Emmanuel Macron, lequel dispose d’un soutien massif des médias et des instituts de sondage. Il semble toutefois plus délicat de forger un homme d’État en quelques semaines que de vendre une savonnette. Et, malgré les push polls, le vote pour l’ancien banquier, ancien secrétaire général adjoint de l’Élysée, ancien ministre des Finances de François Hollande, apparaît extrêmement fragile.

Une grande marge d’incertitude

Alors que, si l’on en croit les instituts de sondage, François Fillon recueillerait encore 20 % des intentions de vote avec un taux de certitude de 70 %, les 26 % d’électeurs d’Emmanuel Macron ne sont certains de voter pour lui qu’à 50 %. À ce stade, François Fillon dispose de 14 % d’électeurs sûrs de leur vote, mais Emmanuel Macron est derrière, avec seulement 13 %. La marge d’incertitude étant de deux points, aucune conclusion définitive ne peut être tirée à ce stade.

Depuis la parution du Canard enchaîné, le 25 janvier dernier, François Fillon est l’objet d’une campagne de presse, et d’une procédure judiciaire- chacune entretenant l’autre- qui le décrit comme un voleur, un bandit, un voyou, un gredin. Dans ce contexte, il est permis de se demander si, en cas duel Marine Le Pen-François Fillon au second tour, il serait possible pour le Parti socialiste et plus largement « la belle alliance », de rejouer efficacement 2002 en appelant à voter pour « l’escroc contre le facho ».

À l’inverse, il est difficile d’imaginer que l’électorat de la « droite républicaine » qui aura l’impression que la victoire lui a été volée par un dénigrement systématique de son champion, votera massivement pour Emmanuel Macron.

Un faible report des voix des électeurs de gauche en faveur d’un François Fillon totalement déconsidéré ou des électeurs de droite au profit d’un Emmanuel Macron bénéficiaire d’une manœuvre déloyale, pourrait alors déboucher sur l’élection de Marine Le Pen. On se retrouverait alors dans la situation d’un piège qui aurait parfaitement fonctionné- le discrédit médiatico-judiciaire du candidat de la droite républicaine- mais pas précisément pour le résultat escompté.

Vincent Le Coq est l’auteur de Impunités. Une justice à deux vitesses, Nouveau monde édition, février 2017.