Y a-t-il une alliance objective Le Pen-Mélenchon ?

Mélenchon se dispense d’attaquer Marine Le Pen avec trop d’engouement. Et Marine Le Pen préfère concentrer ses attaques contre les « candidats » du système. Elle vise volontiers Macron ou Fillon, et évite soigneusement de viser Mélenchon.

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Y a-t-il une alliance objective Le Pen-Mélenchon ?

Les points de vue exprimés dans les articles d’opinion sont strictement ceux de l'auteur et ne reflètent pas forcément ceux de la rédaction.
Publié le 7 février 2017
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Par Éric Verhaeghe.

Y a-t-il un axe discret Le Pen-Mélenchon ?
By: Rémi NoyonCC BY 2.0

Dans le discours politique, le non-dit est souvent beaucoup plus lourd de sens que le dit. On le vérifie dans la performance Le Pen-Mélenchon, à Lyon, de ce week-end, qui fait entendre sa petite musique de silence extrêmement intéressante.

Le Pen-Mélenchon, un axe objectif de coopération

Mathématiquement, l’un et l’autre ont intérêt à se retrouver au second tour.

Pour Marine Le Pen, Mélenchon est le meilleur des adversaires de second tour. C’est en effet lui qui offre les meilleures chances de gagner, faute de pouvoir reconstituer un « front républicain » optimal. Dans l’hypothèse où Marine Le Pen affronterait Fillon, elle aurait en effet peu de chance d’attirer à elle une majorité. Cette difficulté est la même dans l’hypothèse d’un Macron. Avec Hamon, le jeu est plus ouvert, mais le boulevard le plus large s’ouvre avec Mélenchon.

Pour Mélenchon, la situation est exactement la même. C’est avec Marine Le Pen au second tour, s’il y arrivait, qu’il aurait le plus de chance de gagner. Dans toutes les autres hypothèses, il peut supposer qu’une majorité se portera sur son adversaire.

Donc, en théorie des jeux, l’axe Le Pen-Mélenchon fonctionne parce que l’un et l’autre ont intérêt à se faire la courte échelle pour réussir.

Emmanuel Macron, l’ennemi commun

Mathématiquement toujours, Le Pen-Mélenchon ont un ennemi objectif commun : Emmanuel Macron. Si le « fake » du gouvernement actuel parvenait au second tour, il aurait en effet intérêt à affronter l’un des deux.

Soit que Macron affronte Mélenchon, et il fera le plein des voix de droite, tout en empiétant fortement sur le parti socialiste. Soit qu’il affronte Marine Le Pen, et il fera le plein des voix de la gauche qui vote PS et mordra fortement sur l’électorat républicain.

Le Pen et Mélenchon ont donc un intérêt objectif à viser Macron comme l’ennemi  public numéro un. Et ils ne s’en privent pas.

Dans le cas de Mélenchon, les attaques sont frontales. Son discours de Lyon en a donné la confirmation. Le Chavez germanopratin connaît son bout de gras par coeur. Dans le cas de Marine Le Pen, l’attaque frontale interviendra dans un second temps, lorsque la candidature Fillon sera définitivement écartée.

Un second tour détonnant

Sur le fond, outre que la probabilité d’un second tour Le Pen-Mélenchon existe depuis le début de la campagne, elle provoquerait forcément un séisme violent dans le paysage politique. Elle obligerait en effet les électeurs à choisir entre Charybde et Scylla : soit des réformes étatistes, soit des réformes étatistes. Soit une rupture brutale avec l’Union Européenne, soit une autre rupture brutale avec l’Union Européenne.

On imagine immédiatement la perplexité qui s’emparerait de l’opinion publique ce jour-là, et l’aventure à laquelle la France se promettrait.

La situation serait d’autant plus complexe que ni Mélenchon ni Marine Le Pen n’aurait la possibilité de dégager facilement une majorité parlementaire aux législatives. Le pays pourrait devenir ingouvernable…

Cette perspective, peu prise au sérieux dans la nomenklatura parisienne, est pourtant donnée gagnante par différents sondages menés sur Internet. Les amateurs de sondages d’opinion devraient s’en méfier…

Le pacte tacite Le Pen-Mélenchon

Du coup… Mélenchon se dispense d’attaquer Marine Le Pen avec trop d’engouement. Et Marine Le Pen préfère concentrer ses attaques contre les « candidats » du système. Elle vise volontiers Macron ou Fillon, et évite soigneusement de viser Mélenchon.

C’est probablement la principale leçon de la campagne électorale. Il y a, bien entendu, le clivage gauche-droite. Mais il y a surtout le conflit entre les candidats du 3% (dont Macron) qui veulent rester dans l’Union et préserver le « système », d’un côté, et les candidats de la rupture avec ce fameux 3%. Sur ce point, Mélenchon et Le Pen multiplient les convergences.

De Laval à Thorez, il ne manque parfois qu’un Doriot.

Peut-être le premier tour de la présidentielle nous le rappellera-t-il…

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  • Un pacte germano-soviétique V 2.0 ? Restons sérieux.

    Tout porte à croire que la SARL familiale risque bien de se prendre un sacré râteau et de ne pas être présente au second tour : pour la première fois depuis 58, la présidentielle se présente sous un format américain (républicains vs démocrates) et non sous le format français (Etatistes de droite vs Etatistes de gauche) Le compromis du CNR est en train d’exploser et c’est tant mieux.

    Ca semble être couper les cheveux en quatre, mais les vrais enjeux d’ici Avril sont : qui séduira les minorités et quelles minorités. Cela fera une énorme différence : les deux candidats qui seront présents au 2° tour seront ceux qui arriveront à accoler autour de leur « noyau dur » les votes des minorités.

    Il est clair que 4 candidats ont un noyau dur d’environ 15% : Fillon, Macron, Hamon et MLP. Maintenant la question est de savoir comment étendre celui-ci pour passer au dessus de 25% et quels sont les minorités qui sont prêtes à se rallier à un candidat.

    La campagne ne fait que commencer et le feuilleton risque d’être dense en rebondissements.

    • Comme vous le dites, tout peut encore changer. Il est possible que la bulle Macron finisse par exploser, ce qui ne serait guère surprenant. Il est possible que Fillon rebondisse, il est possible que Hamon et Melenchon s’associent + les verts. Il est possible que le Pen s’effondre ou bien qu’elle progresse suite a un attentat islamiste.

      N’oublions pas surtout les législatives. Il est tout a fait possible que l’Assemblée Nationale se retrouve paralysée du fait de l’absence de majorité (triangulaires FN/LR/EM voire quadrangulaires avec le PS).

      Le pire serait une élection de Macron a la présidentielle. Vu la composition de ses soutiens, il est fort a parier que nous serons repartis pour 5 ans de socialisme a la Hollande.

      • Aucun risque de paralysie : si Macron gagne, une semaine après il y aura un parti Social Démocrate en bonne et due forme, auquel viendront se coller tous les parasites (expurgés) du PS, et comme vous le dites, on sera reparti pour 5 ans de Hollande bis, avec en prime un parti social démocrate à la Clinton/Obama rempli de politiquement correct, de progressisme de connivence, de libertés gadgets et de chatons mignons.

        Ceci dit, même si Macron ne gagne pas, c’est assez fortement probable que ce parti émerge quand même, la réconciliation entre « les deux gauches » semble assez mal barrée.

        • Oui, Hollande a toujours été social démocrate et ce n’est pas un hasard si E. Macron a été un conseiller de la première heure. Hollande était bien placé, en tant que premier secrétaire du PS, pour mesurer le fossé qui séparait la tendance sociale-démocrate du PS (la gauche dite de gouvernement) de la fraction gauchiste – les frondeurs. L’unité était – a toujours été – nécessaire pour prendre le pouvoir, mais au cours de ce quinquennat, ce sont les difficultés du pays, avec comme corollaire une contestation populaire jamais vue jusqu’à présent, qui ont exacerbé les divisions internes du PS.

          La scission du parti est actée depuis longtemps. Restait à sauver la tendance sociale-démocrate. C’est ce qui va se produire maintenant autour de la candidature d’E. Macron. Le candidat d’En Marche apparaît comme hors système, il se dit non socialiste et cherche à faire oublier qu’il a été inscrit au PS. « Fils spirituel » de Hollande, Macron lui-même, a dit « qu’il lui doit tout ». Quand les journalistes laissent croire a une dissension entre les deux hommes, c’est pour nourrir un feuilleton à succès.

          La démission de l’ex-ministre de l’économie n’a-t-elle pas été prévue dès que Hollande a compris qu’il ne pouvait pas lui-même se représenter, même s’il a fait durer le suspense et mis en scène une pseudo-opposition pour que Macron ne soit pas trop associé au bilan calamiteux du quinquennat? Avec comme objectif final. le regroupement autour de M. Macron de la fraction sociale-démocrate du PS et si possible, la présidence de la République après avoir si possible, éliminé F. Fillon. Le fait que ce plan réussisse dépend du degré de perspicacité des Français et il est à craindre que ce soit mal engagé tant ces derniers persistent à accorder crédit à des médias qui ont largement prouvé leur parti pris. En tout cas, il s’agira de sauver le maximum de postes et de sièges de députés sociaux-démocrates pour ce qui sera, après mai-juin 2017, un nouveau parti. En gros le PS débarrassé de ses idéologues archéo-marxistes, avec quelques centristes en plus. La « nouveauté » Macron sera de fait l’ancien PS avec tous ses apparatchiks, mais débarrassé de sa fraction révolutionnaire. Le PS canal historique, ou ce qu’il en reste, va inévitablement se rapprocher de Jean-Luc Mélenchon et ce qui reste de communistes pour continuer à exister.

      • Le pire serait que Fillon ne s’impose pas au vu de la catastrophe que serait l’élection de MLP, ou de Hamon, ou de Mélenchon. L’élection de Macron remettrait effectivement au pouvoir les amis de Hollande.

  • Non, n’importe quoi.

    Comme vous j’ai deja remarque le point que vous soulevez dans leurs discours respectifs mais si les deux candidats « se dispensent de s’attaquer avec trop d’engouement », c’est pour deux raisons toutes simples (une chacun):

    – Jean Luc Melenchon. Souvenez vous en 2012, il avait en grande partie axe sa campagne precisement contre Marine Le Pen, elle etait son obsession et il pensait jouer les chevaliers blancs qui sauverait les francais d’une possible dictature d’extreme droite. Il etait tres alarmiste et pourtant … cette strategie a totalement echoue.
    Donc il sait parfaitement que s’il recommence, il connaitra la meme defaite.

    – Marine Le Pen. Elle c’est l’inverse exact. Elle ne le cible pas tout simplement parce qu’elle sait qu’elle n’a rien a craindre. La aussi je vous renvoie a la campagne presidentielle de 2012. Son leitmotiv etait le refus de debattre avec Jean Luc Melenchon car selon elle, il n’avait pas une representativite suffisamment importante aupres de l’opinion publique pour qu’elle daigne lui repondre.
    Souvenez vous de ce fameux debat sur France2 ou David Pujadas avait invite Jean Luc Melenchon sans qu’elle ne soit au courant. Elle avait refuse la confrontation et cela avait ete payant au bout du compte.

  • Cet article est un tissu d’âneries. Je peux très bien dire que le Pen n’attaque pas Cheminade ou Jadot parce que ces candidats seraient parfaits au second tour pour elle. Idem avec Melenchon. D’ailleurs pendant sa sortie électorale je l’ai clairement entendu s’en prendre a Marine le Pen, et la salle de suivre avec les huées d’usage.
    De toute manière les deux savent que leur chance de se rencontrer au second tour et microscopique. Inutile de s’appesantir sur ce sujet.

  • Bien sûre qu’il y a, pour l’instant, une alliance objective, ils visent tous les deux les électeurs orphelins du partie communistes. (Pour MLP, la formule : le FN n’est ni droite, ni gauche = surtout pas de droite comme le méchant FN catho-libéral-poujadiste de Papa !)
    S’attaquer mutuellement revient à se priver d’électeurs surtout pour les législatives, car ils savent tous les deux très bien que leur « programme commun » est irréaliste et ce qu’ils visent ce n’est pas le gouvernement mais la place du plus gros parti d’opposition systématique pour mettre le Bazar à l’assemblée nationale. Tous les deux veulent, mais chacun en son nom, recréer le PCF des années 1950 !

    Le pire c’est que l’électorat FN « canal historique » plutôt anti-état et anti sécu (cathos, artisans, commerçant) , à défaut d’être vraiment libéral, se fait totalement avoir en votant MLP plutôt que Fillon. C’est tout le but des attaques du canard enchainé téléguidé par la gauche, pousser l’électorat libéral-conservateur à voter MLP plutôt que Fillon. (écoutez les conversations sur Fillon chez votre Boucher, Boulanger, garagiste de quartier !)

    • Vieille tactique de Mitterrand! Gonfler le FN pour affaiblir la droite…

      • Domino Gris : Exactement…le pire pour la gauche en général (culturelle, médiatique et politique ») serait d’une part l’explosion du « cordon sanitaire Gaulliste-Chiraco-centriste », qu’elle a imposé à la droite depuis plus de 50 ans, et d’autre part la division du néo FN ; ceci aurait pour résultat la création d’un candidat ou d’un partie issu de la fusion de la partie libérale du FN (de plus en plus minoritaire malheureusement) avec la partie conservatrice de l’ex UMP.
        C’est ce qu’essaie de faire Fillon, malheureusement sans l’assumer publiquement, en traitant le FN de 4e gauche ou d’extrême gauche…d’où le torpillage par la gauche avec la complicité du FN nouvelle formule.

  • Les commentaires sont fermés.

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