Québec : augmenter la dépense publique n’améliore pas l’accès aux soins

Ce n’est pas en jetant plus d’argent dans le trou sans fond du système public qu’on va régler ses problèmes.

Par Germain Belzile.

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Cette semaine, le ministre québécois de la Santé, Gaétan Barrette, a envoyé un tweet qui a déclenché une petite tempête. Son message : « Encore une autre étude qui démontre notre position. Qu’est-ce que ça prend à Justin Trudeau et à Bill Morneau pour comprendre le bon sens ? »

M. Barrette s’exprimait à propos d’une étude de L’Institute of Fiscal Studies and Democracy, un think tank de l’Université d’Ottawa. Cette étude porte sur les transferts fédéraux en santé.

Toujours plus d’argent public dans les services médicaux

Ce qui a attiré l’attention du ministre Barrette ? Que les transferts, dont le gouvernement fédéral veut limiter la croissance annuelle à un peu plus de 3%, seront insuffisants pour permettre aux provinces de maintenir la qualité et la quantité des services médicaux publics. Le « bon sens » du tweet porte sur ce que le ministre avance depuis longtemps, c’est-à-dire que le gouvernement fédéral doit bonifier ses offres.

Le chef de l’opposition officielle à Québec, Jean-François Lisée, lui a rapidement twitté que la solution était l’indépendance du Québec. M. Barrette a rétorqué que l’indépendance garantirait au contraire la fin du système de santé publique par insuffisance encore plus importante de fonds.

De toute évidence, autant pour le ministre Barrette que pour M. Lisée, la solution passe toujours par davantage d’argent. Or, au Canada, on dépense déjà beaucoup en santé. Si on se compare à un groupe de 28 pays de l’OCDE à revenus élevés et dont l’accès au système de santé est universel, le Canada arrive au 3e rang pour les dépenses de santé en pourcentage du PIB et au 5e rang pour les dépenses par habitant (corrigées pour tenir compte de la structure d’âge de la population), sur 28 pays. Le manque d’argent n’est manifestement pas un problème !

Mais l’accès aux soins n’est pas meilleur

Mais les résultats ne suivent pas. Selon la même étude, le Canada se situe au dernier ou près du dernier rang sur tous les indicateurs de rapidité d’accès aux soins. La situation ne s’est pas améliorée malgré les fortes augmentations de dépenses par les gouvernements dans ce secteur. En fait, de 2001 à 2015, les dépenses publiques réelles par habitant en santé ont augmenté de 26 % au Canada. L’attente, elle, n’a pratiquement pas bougé, et le terme « patient » demeure plus que jamais tout indiqué pour désigner le Canadien en attente de se faire soigner.

Une étude de l’IEDM à paraître très bientôt analysera la question du principe des transferts fédéraux en santé. Mais la querelle actuelle portant sur l’ampleur des montants transférés ou dépensés est un faux problème. L’expérience devrait nous avoir appris depuis longtemps que ce n’est pas en jetant plus d’argent dans le trou sans fond du système public qu’on va régler ses problèmes.

Seule une réforme en profondeur pourra permettre d’assurer la pérennité du système public. Et cette réforme passera nécessairement par un apport important du secteur privé en tant que fournisseur de services (attention, on ne parle pas de remplacer la carte soleil par une carte de crédit!).

Les pays qui ont les systèmes de santé les plus performants, dont la Suisse, la Suède et l’Allemagne, le font, et l’accès aux soins est meilleur qu’ici. Pourquoi pas nous ?

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