Pour la mobilité sociale, brisons la barrière du langage !

« Les limites de mon langage sont les limites de mon monde » disait Ludwig Wittgenstein, hé bien repoussons-les pour le bénéfice de tous !

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Pour la mobilité sociale, brisons la barrière du langage !

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 10 février 2017
- A +

Par Gabriel Delauney.

Pour avoir un pays de plein emploi il est convenu d’abaisser les charges sur les entreprises et de solliciter l’intelligence nationale en la laissant s’exprimer, et ce par le retrait de régulations étouffantes. De telle manière on sauve un pays, et chacun est théoriquement en mesure de se tailler une vie sociale et professionnelle conformément à sa vision de la conquête du bonheur.

Mais n’avez-vous jamais tiqué, à l’occasion d’une conversation où vous et votre interlocuteur échangiez vos identités et métiers ou même lors de la lecture d’un article, en entendant le nom barbare d’une profession/d’une science dont vous ne soupçonniez même pas l’existence ?

Généralement en prospectant dans l’instant, en demandant des précisions à son interlocuteur ou à un moteur de recherche, on en vient à découvrir un univers qui nous était inconnu, car inaccessible, n’étant pas légendé dans notre monde.

Un univers qui peut nous plaire, nous faire envie, davantage que l’univers professionnel dans lequel nous sommes, mais un univers que nous ne connaissions pas, n’ayant pas de nom. Comment dès lors aurions nous pu songer à nous y aventurer ?

Un test rapide du langage

Faisons un test rapide ; Œnologue, Entomologiste, Taxidermiste, Thanatopracteur, Rudologue, Tribologue, Ostréiculteur, Conchyliculteur.

Un œnologue supervise tous les stades de la production du vin, un entomologiste est un scientifique qui a pour domaine d’étude les insectes, un taxidermiste empaille les animaux, un thanatopracteur s’occupe quant à lui de cadavres humains, le rudologue pratique l’étude systématique des déchets, des biens et des espaces déclassés, le tribologue étudie les phénomènes susceptibles de se produire entre deux systèmes matériels en contact, l’ostréiculteur élève des huîtres et enfin le conchyliculteur fait de même mais avec toutes sortes de coquillages.

Avec un minimum de vécu ou de culture, certaines (toutes ? Bravo !) de ces professions étaient pour vous des réalités évidentes et ce même avant la venue de ces définitions. Mais cela serait-il forcément le cas pour 100% des adolescents auxquels on demande les souhaits d’orientations dès la classe de 3ème ?

Évidemment que non, et ainsi beaucoup ne connaîtront  pas ces métiers et ne s’y épanouiront jamais.

Bien sur il suffirait de leur permettre de mettre un nom sur chaque profession, mais il y aurait nécessairement des ratés, des gâchis, des occasions manquées.

Pour un vrai libre-arbitre

Il nous faut donc doter d’un second nom une bonne partie des professions, pour la mobilité sociale, pour un vrai libre-arbitre.

Je propose donc, dans l’éventualité de l’instauration d’un gouvernement libéral et soucieux de servir le plus grand nombre, les noms suivants ; Vinologue, Insectologue, Empailleur, Esthéticien mortuaire, Déchettier, Contactologue, Huitrier, Coquillagier.

Bien entendu ces termes ne devront pas supprimer les anciennes dénominations, les deux seront légitimes ; voilà tout.

Cela n’est pas tout, la dominante gréco-latine dans le nom des sciences est nuisible.

Cela n’aura échappé à personne, mais le grec ancien et le latin sont des langues mortes, intelligibles pour une infime partie de la population. De plus je ne crois pas me tromper en affirmant que les personnes ayant le plus de raisons de vouloir échapper à un atavisme professionnel (les enfants d’ouvriers par exemple) sont loin d’être les plus grand aficionados de ces langues.

Comment pourraient-ils songer à l’existence d’un vaste nombre de sciences ou de professions, si leurs noms les condamnent à l’anonymat ?

Comment pourraient-ils songer à devenir des spécialistes dans ces domaines ?

Comment pourraient-ils même – qu’ils demeurent ouvriers, artisans, agriculteurs – se cultiver en autodidacte s’ils ne connaissent pas le nom de la plupart des sciences du monde ?

Pensez-vous crédible de voir n’importe quel individu être féru d’entomologie (la science des insectes, du grec én-tom-on « découpé », l’anatomie des insectes étant en trois parties : tête, thorax, abdomen) ; de vexillologie (science des drapeaux, terme issu de vexillum, nom de l’étendard dans les armées romaines) ; de Sigillographie (science des sceaux, du latin sigillum), de numismatique (des pièces de monnaie et médailles, du latin numisma, « pièce de monnaie ») etc. ?

Non, et ce pour la simple et bonne raison que l’on ne peut connaitre ce que l’on ne peut nommer, quelle personne songerait à s’intéresser à un pays dont elle ne connait pas le nom ?

Là encore il faut baptiser d’un autre nom les sciences, et je propose pour commencer les termes suivants ; Insectologie, Drapeaulogie, Sceau-ologie, Monétologie.

Oh bien sur il ne s’agit pas de supprimer les noms traditionnels, disons qu’ils partageront leur légitimité avec les nouveaux noms.

Dans un CV ou dans une conversation, il sera tout aussi juste de dire Insectologie qu’Entomologie par exemple, l’emploi de l’un des deux termes sera sans doute privilégié par une personne selon sa volonté d’intelligibilité, son degré personnel de purisme ou son désir de valorisation.

Quoi qu’il en soit tout n’en serait que plus intelligible, pour le plus grand bonheur de ceux qui veulent se tracer une voie, et de ceux qui veulent accumuler des connaissances sur le monde qui les entoure.

« Les limites de mon langage sont les limites de mon monde » disait Ludwig Wittgenstein, hé bien repoussons-les pour le bénéfice de tous !

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Créer un compte Tous les commentaires (14)
  • Je suis d’accord avec l’esprit de l’article MAIS, ce n’est pas en changeant leur nom qu’on leur donnera plus de réalité à ceux qui ne les connaissent pas!!! Pour le libre-arbitre, ne vaut-il pas mieux leur apprendre la définition de ces métiers et expliquer les principales facettes de chaque métier, tout simplement?

  • Sinon, pour un vrai libre-arbitre, je serai plus pour leur expliquer les métiers qui ont de vrais débouchés en nombre d’emploi. Et indiquer le niveau de vie et sa qualité qu’on peut espérer dans chaque voie…

  • Et si on leur apprenait à être curieux de ces noms de métier? D’ailleurs c’est le métier en lui-même et pas sa dénomination savante qui doivent les intéresser… Pourquoi rebricoler des noms quand on peut dire par exemple « éleveur d’huitres » par ex. ou « expert en drapeau »….
    Vous rajoutez artificiellement une barrière supplémentaire…
    Quant au langage, qu’ils apprennent aussi le maximum de langues étrangères.

  • Encore un qui croit qu’appauvrir la langue, c’est la simplifier.

    • Il ne s’agit pas d’appauvrir la langue, je n’ai jamais proposé la suppression des anciens termes ; « ces termes ne devront pas supprimer les anciennes dénominations, les deux seront légitimes ; voilà tout » ; « Oh bien sur il ne s’agit pas de supprimer les noms traditionnels, disons qu’ils partageront leur légitimité avec les nouveaux noms ».
      Il s’agit juste de créer des synonymes, donc d’enrichir la langue d’une certaine façon.

  • Bonjour,

    « Mal nommer les choses, c’est ajouter du malheur au monde » disait Camus. Je ne crois pas que notre monde ait besoin de plus de malheur et votre initiative, si louable soit-elle dans ses intentions n’arrangerait rien si elle se réalisait. Nous évoluons déjà, à notre corps défendant, dans un monde où la réduction des éléments de langage a des retombées plutôt inquiétantes (cf le niveau du débat politique par exemple ou plutôt son absence de niveau). En Suède, ce genre d’initiative a se traduit de manière assez malsaine: https://leblogalupus.com/2017/02/09/mondialisme-genocide-et-suicide-suedois-ils-veulent-modifier-leur-langue-pour-la-rendre-plus-accessible-aux-migrants/

    Bonne journée

  • Il s’agirait de faire en sorte que les mômes ne puissent traverser 10 ans et plus de scolarité en donnant l’impression de n’avoir rien appris, et surtout pas la curiosité.

  • Je ne crois pas que le nom d’une profession soit une barrière à leur connaissance.
    Dialogue :
    – Untel se fait plein de pognon avec les huîtres
    – Ah ouais ? Et il faut faire quoi pour faire ça ?

    Plus tard :
    – Mon fils fait une formation pour élever les huîtres. Os-tré-i-cul-teur, qu’ils appellent ça.

    La barrière c’est plutôt l’ouverture au monde qui permet de savoir ce qui existe…
    Et il y a tant de métiers à inventer… et de métiers qui n’ont pas de nom (on utilise le terme d' »employé » ou « cadre » ou « il a une affaire de… »)

  • J’ai rarement lu quelque chose d’aussi idiot sur Contrepoints. J’ai espéré jusqu’à la toute fin qu’il s’agissait d’une blague…
    Signé : un fils d’ouvrier qui a su ouvrir un dictionnaire.

    • Je suis désolé si je vous ai blessé.

      Mais pouvez-vous certifier que dans ce pays tout un chacun ouvre un dictionnaire ?
      Et puis-même, un dictionnaire ne groupe pas les mots de manière thématique, il le fait alphabétiquement.
      Si il y avait des dictionnaires où toutes les professions seraient groupées, listées et expliquées en détail, alors oui ouvrir un dictionnaire serait la solution idéale.
      J’ai écrit dans mon article que personne ne s’intéresserait à un pays dont il ne connaîtrait pas le nom ( et par voie de conséquence on peut s’en douter ; la culture, le type ethnique de la population, la localisation géographique etc..).
      Mais a bien y réfléchir quelqu’un qui serait fasciné par un pays dont il ne connaîtrait que quelques images serait tout aussi mal lotie pour mettre un nom sur ce dernier.

      Appliquons cette logique aux mots ; comment quelqu’un aimant les insectes peut-il savoir que le nom de la science qui s’intéresse à ces derniers est entomologie ?
      Comment le savoir si jamais la définition du mot insecte ne mentionne pas cette science ?

      A en juger par ce site (http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/insecte/43299), le Larousse parle bien d’un entomon, mais pas d’entomologie….
      Insecte : nom masculin
      (latin insecta, pluriel de insectum, divisé en parties, calque du grec entomon)
      Animal invertébré articulé, respirant par des trachées et dont la tête est indépendante du thorax, qui comprend trois anneaux portant chacun une paire de pattes. (Chez la plupart des espèces, l’adulte a des ailes, ce qui n’est le cas chez aucun autre animal invertébré. Les insectes constituent une immense classe d’arthropodes [1 million d’espèces environ].)

      Dès lors comment peut-il chercher ce mot ?

      Il ratisse tout le dictionnaire ? Non, Il tape bien sur un moteur de recherche et là il est fixé.

      Mais là encore taper sur des moteurs de recherches c’est hasardeux.
      Vous auriez supposé seul qu’il y avait une science, la rudologie, qui étudie les phénomènes susceptibles de se produire entre deux systèmes matériels en contact ?
      J’avoue que ce n’était pas mon cas et sans vouloir vexer quiconque je doute que cela soit le cas de beaucoup de monde.

      Dès lors la question est ; sans le concept comment trouver le mot, et sans le mot comment découvrir le métier et peut-être aspirer à le faire ?

      Contactologie / Contactologie-matériel, pardon mais ça me semble direct, plus pertinent, plus universel que rudologie, même si on le trouve dans le dictionnaire Larousse, en tant que mot indépendant, pas accolé à Déchets ; http://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/d%C3%A9chet/22142?q=D%C3%A9chets#22024
      Ce qui n’est pas pratique avouons le…

  • Je ne saurais être moins d’accord, il suffit, comme dit précédemment, d’expliquer les termes. Vous croyez vraiment que l’éleveur de mouton arrive au bar en disant je fais dans l’ovin? Que le boucher découpe du bovin tout en vendant des produits de l’aviculture? (oui mon boucher vend des œufs).
    A contrario, vous remarquez que les professionnels adorent utiliser des termes de leur profession pour bien montrer leur culture et ce qui les séparent du commun des mortels. Donc, non, les mots existent, ils ont une signification, et si vous n’êtes pas capable de faire, maintenant, une recherche google de 3 secondes, c’est que vous ne la méritez pas.

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