Élections aux Pays-Bas : mais qui est Geert Wilders ?

Geert Wilders crédits Metropolico.org (CC BY-SA 2.0)

Les élections aux Pays-Bas sont l’occasion de dresser le portrait d’un des plus influents leaders populistes en Europe.

Par Chloé Lourenço.
Un article de Trop Libre

Geert Wilders voit le jour à Venlo, une ville frontalière avec l’Allemagne, dans la province du Limbourg, une des régions les plus pauvres des Pays-Bas. Issu d’une famille catholique traditionnelle, il est fier des origines modestes de son père – « 100% néerlandaises » – qu’il met souvent en avant lors de ses meetings.  En revanche, il reste plus discret sur l’autre moitié de son arbre généalogique. Ironie du sort pour un homme qui combat ouvertement l’islam, sa mère a quitté l’Indonésie lorsque celle-ci est devenue indépendante, en 1945. Aujourd’hui, il s’agit du premier pays musulman au monde.

Il embrasse une carrière politique en 1998, sous la bannière du Parti populaire, libéral et démocrate (Volkspartij voor Vrijheid en Democratie, abrégé en VVD), le parti actuellement au pouvoir. Il ne tarde cependant pas à le quitter en 2004, jugeant ce parti trop laxiste pour diriger le pays.

Cette prise de position, radicale et extrémiste, lui vaut une protection rapprochée 24h/24h, qui s’est amplifiée avec les attentats du 11 septembre et les assassinats de Pim Fortuyn et Théo Van Gogh en 2002 et 2004. Pourtant, loin de le discréditer aux yeux du peuple hollandais, cela en fait le symbole de la liberté d’expression dans le pays. En effet, la popularité de Geert Wilders et son discours sans retenue le hissent à la 3ème place lors des dernières élections législatives en 2010, avec 16% des suffrages, même si des voix s’élèvent aux Pays-Bas, dénonçant un parti sans réel programme.

« Make the Netherlands « ours » again »

« Dé-islamiser les Pays-Bas », voilà le seul credo de Geert Wilders. Il en fait même son premier argument de campagne, prônant le retour d’une « Hollande aux Hollandais ». S’il a fait de la lutte contre les musulmans le fer de lance du PVV, sa politique est devenue, ces dernières années, de plus en plus radicale. Interdire le Coran, fermer des mosquées, interdire la double nationalité, voilà quelques idées qu’il propose de mettre en place s’il est élu.

Eurosceptique acharné, il souhaite vivement que son pays quitte tant l’UE que la zone euro, alors même que les Pays-Bas en sont un membre fondateur. Tout comme Marine Le Pen, ou Nigel Farage, l’ex leader du UKip au Royaume-Uni, Geert Wilders entend retrouver « l’indépendance » dans l’administration du pays, loin des demandes et des attentes de Bruxelles, qu’il qualifie « d’impérialistes ». Le chef du parti d’extrême-droite promet aux Hollandais une sérieuse économie et un niveau de vie plus élevé lorsqu’ils auront quitté l’UE. Tout comme son double français, il dénonce un faible retour sur investissement européen, en comparaison avec les millions d’euros que le pays donne à l’UE. Par conséquent, en Europe, nombreux sont ceux à tenter une comparaison, voire un rapprochement entre le PVV et le FN.

PVV, FN, même combat ?

Il est vrai que Marine Le Pen et Geert Wilders ont un socle d’idées communes qui les rapprochent. Tous deux s’en prennent à l’immigration et à l’islam, tous deux jugent l’UE néfaste et prônent un retour de l’État souverain. À l’image de Donald Trump, dont ils ont vivement salué l’élection le 8 novembre dernier, les deux leaders d’extrême-droite extrapolent souvent les menaces dont ils sont victimes pour en faire des périls globaux qui touchent le pays tout entier.

Outre des similitudes sur leurs idées politiques, leur situation respective dans les enquêtes d’opinions est un point de concordance non négligeable. En effet, tous deux caracolent en tête des sondages depuis le début de la campagne électorale. Aux Pays-Bas, Mark Rutte, le principal opposant de Geert Wilders retient son souffle jusqu’au scrutin.

Cependant, la comparaison s’arrête là. En Hollande, même si le chef de file du PVV a de nombreux soutiens parmi la population, il fait aussi peur à de nombreux citoyens, qui refusent de voter pour lui à cause de son côté trop extrémiste. En France, Marine Le Pen semble moins effrayante, mais aux Pays-Bas l’agacement et la lassitude face aux politiques est moins probante qu’en France. Il s’agirait donc d’un vote de contestation plus que d’adhésion, ce qui n’est pas le cas du PVV.

Si Geert Wilders est placé haut dans les intentions de vote, nul ne peut prévoir l’issue du scrutin du jour, tant les dernières séquences politiques ont prouvé l’imprévisibilité politique de notre époque. Cependant, comme l’ont fait savoir les autres partis, aucun d’entre eux ne souhaite s’associer avec lui pour former une coalition. Il est donc probable que le « Trump hollandais » ne puisse pas gouverner.

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