Rebelle, d’Alain Bagnoud

Un roman sur la quête d’un homme pour mieux connaître sa mère marquée par la révolution des mœurs.

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Rebelle, d’Alain Bagnoud

Publié le 16 mars 2017
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Par Francis Richard.

Luce choisissait ses partenaires comme le garçon le faisait avec une fille, parce qu’il avait un beau corps, des yeux charmeurs, des mollets charnus. Le physique avait de l’importance pour elle. Il fallait qu’un petit quelque chose la mette en feu. Elle assumait, elle sélectionnait, elle jetait.

Échapper aux carcans

Née en 1950, Luce, dès l’âge de raison, a voulu être libre, échapper aux carcans, aux lois des groupes. Elle est devenue la fille hippie, groupie de rockeurs, féministe, écologiste. Et cette soixante-huitarde aimait le sexe… Cela ne pouvait que mal se passer avec un père animé par le respect des traditions, l’amour de l’industrie, de la gym et de la fanfare…

Quand Luce Saint-Fleur a attendu un enfant, elle a voulu l’élever seule, sans père dans les pattes, pour qu’il soit libre comme elle. Il ne connaîtrait pas son père et son père ne saurait pas qu’il l’était. Elle dirait à cet enfant que, bien sûr, elle avait choisi le donneur, mais que c’était quelqu’un de passage, disparu, anonyme, inconnu… C’était son projet.

Portrait d’une mère

Jérôme est cet enfant. Il écrit des articles sur la musique, des piges dans des magazines spécialisés. Il a une compagne, Gloria, une actrice perverse et innocente. Il se rend à la montagne pour faire sortir le stress. Il est en effet soucieux parce que le journal qui l’emploie est en pleine restructuration et qu’il ne sait pas si son poste sera maintenu.

Jérôme fait, avec Rebelle, le portrait de sa mère à la faveur de rencontres avec des hommes qui l’ont peut-être connue, ou qui l’ont certainement connue, au sens biblique. Comme sa mère, il aime la musique et il rencontre d’abord, à la montagne, Bob Marques, dont sa mère était groupie et qui est un des plus sensibles interprètes du blues vivant.

Rencontres

Cette rencontre est essentielle pour lui, parce qu’ancien musicien lui-même dans un groupe, dont le nom Jinxed est inspiré d’un succès de Marques, il aura le privilège de l’accompagner et fera chez lui la connaissance de la fille de sa compagne Marylou, Carole. Laquelle l’intronisera dans une secte dont le gourou, Kapoff, a accès à l’Autre Monde…

Jérôme rencontre ensuite Joseph Dalin, un écrivain qui a vécu avec Luce, laquelle s’est détournée de lui après sa trahison. En fait il a été, selon lui, victime d’un acharnement médiatique après avoir écrit une critique où il vantait le talent de l’écrivain Céline : il avait été accusé de rien de moins que d’avoir craché sur Auschwitz…

La Suisse idéale

Jérôme rencontre enfin Frank Rivet, un ami de jeunesse et néanmoins rival de Joseph Dalin, qui a vécu, lui aussi, avec Luce, bien qu’ils fussent l’opposé l’un de l’autre : ancien homme politique, Frank fait sans cesse l’apologie d’une Suisse idéale, un pays à taille humaine, habité par des gens qu’on connaît, avec un fonctionnement qu’on peut contrôler.

Lequel de Bob, de Joseph ou de Frank est le père de Jérôme ? Est-ce seulement l’un d’entre eux ? Jérôme ne peut s’empêcher de se poser la question. Mais veut-il vraiment connaître la réponse ? En tout cas, ce n’est pas Luce qui la lui donnera. Alain Bagnoud prend un malin plaisir à laisser son narrateur se débattre avec ses fantasmes…

Le lecteur profite de la quête de Jérôme pour revisiter avec lui une époque qui semble bien révolue aujourd’hui : une mère pouvait penser que c’était mieux de ne pas avoir de père, que ça ouvrait l’horizon. Ça me forcerait d’assumer et de tirer de moi-même ma substance et mon identité, écrit le narrateur. Cette pensée a-t-elle vraiment disparu ?

Alain Bagnoud, RebelleEditions de l’Aire, 272 pages.

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