Bitcoin, garde-fou d’une tyrannie fiscale ?

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Bitcoin, garde-fou d’une tyrannie fiscale ?

Publié le 2 avril 2017
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Un article de l’École de la liberté.

On a beaucoup écrit sur la crypto-monnaie numérique bitcoin, et il n’est pas rare que l’attention portée à la conception technique de cette innovation1 nous empêche de prendre suffisamment de recul sur sa portée plus large en matière économique, politique et sociétale.

Dans la série de vidéos consacrées aux conséquences de la révolution numérique pour l’État et les pouvoirs publics, l’École de la Liberté publie une vidéo de Pierre Schweitzer consacrée à Bitcoin et dans laquelle il rappelle quelques implications prévisibles de cette innovation pour l’État dans un futur proche.

La monnaie-papier gérée par l’État

L’apparition des monnaies-papier et des produits bancaires, deux outils au service du développement fulgurant du commerce dans les siècles passés, a imposé la présence d’un tiers de confiance. Pour l’édition d’une monnaie papier il s’agit de l’État qui décide alors de la gestion plus ou moins rigoureuse de sa monnaie, avec les dérives que cela a souvent provoqué : croissance excessive de la masse monétaire et inflation consécutive.

Pour l’échange de valeur par jeu d’écritures, une manière de s’affranchir des inconvénients pratiques de l’argent liquide,  la banque est là pour garantir la validité du paiement effectué et offrir au porteur de valeur des instruments pratiques pour dépenser son argent. Mais les banques étant soumises légalement à l’État, de graves dérives ont émaillé le fonctionnement du système, comme la spoliation légale des épargnants chypriotes ou le mal-investissement encouragé par l’administration américaine à l’origine de la crise des subprimes à l’automne 2007. Il n’existait jusqu’à récemment aucun moyen de décentraliser ces systèmes pour se passer du tiers de confiance et des inconvénients liés.

Bitcoin a changé la donne

Par son architecture technique reposant sur la validation collective des transactions par la cryptographie, avec un risque de fraude extrêmement limité, la monnaie du même nom marque une étape historique dans l’histoire de la monnaie. C’est la première fois que deux individus peuvent échanger de la valeur de manière fiable sans devoir recourir à un tiers de confiance : la confiance est dans l’ADN du système Bitcoin.

Il est également important de noter que l’émission monétaire y est strictement régulée dans sa conception même : le nombre de bitcoins total sera de 21 millions et pas un de plus, émis à un rythme constamment réajusté pour s’adapter au volume de transactions en attente, puisque l’émission de nouveaux signes monétaires n’existe que pour récompenser le travail des « mineurs », soit les individus ou groupements qui mettent à disposition de la puissance de calcul informatique pour authentifier les transactions. La tendance naturelle de la monnaie bitcoin est donc résolument déflationniste, et les possesseurs de bitcoins voient leur pouvoir d’achat augmenter avec le temps.

Tout cela est à l’opposé de ce que nous connaissons actuellement. Aujourd’hui les banques centrales subissent une pression politique des États pour émettre toujours plus de monnaie, dans une vision de relance keynésienne. Les taux d’intérêt, au lieu de se fixer naturellement, sont décidés d’en haut et sont actuellement au plus bas. Heureuse conjoncture pour les gouvernements qui peuvent ainsi financer à bon compte la croissance continue des dépenses publiques par de la dette. L’obligation pour les agents économiques d’utiliser les monnaies à cours légal permet à ce système tout entier orienté vers le court terme et la dépense publique de se maintenir.

Bitcoin contre l’inflation de dépense publique

Imaginons un monde où les individus pourraient recourir aux bitcoins dans la vie quotidienne. L’État ne pourrait plus financer si facilement sa dépense publique, car les prêteurs comprendraient bien vite l’intérêt de posséder des bitcoins plutôt que de prêter des euros dont la valeur sera moindre au moment du remboursement.

Bien sûr nous n’avons pas encore atteint ce stade car d’une part Bitcoin est dans un flou juridique qui n’est pas de nature à rassurer les agents économiques, et d’autre part l’inflation demeure relativement maîtrisée dans les pays occidentaux. Mais tous les pays n’ont pas cette chance : ainsi les citoyens du Zimbabwe, du Venezuela ou même de l’Argentine ont déjà compris que l’utilisation de Bitcoin permet de palier les déficiences de leur État, lorsque ce dernier est incapable de maîtriser l’inflation. Le taux de pénétration de Bitcoin dans ces pays est notablement plus élevé qu’ailleurs, signe que ce dernier est prêt à prendre la place des systèmes monétaires défaillants pour redonner aux individus le pouvoir d’échanger loin de la rapacité des gouvernants.

La nature anonyme de Bitcoin, rendant très difficile l’évaluation par l’État du patrimoine en bitcoins de ses administrés, est une menace réelle pour les recettes fiscales. On pourrait y voir un risque de faillite à terme des services publics que l’État procure aux citoyens.

Mais passé un certain niveau de prélèvements obligatoires, et considérant que la quantité et la qualité des services publics est loin de s’accroitre en proportion de ces ponctions fiscales, l’existence d’une alternative, même si elle devait un jour être déclarée totalement illégale, garantira à ceux qui en prendront le risque la possibilité de se prémunir de ce qui ressemble de plus en plus à une tyrannie fiscale.

On peut donc prendre le pari suivant : à législation comparable, Bitcoin connaîtra une adoption plus large dans les pays qui ne sauront pas maîtriser leurs dépenses publiques, leur dette et leurs prélèvements obligatoires que dans les pays qui sauront garantir un fonctionnement à peu près sain.

  1. Pour mieux comprendre le fonctionnement du système Bitcoin et de la monnaie éponyme, on relira cet article de Gérard Dréan sur Contrepoints.
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  • Il est clair que les citoyens en ont marre de ces états (et annexes) « mêle-tout », de la naissance à la mort, de façon de plus en plus intrusive dans la vie privée. Il y aura une réaction vers tout système, dont le bitcoin, apte à retrouver cette individualité privée, jardin secret auquel nous tenons et que nous ne souhaitons pas être connu par d’autres, non pas qu’ilsoit « honteux », mais simplement qu’il nous soit spécifiquement réservé. D’autre part, les politiciens qui n’ont, en rien, plus de valeur que nous et que nous n’avons pas élus pour être fliqués en permanence, n’ont pas à dépasser leur seul mandat puisque nous n’avons pas le droit, en cours de chemin, deleur retirer notre confiance, ce qu’auraient sans doute apprécié des milliers de Français « regrettant, mais un peu tard, qu’on ne les y prendrais plus », ce qui est faux: ils revoteront, allumés par un nouvel et vain espoir!

  • L’auteur de cet article n’a vraisemblablement rien compris à la politique monétaire dominante ni ses fonctions et buts officieux. Dire que la dette est pilotée par les états contrôlant la banque centrale pour de la « relance keynésienne » via la dépense publique est totalement faux. Pour rappel, l’état n’a plus la maîtrise de sa monnaie, puisque celle-ci est crée par les banques privées via le mécanisme de crédit: la création monétaire est donc aujourd’hui le monopole des banques privées émettrices de crédit (les banques prêtent l’argent qu’elles n’ont pas avec intérêt et accroissent ainsi la masse monétaire, et la détruise lorsque les prêts sont remboursés). Les banques privées ont donc tout intérêt a ce que les états s’endettent au maximum. Or les états on besoin d’argent pour fonctionner, et cet argent ils ne peuvent le trouver qu’ auprès des banques privées disposant de suffisamment de réserves (qu’elles obtiennent en monnaie centrale au taux directeur de leur banque centrale) : elles peuvent alors prêter des sommes multiples de leur réserves (x10,x20 etc…).

    Cela fait plus de trente ans que notre Etat n’a pas voté un budget à l’équilibre, ce qui l’oblige a emprunter avec intérêt, enrichissant ainsi les banquiers privés qui ne font que tenir les écritures comptables. Le service de la dette est aujourd’hui le second poste du budget à environ 50 milliards d’euros . Une grande partie de cette dette est illégitime car correspondant aux intérêts cumulés des différentes dettes contractées par l’état, ou autrement dit au prix de l’argent monopolistique que seule les banques privées peuvent mettre en circulation (à partir de rien…) combiné a l’effet vicieux de devoir re-emprunter pour payer la dette et les intérêts précédents etc etc … La dette est insoutenable…Le peuple n’a a aucun moment été consulté pour ce qui est de l’abandon de l’état de son pouvoir régalien de création monétaire. En réalité, la désertion des pouvoirs publics vis à vis des banques et des intérêts financiers permettent justement à ces derniers ( et aux grands détenteurs de capitaux/multinationales etc…) d’exercer un « chantage à la dette » dont le but est de détruire les Etats et de déréguler le marché du travail pour leur plus grand bénéfice. De plus l’émission récente et massive d’argent central à des taux nuls voire négatifs par la BCE (mais aussi la Fed) ne profitent nullement aux états mais viennent gonfler les bulles sur les marchés d’actions, profitant là encore aux intérêts des banques privées. C’est pour cela que vos arguments concernant la préférence pour un créanciers de prêter en bitcoin plutôt qu’en monnaie fiat est fallacieux: Les banques privées contrôlent la création monétaire et celle-ci est tellement massive qu’elles se fichent bien de savoir si elles auront perdu 1 ou 2 pourcent de valeur a un instant futur, vu qu’elles auront eu le temps d’en profiter largement et d’accumuler encore plus d’argent via le casino. Aujourd’hui Bitcoin est un épiphénomène, certes prometteur, mais trop petit pour inquiéter les gros poissons…

    Et je ne vois pas comment bitcoin mettrait les Etats en faillite juste parce que ses citoyens utilisent bitcoin: Des que L’Etat voit un patrimoine augmenter sans déclaration, c’est le redressement fiscal, bitcoin ou pas bitcoin, avec saisie des biens et amendes. On ne vit pas dans un bitcoin, on ne roule pas en bitcoin, on ne s’habille pas en bitcoin, on ne produit pas en bitcoin…la matérialisation d’un actif quelconque en biens sonnants et trébuchants se repère toujours tôt ou tard. Et là on en vient à la cause de l’endettement des Etats, qui n’est pas la hausse des dépenses publiques (plutôt stables) mais plutot leur réticence a prélever plus d’impots auprès des mieux lotis : L’etat est moins rapace que complice de la vraie voracité des banquiers et des classes les plus favorisées.

    Moi je vois les choses très différemment en ce qui concerne bitcoin et les crypto-monnaies en général : je vois justement la possibilité pour un état de reprendre le contrôle de sa monnaie sous la forme d’une crypto de type bitcoin: il pourrait alors faire défaut sur ses dettes et économiser 50 milliards par an, mieux investis en infrastructures et services publics. L’émission de celle-ci directement dans les portefeuilles des citoyens seraient l’équivalent d’un revenu universel (alors financé comme une dividende monétaire), garantissant les besoins fondamentaux de chacun. De plus, on pourrait rendre la monnaie programmatiquement fondante, ce qui fixerait la politique fiscale (les trop gros portefeuille qui ne font pas circuler la monnaie voit leur crédit fondre progressivement, ce qui incite à l’investissement dans l’économie réelle plutôt que l’accumulation déraisonnable de monnaie). Grace a la blockchain, L’Etat pourrait, dans certains circonstances, très bien surveiller les patrimoines de ses administrés en cas de soupçons, puisque c’est lui qui livrerait les clés publiques et privés lors de la création d’un portefeuille électronique pseudonyme, luttant enfin efficacement contre la fraude fiscale.

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