L’investiture de Donald Trump vue par les médias français

Sitting President & President-elect, Barack Obama & Donald Trump By: Karl-Ludwig G. Poggemann - CC BY 2.0

Comme à chaque élection, la plupart des médias français se répandent en enthousiasme pour les Démocrates ou en déception pour les Républicains. Mais le vrai grand perdant est surtout le libéralisme.



Par la rédaction de Contrepoints.

investiture de Donald Trump
Sitting President & President-elect, Barack Obama & Donald Trump By: Karl-Ludwig G. PoggemannCC BY 2.0

Le vendredi 20 janvier 2017, Donald Trump a été investi 45e président des États-Unis d’Amérique. Au terme d’une campagne contre Hillary Clinton émaillée de bassesses de part et d’autre, il reste à voir ce qui se cachait vraiment derrière les discours populistes du candidat élu. Cette prudence face à l’écart couramment observé entre discours et actes ne semble pas partagée par la plupart des médias français.

Investiture de Donald Trump : échantillon d’articles et de titres

Le Figaro choisit de rester assez factuel, évoquant le discours et les projets du candidat, davantage que les manifestations de rejet. En revanche, Le Monde rapporte, avec un ton parfois péjoratif, les réactions des citoyens soutenant Trump, venus assister à son investiture. Trump y est toujours appelé « le milliardaire » et le quotidien semble avoir un grand pouvoir de prévision, parlant de « difficultés à venir« , comme si elles étaient déjà acquises. La foule est d’ailleurs « presque exclusivement blanche » comme le nouveau gouvernement. Le reste de l’article est essentiellement consacré aux opposants mais se termine avec un étonnement perceptible sur l’hommage rendu par Trump à son prédécesseur et à la candidate adverse.

Libération, derrière un article assez factuel, titre sur la « Women’s march », relaie l’avis d’une philosophe, Judith Butler, selon laquelle « Trump n’est pas légitime pour représenter le peuple » ou écrit encore : « Un président et deux Amériques ». On ne peut pas dire que le journal soit particulièrement favorable au Président investi.

L’Obs, en haut de page, nous gratifie d’un « 60 bonnes raisons de détester Trump », d’un article sur la colère anti-Trump et d’une revue du scepticisme des économistes sur les projets du Président. Le Point se montre raisonnablement pessimiste sur l’avenir avec Donald Trump aux commandes. Les Échos sont restés très factuels.

Enfin, L’Humanité titre sur « le Président de tous les dangers » ou encore la « pente dangereuse » de sa politique de « national-libéralisme », notion curieusement indéfinissable. Le protectionnisme vanté en chœur par le nouveau président américain et le Parti Communiste ne semble pas émouvoir le journal…

Un parti-pris difficilement compréhensible

À chaque élection américaine, la plupart des médias français se répandent en enthousiasme démesuré pour les Démocrates ou en déception presque haineuse pour les Républicains. Rien de nouveau de ce côté-là. Aussi déplacée pour la France et le monde qu’était l’espoir suscité par l’élection de Barack Obama, il y aura probablement l’inquiétude partiale que semble déclencher l’élection de Donald Trump.

D’un point de vue libéral, la quasi-totalité des points du programme de Donald Trump sont indéfendables. On y trouve, pêle-mêle une société fermée, le retour du nationalisme, le protectionnisme à tout crin ou encore la désignation de boucs émissaires faciles (Mexicains, musulmans) pour éviter de régler les problèmes. C’est une décrédibilisation du discours politique et l’acceptation que la réalité n’a aucune importance, que pour être élu il suffit de dire n’importe quoi en flattant les plus bas instincts. Ce n’est pas moins d’État mais l’État aux mains des « bonnes » personnes. C’est aussi entretenir l’illusion dangereuse que l’État peut décider de l’endroit où une entreprise doit s’implanter. C’est enfin, une remise en cause radicale de nombreux éléments libéraux du Parti Républicain américain, libre-échange au premier chef.

Au final, s’il est évident que la politique américaine influence le reste du monde, l’élection qui vient de se jouer n’est que nationale et les remparts aux excès de l’exécutif américain (de n’importe quel bord) sont nombreux dans les institutions. Pour l’heure, il conviendrait de ne pas faire de procès d’intention et d’admettre qu’il est probable que, comme pour toutes les élections précédentes, les espoirs et les craintes soient au final à la hauteur des déceptions et des soulagements qui suivront. Pour l’heure, sur le plan des idées, la plus grande victime de l’opposition entre Clinton et Trump reste le libéralisme.