Idée reçue : « les J.O, c’est bien, ça donne du travail aux gens »

Est-il souhaitable de payer une moitié de la population à creuser des trous et l’autre moitié à les reboucher ?

Par Eddie Willers.

Il semblerait que Paris soit en bonne position pour remporter l’organisation des Jeux Olympiques de 2024. Pour un passionné comme moi, je devrais être ravi que la plus grande compétition sportive du monde ait lieu en France. Néanmoins, les expériences passées ont montré que ces événements sont des gouffres financiers qui permettent bien plus souvent aux politiques de se faire mousser qu’à nos athlètes d’y briller.

Et pourtant en février dernier, 65% des Français approuvaient la candidature de Paris aux JO. L’argument souvent avancé, et cela était également le cas pour l’Euro de football l’an passé, est le suivant : oui mais c’est pas grave, même si c’est déficitaire, au moins ça donne du travail aux gens.

Employer des gens juste pour employer, n’augmente pas la consommation

Il semble donc que peu importe que les JO soient déficitaires, du moment que ceux-ci emploient des personnes ce n’est pas un sujet. La bonne recette keynésienne est connue : on creuse le déficit, on emploie des gens qui consomment et on fait repartir l’économie. Malheureusement, employer quelqu’un pour l’employer n’a qu’un seul résultat : créer un déséquilibre entre l’offre et la demande et par voie de fait un gâchis de ressources.

Imaginons qu’un jour, l’État décide de me salarier pour rédiger des articles sur mon blog (chose hautement improbable au vu de ma ligne éditoriale). L’État n’a pas d’autre argent que celui qu’il vous prend. Pour me payer, il devra donc taxer Pierre qui est un socialiste convaincu et n’a aucune envie que son argent serve à encourager la propagande ultra-néo-turbo-libérale. L’État crée donc une insatisfaction puisque des ressources, ici financières, sont allouées de façon non-optimale.

Reprenons l’exemple des événements sportifs : l’État décide de financer la construction d’un stade. Il doit donc taxer les individus (ou créer des déficits qui ne sont in fine que des taxes à venir) qui pour certains ne s’intéressent absolument pas au sport. Ces individus préfèreraient utiliser leur argent pour aller au cinéma, pour acheter des livres, pour partir en vacances, etc.

Payer ces emplois va créer de l’insatisfaction

L’État gaspille donc des ressources puisqu’il crée des insatisfactions chez tous ces Français qui se fichent du sport. L’argent utilisé pour payer des employés à la construction d’un stade est autant d’argent qui ne pourra être dépensé chez un fleuriste, chez un libraire ou au cinéma. Prétendre que l’emploi de ces personnes générera un surcroît de consommation constitue donc une erreur majeure. Les personnes qui affirment cela raisonnent « toutes choses égales par ailleurs » alors que ce n’est pas le cas. L’emploi des ouvriers de construction modifie les structures de consommation qui se réduisent au moins d’autant en numéraire dans d’autres secteurs.

Donc non seulement l’emploi pour l’emploi n’accroît pas la consommation mais en plus il crée des insatisfactions. Nous nous retrouvons alors face à une situation de destruction de richesses soit l’objectif totalement inverse de la politique initialement visée.

Certains rétorqueront : oui mais l’organisation de ces événements donne une bonne image de la France ce qui a des effets bénéfiques pour tous les Français, ce que les économistes appellent des externalités positives.

Le sujet des externalités positives/négatives mériterait un article à lui tout seul. Cependant, il faut retenir que ces externalités sont très difficilement mesurables et servent bien souvent de justifications du fait de leur caractère inquantifiable à toutes les idées saugrenues qui passent par la tête de nos politiques.

L’État engendre des distorsions sur le marché de l’emploi

Moralité, toute politique de l’emploi qui ne passe pas par un recours plus important au marché est condamnée à l’échec. Lorsque certains prétendent savoir mieux que les Français ce qui est bon pour eux, ils se trompent. Parce que personne n’est mieux placé que vous pour savoir comment vous souhaitez vivre votre vie. À chaque intervention sur le marché de l’emploi, l’État engendre des distorsions destructrices de ressources et de richesses.

Si l’emploi pour l’emploi était créateur de richesses cela se saurait : il suffirait alors de payer la moitié de la population à creuser des trous et l’autre à les reboucher.

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