Décret anti-immigration de Trump : « une attaque contre la science »

Au-delà des effets que le décret anti-immigration a sur les vies de nombreux individus du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, il entraîne également de sérieuses répercussions pour la science.

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Donald Trump By: Marc Nozell - CC BY 2.0

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Décret anti-immigration de Trump : « une attaque contre la science »

Publié le 14 mars 2017
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Par Bassem Hassan.
Un article de The Conversation

Beaucoup de choses ont été écrites au sujet du décret anti-immigration signé par le président des États-Unis Donald Trump et interdisant l’entrée aux États-Unis des ressortissants de sept pays à majorité musulmane, soit plus de 200 millions d’individus. The Conversation

Ce premier décret a été invalidé par la Cour suprême des États-Unis, mais Donald Trump s’applique à le réinstaurer sous une autre forme. Pendant ce temps, des universitaires sont retenus et interrogés dans les aéroports américains, tandis que d’autres se demandent s’ils doivent annuler leur voyage prévu vers les États-Unis.

Au-delà des effets que ce décret a sur les vies de nombreux individus du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, il entraîne également de sérieuses répercussions pour la science.

L’interdiction de voyages mise en place par Donald Trump fait partie intégrante d’une idéologie plus large, en guerre avec la pensée critique et rationnelle. C’est dans cette perspective que la communauté scientifique se sent la plus concernée.

Une attaque contre les scientifiques

Les États-Unis sont aujourd’hui la plaque tournante de la recherche mondiale et une des sources principales de scientifiques et d’ingénieurs de talent. Il est difficile d’estimer le pourcentage de scientifiques actifs dans le monde formé aux États-Unis, mais il est établi qu’environ 30 à 50 % des scientifiques et ingénieurs formés aux États-Unis titulaires d’un doctorat sont d’origine étrangère.

Nombre de ces individus très talentueux retournent dans leur pays d’origine pour soutenir le développement sur le terrain. Beaucoup d’entre eux restent aux États-Unis pour devenir des chercheurs, des ingénieurs, des médecins ou des entrepreneurs soutenant ainsi l’économie américaine.

Cela peut sembler anecdotique, mais il est utile de réfléchir au fait que si le père ou la mère d’un futur Steve Jobs souhaitait entrer aux États-Unis aujourd’hui, il en serait peut-être empêché. Comme l’a souligné un panel de scientifiques et d’experts en sécurité après les attaques du 11 septembre, les États-Unis ont autant, voire plus, besoin de l’afflux de personnes que le reste du monde a besoin de pouvoir entrer sur le territoire américain.

Les étrangers au sein de l’Académie des sciences américaine

Il est particulièrement éclairant de se rappeler que déjà, en 1996, 21 % des membres de l’Académie des sciences américaine étaient d’origine étrangère… et cela sans prendre en compte les enfants de parents immigrés, nés aux États-Unis, membres de l’Académie.

Aux États-Unis se tiennent des conférences scientifiques parmi les plus importantes au monde, comme les Gordon Conferences, là où sont échangées certaines des plus grandes idées qui détermineront le futur de notre monde. Ce n’est donc pas une surprise si l’Association européenne de biologie moléculaire (European molecular biology organisation) a vivement critiqué l’interdiction de voyages et créé une plateforme sur laquelle ses membres peuvent proposer d’accueillir leurs collègues victimes de cette interdiction. Au 10 mars, 1022 scientifiques – parmi eux, bon nombre de Français – avaient déjà proposé l’accès à leur laboratoire, à un microscope, à de l’ADN de drosophile (une mouche, modèle privilégié pour réaliser des études génétiques) ou juste… un lit ! Des centres de recherche ont aussi manifesté leur solidarité, à l’image de l’Institut du Cerveau et de la Moelle épinière (ICM) auquel j’appartiens. Son invitation à été adressée à « tous les collègues qui ont besoin d’un lieu d’accueil pendant cette période difficile ».

De nombreux scientifiques se demandent désormais s’ils doivent boycotter les conférences et refuser de prendre la parole aux États-Unis, en soutien à leurs collègues bannis. D’autres pensent que cela serait contre-productif, et le débat fait rage. Les deux camps ont d’excellents arguments et la réponse n’est pas simple.

Ce qui est clair, c’est que les politiques isolationnistes et discriminatoires se poursuivent. Un boycott scientifique aurait d’importantes justifications morales et politiques, comparables à celles d’autres mouvements de boycott protestant contre les politiques discriminatoires partout dans le monde.

Une attaque contre la science

Ce décret anti-immigration est profondément nocif pour les échanges et les progrès scientifiques aux États-Unis et probablement dans le monde entier, et pas uniquement parce qu’il est sans doute basé sur des données erronées. Mais la philosophie et celle de l’administration Trump qui le sous-tend fait peser une menace plus grande encore.

Si le terme « faits alternatifs », utilisé pour légitimer des contre-vérités, est un excellent sujet pour des billets humoristiques, l’idéologie sous-jacente est, elle, loin d’être amusante.

D’un point de vue scientifique, tout cela est tragique. La science est précisément le processus consistant à générer des faits – ce que nous appelons des « données ». En science, il n’y a pas de « faits alternatifs ». Il peut y avoir des interprétations différentes d’un même fait, mais pas de faits alternatifs.

Sans confiance dans les faits, il ne peut y avoir de débat significatif sur l’interprétation des résultats et donc, pas de progrès. C’est un fait que la planète se réchauffe. C’est un fait que l’activité humaine contribue de manière significative à ce réchauffement. Les scientifiques peuvent débattre sur la façon d’appréhender ces changements et sur le modèle qui prédit le mieux les effets futurs. En revanche, ils ne sont pas en désaccord sur les faits.

L’esprit de la communauté scientifique

La science est bien plus que l’accumulation de données. Le processus d’analyse et de discussion à partir des données en fait partie intégrante. Un processus permettant une pensée rationnelle, l’ouverture du débat et l’évolution de la compréhension des choses, et non la mise en avant de préférences personnelles, de partis pris individuels et de positionnements idéologiques.

Et ce n’est pas le monopole des gens en blouse blanche, qui utilisent un langage bizarre et boivent trop de café. La science est la prérogative de toutes les personnes sur cette planète. Elle soutient la liberté d’exploration, le respect pour le débat constructif et la reconnaissance d’une idée supérieure basée sur des preuves.

C’est ce que l’attitude et les mots de l’actuelle administration américaine cherchent à discréditer.

L’interdiction de voyages imposée à certains par l’administration américaine n’est qu’un symptôme d’une attaque plus large et plus dangereuse des valeurs fondamentales de la pensée rationnelle, de la formation d’opinions basées sur des preuves et de débats productifs.

Il est particulièrement ironique que nous soyons témoins d’attaques envers des faits et des populations provenant du Moyen-Orient et d’Afrique du Nord, quand le père de la méthode scientifique n’est autre que le grand scientifique et mathématicien Ibn Al-Haytham, originaire d’une région correspondant à l’Irak actuel.

Ce n’est pas non plus une coïncidence que cette attaque compte parmi ses victimes les médias et l’autorité judiciaire.

Les valeurs mentionnées plus haut sont fondamentales pour la recherche scientifique. Elles font également partie intégrante de la démocratie d’aujourd’hui, du respect de la dignité humaine et de l’égalité. En tant que telles, elles doivent être défendues par nous tous et plus particulièrement, par les scientifiques.

Bassem Hassan, Neuroscientifique, directeur de l’équipe Développement du cerveau, Institut du Cerveau et de la Moelle épinière (ICM)

La version originale de cet article a été publiée sur The Conversation.

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  • Combien de scientifiques empêchés de se rendre aux Etats-Unis, venant de ces 7 pays, et combien de terroristes ? On doit avoir une idée précise concernant les scientifiques, (un nombre qui ne doit pas être bien lourd), mais on ne saura pas concernant les terroristes. Et c’est peut-être tant mieux.

  • Jugement erroné. Ça a été mis en place par Obama, d’une part, et d’autre part, ce n’est pas une question idéologique. Les pays concernés ne possèdent plus d’ambassades américaines, ce qui pose donc problème. En attendant de trouver une solution, il est logique que les frontières soient bloquées.
    D’autre part, faut arrêter avec la victimisation des musulmans: ni l’Indonesie, ni l’Inde, ni le Bangladesh, ni le Pakistan, ni le Nigeria ne sont concernés alors que ce sont les principaux pays « musulmans »….

  • M. Hassan n’a même pas été capable de vérifier son affirmation comme quoi la décision a été invalidée par « la Cour Suprême des Etats Unis ». Faux! Le lien qu’il donne lui-même menant à un article du New York Times explique que c’est d’abord un juge fédéral qui l’a invalidée, et qu’ensuite une cour d’appel de trois juges a confirmé la décision du juge. Quand un « auteur » commet une erreur aussi importante, le lecteur a de bonnes raisons de douter du bien-fondé du reste de l’article. Et effectivement, quand on lit preeciseement le reste de l’article, on se demande si l’auteur a toute sa tête: comment peut-on étabir quelque lien que ce soit entre une interdiction temporaire d’immigrer en provenance de six pays musulmans (sur un total de 56, rappelons-le) et les progrès de la science en général? Cet article est purement idéologique et n’a aucune valeur intrinsèque.

  • L’article de TheConversation (liens) est … absolument pas scientifique, étrange source de la part d’un scientifique. Mettre une fonction, pardon un ecriture mathematique ne signifie pas faire des maths … Il serait drôle qu’un asteroide arrive pour qu’on puisse verifier qu’il n’aura pas d’impact sur le climat étant donné que l’homme est la principale variable du climat ….

  • C’est n’importe quoi cet article, tellement bourré de faits alternatifs que je ne serais ou commencer.

    Une attaque envers la science? La science? Qui représente la science? Depuis quand c’est une entité?

    Les universités sont devenus des véritables usines à alternative fact et cela semble etre devenu accepté et encouragé. Il ne reste à peu prêt que l’ingénierie qui soit un peu épargnée et encore pour combien de temps.

    Il y a amplement de mal a dire sur Trump qui soit justifiable pas besoin de s’abaisser à cela.

  • Article incohérent se contentant d’aligner une succession d’affirmations non démontrées qui ne prouvent rien. Une démarche fort peu scientifique. Les autres commentateurs ne s’y sont pas trompés.
    Ainsi le décret incriminé ferait « partie intégrante d’une idéologie plus large en guerre contre la pensée critique et rationnelle ». Or, justement, une pensée critique et rationnelle se serait attachée à expliquer en quoi.
    Suit une étonnante énumération des succès des USA en matière de recherche scientifique, de leur énorme contribution à la formation de chercheurs du monde entier, sans que la question de chercher à comprendre pourquoi n’effleure l’auteur. On passera sur l’anecdote de Steve Jobs, dont la réussite doit bien plus à la liberté d’entreprendre qui règne encore aux USA qu’à toute autre considération. Combien d’individus empêchés de telles réussites en France et dans les autres innombrables pays socialistes ou théocratiques de la planète ?
    Suit une dissertation pas plus fondée que le reste sur l’opportunité ou non de boycotter les conférences aux USA (ou du moins de ne pas y prendre la parole, faut pas rêver).
    Plus loin, on ne sait toujours pas pourquoi le décret serait « nocif aux échanges et aux progrès scientifiques », ni en quoi la « philosophie (laquelle?) de l’administration Trump » ferait « peser une menace plus grande encore ».
    On continue sur les « faits » confondus avec l’interprétation qui en est faite.
    Suivent deux paragraphes (non démontrés, comme le reste) auxquels il se trouve que je souscris entièrement (de « La science est bien plus que l’accumulation de données » à « la reconnaissance d’une idée sur la base de preuves. »). Mais des preuves, justement, on en cherchera en vain jusqu’à la fin de cette profession de foi.

    https://www.contrepoints.org/2017/03/15/284059-protectionnisme-devaluation-reindustrialisation-3-erreurs-de-marine-pen

    Guy 16 mars 19:43

    Plutôt d’accord avec cette démonstration, à quelques détails près, notamment au sujet de l’industrie, qui est la base de tous les progrès de productivité. Sans industrie, pas de machines, pas de production de masse, pas de libération de travailleurs agricoles pour l’industrie, pas de libération de travailleurs de l’industrie pour les services, pas de prix bas, pas de salaires réels élevés, pas de libération du temps de travail pour les loisirs. Si le niveau de vie n’a pas encore complètement chuté en France, c’est grâce à ce qui nous reste d’industrie dans des domaines comme l’aviation où nous vendons encore très cher aux autres en échange de produits bon marché. Bien entendu, ce n’est pas à l’État de promouvoir l’industrie. Il lui suffit de faire respecter le droit (libéral, universel, non contradictoire).
    Par contre, un rappel m’interpelle : « Mitterrand a voulu jouer à ce petit jeu : ça n’a pas duré 3 ans. » On peut en conclure que même si les partisans d’une sortie de l’Euro le sont pour de mauvaises raisons, ce serait une excellente chose (et un miracle) s’ils tenaient leur promesse s’ils parvenaient au pouvoir. La concurrence entre les monnaies aura tôt fait de les rappeler aux réalités, comme Mitterrand il y a 34 ans. L’Euro est le type même de construction socialiste qui encourage les paresseux à vivre aux dépends des travailleurs, à l’échelle des nations. Que ce soit au niveau des individus comme des peuples, ça ne peut pas durer éternellement.

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