Niger : comment réussir la libéralisation du secteur de l’électricité ?

Sans un cadre institutionnel garantissant la liberté de prix, de concurrence, et l’égalité des chances économiques, la libéralisation ne pourra remédier à la précarité énergétique au Niger.

Partager sur:
Sauvegarder cet article
Aimer cet article 0

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don

Niger : comment réussir la libéralisation du secteur de l’électricité ?

Publié le 24 mars 2017
- A +

Par Kramo Germain.
Un article de Libre Afrique

En dépit des immenses potentialités énergétiques du Niger en charbon minéral, pétrole, soleil, uranium et de potentialités hydroélectriques sur le fleuve Niger, les Nigériens ont un faible accès à l’électricité. Ainsi, le taux de couverture en électricité est de 22,7% et le taux d’accès des ménages est de 9,53%. Et quand bien même les privilégies ont accès à l’électricité, ils doivent subir la cherté des tarifs et les délestages intempestifs.

Notons en plus que, le pays est très dépendant de l’offre extérieure d’électricité car plus de 60% de la consommation d’électricité au Niger sont importés, principalement du Nigeria. Cette situation est la conséquence de plus d’un demi-siècle de monopole public marqué par des scandales de détournements de fonds de la NIGELEC. Face à un tel constat, la libéralisation est incontournable, mais quels en sont les préalables ?

La décision gouvernementale de libéraliser le secteur

Après plus de cinq décennies de monopole public, le gouvernement nigérien a décidé de libéraliser le secteur de l’électricité. En effet, réuni en conseil de ministre le 16 septembre 2016, le gouvernement a élaboré des projets de décrets pour encadrer la libéralisation du secteur de l’électricité. La libéralisation est une nécessité car elle permettra de développer l’offre pour démocratiser l’accès à l’électricité à des tarifs moins chers.

Ainsi, le gouvernement n’aura pas besoin de fixer le tarif de l’électricité à un niveau artificiellement bas sans lien avec la réalité de l’offre et de la demande d’électricité. La libéralisation permettra aussi d’assainir la gouvernance du secteur grâce à la transparence et la discipline du marché (moins d’opacité pour détourner les fonds publics). La situation de monopole a conduit à des abus dans la gestion de l’électricité au Niger. A ce propos, l’ancien directeur de la NIGELEC a été incarcéré en 2013 pour malversation et détournement des ressources de la NIGELEC.

Liberté de choix pour les consommateurs

Le principe qui soutient ce type de réforme est d’offrir aux consommateurs la liberté de choix de leurs prestataires. La finalité étant la sauvegarde du pouvoir d’achat des ménages nigériens, l’amélioration de leurs conditions de vie, l’augmentation de la compétitivité et la productivité des entreprises. Ce sont des enjeux majeurs lorsque l’on sait que, selon les statistiques de la BCEAO, en 2014 le prix de l’électricité a augmenté de 4,1% et les dépenses d’électricité font partie des dépenses qui contribuent le plus à l’évolution de l’inflation au Niger.

La libéralisation du secteur de l’électricité est donc une nécessité, mais elle ne donnera tous ses bienfaits que si certaines conditions sont respectées. D’abord, il est besoin de la consolidation de l’état de droit (justice indépendante et efficace) pour sécuriser juridiquement les transactions.

Rôle du cahier de charges

L’institution d’un cahier de charges clair et rigoureux, des appels d’offre concurrentiels, la suppression des contrats de gré à gré, la garantie de l’exécution des contrats et le règlement rapide des conflits commerciaux sont indispensables pour inspirer confiance aux investisseurs et les inciter à placer leurs capitaux dans le secteur.

Parallèlement, il est besoin d’améliorer l’environnement des affaires pour réduire les coûts et les risques d’investissements qui restent encore trop élevés et rédhibitoires. En témoigne le classement alarmant du Niger dans le rapport Doing Business 2016 mesurant la facilité des affaires, puisque le pays est classé 160ième sur 189 pays.

L’instauration de la bonne gouvernance et la transparence est un préalable pour éviter de remplacer un monopole étatique par un monopole ou un oligopole privé. Dans une telle situation les entreprises pourraient en effet profiter de leur position dominante pour dicter leur loi aux consommateurs dans la mesure où elles se partagent le marché en l’absence de toute menace concurrentielle crédible.

Importance du cadre institutionnel

Par ailleurs, il pourrait exister des pratiques d’ententes entre les fournisseurs d’électricité sur les tarifs par exemple. Par conséquent, il faudrait mettre en place un cadre institutionnel pour faire respecter la libre concurrence et la libre entrée et sortie.

Cela passe par l’institution de lois qui condamnent et sanctionnent les ententes implicites sur les prix et les pratiques anti-concurrentielles, les abus de position dominante, et mettre en place un conseil de concurrence pour juger et sanctionner ces violations. Bref, la concurrence doit être, d’une part, le garde-fou pour protéger les consommateurs contre les abus des entreprises dominantes, et d’autre part, un moyen au service d’une plus grande transparence du marché.

En ce qui concerne la fiabilité de l’approvisionnement en électricité, la transparence des tarifs et prix de l’électricité, le Niger n’est pas un bon élève. En effet, sur une échelle allant de 0 à 8, le rapport doing business 2016 attribue un score égal à zéro (0) au Niger. Donc la liberté des prix est indispensable pour la réussite de la libéralisation car sans liberté de fixation de prix par les producteurs, il n’y aura pas d’incitation suffisante pour produire, investir et innover.

Le contrôle administratif des prix

Malheureusement, l’un des projets de décret est le contrôle administratif des prix. Cette disposition doit être levée car sans liberté des prix, l’offre ne sera pas améliorée, tout simplement en l’absence d’incitation aux producteurs pour investir.

En somme, sans un cadre institutionnel garantissant la liberté de prix, de concurrence, et l’égalité des chances économiques, la libéralisation ne pourra remédier à la précarité énergétique au Niger. Le non respect de ces préalables explique pourquoi des initiatives antérieures du gouvernement nigérien pour la privatisation de la NIGELEC au milieu des années 1990 se sont soldées par un échec.

Dès lors, le gouvernement nigérien est tenu d’en tirer les enseignements pour ne pas répéter les mêmes erreurs du passé. L’exemple du Nigéria est à suivre, puisque grâce à la libéralisation du secteur depuis 2013, on note une sacrée progression dans la fourniture d’électricité grâce à l’amélioration de l’investissement privé dans le secteur.

Sur le web

Voir le commentaire (1)

Laisser un commentaire

Créer un compte Tous les commentaires (1)
  • Le pire legs que la France a laissé à ses anciennes colonies, c’est d’avoir formé au moment de l’indépendance les élites locales dans le culte de l’état.

  • Les commentaires sont fermés.

La liberté d’expression n’est pas gratuite!

Mais déductible à 66% des impôts

N’oubliez pas de faire un don !

Faire un don
4
Sauvegarder cet article

Comme chaque année les chiffres de la balance commerciale sont minorés et présentés en retirant les frais de transport du montant de nos importations. 

Les frais de transport sont pourtant une partie intégrante du coût de revient et sont répercutés sur le prix de vente au consommateur. Mais pourtant, ils sont retraités afin de les comparer aux chiffres des exportations qui, eux, n’intègrent pas les frais de transport. L’opération semble contestable… 

Les « vrais » chiffres de la balance commerciale de 2022 avaient ainsi frôlé le... Poursuivre la lecture

8
Sauvegarder cet article
« Je déteste tous les Français »

Le 3 février dernier, un immigré malien de 32 ans, Sagou Gouno Kassogue, a attaqué au couteau et blessé grièvement des passagers de la Gare de Lyon. Finalement maîtrisé par l’action conjuguée des passants, des agents de sécurité et des membres de la police ferroviaire, l’homme en garde à vue a été mis en examen pour tentative d’assassinat aggravée et violence avec armes aggravée.

Les premiers éléments de l’enquête dévoilés par le préfet de police de Paris révèlent les discours conspirationnistes d’un in... Poursuivre la lecture

La nécessité de décarboner à terme notre économie, qui dépend encore à 58 % des énergies fossiles pour sa consommation d’énergie, est incontestable, pour participer à la lutte contre le réchauffement climatique, et pour des raisons géopolitiques et de souveraineté liées à notre dépendance aux importations de pétrole et de gaz, la consommation de charbon étant devenue marginale en France.

Cependant, la voie à emprunter doit être pragmatique et ne doit pas mettre en danger la politique de réindustrialisation de la France, qui suppose une... Poursuivre la lecture

Voir plus d'articles