Non au délit d’entrave numérique à l’IVG [Replay]

Sophisticated blogger By: Mike Licht - CC BY 2.0

Créer un délit pour empêcher la confrontation de tous les points de vue est totalement contraire à la liberté d'expression.

Par Mathilde Berger-Perrin.

IVG
Sophisticated blogger By: Mike LichtCC BY 2.0

Des féministes ont réagi à la vivacité du débat qui a eu lieu le 23 novembre dernier lors de l’examen d’une proposition d’amendement sur « le délit d’entrave numérique à l’IVG ». L’objectif de ce projet discuté à la commission des affaires sociales de l’Assemblée Nationale est d’interdire les sites « pro vies » qui dissuadent psychologiquement les femmes à pratiquer l’IVG, sur le terrain numérique. Féminisme et liberté seraient-ils incompatibles sur cette question ? À voir…

Il s’agit de protéger contre « des allégations, indications ou présentations […] de nature à induire intentionnellement en erreur, dans un but dissuasif, sur la nature, les caractéristiques ou les conséquences médicales d’une interruption volontaire de grossesse ou à exercer des pressions psychologiques sur les femmes s’informant sur une interruption volontaire de grossesse ou sur l’entourage de ces dernières ».

Un projet qui nuit à la liberté d’expression et au féminisme

  • Mettre en place ce « délit d’entrave numérique », c’est prétendre que les femmes ne sont pas assez rationnelles pour prendre leur décision en conscience.
  • Pénaliser l’expression de positions contraires à la pratique de l’IVG sur internet, c’est couper court à la démocratie et tuer la liberté d’expression. Si les groupes de pression de la société civile ne s’expriment plus dans un sens comme dans l’autre, c’est la fin du libre arbitre.
  • Dans le texte « induire en erreur », signifie renoncer à l’IVG. Aucune pression psychologique à ce niveau-là, hein ? Qui est l’État pour dire ce que je dois faire de mon corps ?
  • Si les politiques nous empêchent de nous exprimer sur internet sur des questions aussi délicates que celles du droit des femmes et de la vie, quel lendemain pour les libertés d’internet ?
  • Who is John Galt ?

Politique et féminisme, entre représentation et conflit d’intérêt

Si l’IVG revient sur le tapis à la veille du second tour des primaires de la droite, c’est que 40 ans après l’adoption de la loi Veil, la question demeure trop délicate pour faire l’objet d’une représentation politique tranchée.

Quant aux féministes, leur tendance est toujours d’avoir plus recours à l’État pour défendre leur combat. Malheureusement cela revient bien souvent à affaiblir l’individu féminin à coups de puissance normalisatrice.

Vers un féminisme libre

En tant que féministe libérale, je suis en faveur de l’avortement comme décision responsable prise en conscience, je n’attends pas de l’État qu’il l’autorise ou l’interdise. En revanche je veux que le débat et les positions continuent à créer de l’opinion et de l’influence.

Toute tendance a le droit de s’exprimer sur une question aussi épineuse, et d’autant plus sur internet, haut lieu d’expression alternatif à la sphère des politiques qui se trompent de combat. Personne n’est pour ou contre l’avortement quand la question se pose à des personnes dans la vraie vie.