Le compte personnel d’activité pour les nuls

La secrétaire d'Etat à la ville Myriam El Khomri aux côtés du maire de Pierrefitte-sur-Seine Michel Fourcade (Crédits : Chris93, licence CC-BY-SA 4.0)

Le compte personnel d’activité se résume finalement au ripolinage de droits individuels à la formation par l’intermédiation d’une grosse plate-forme électronique gouvernée par des algorithmes censés orienter et conseiller les utilisateurs.

Par Bertrand Martinot.

Le CPA pour les nuls
La secrétaire d’Etat à la ville Myriam El Khomri aux côtés du maire de Pierrefitte-sur-Seine Michel Fourcade (Crédits : Chris93, licence CC-BY-SA 4.0)

Pour plagier Charles Péguy, tout, en ce moment, commence en mystique et finit par des plate-formes électroniques. Dernier exemple en date : le compte personnel d’activité (CPA) dévoilé par le Premier ministre et la ministre du Travail ce jeudi. Ce devait être, selon le président de la République un « progrès social majeur qui permettra de construire un modèle nouveau de sécurisation des parcours professionnels », et même comme « la réforme sociale majeure du quinquennat ». Voilà pour la mystique.

Quant à la plateforme, c’est la forme charnelle que prend le produit une fois dévoilé par la ministre du Travail. C’est que le CPA se résume finalement au ripolinage de droits individuels à la formation par l’intermédiation d’une grosse plate-forme électronique gouvernée par des algorithmes censés orienter et conseiller les utilisateurs.

Absence de droits concrets

Plutôt que des droits concrets et compréhensibles pour l’actif, celui-ci est confronté à des listes de formation fixées administrativement par les partenaires sociaux et une bureaucratie du social d’un autre âge.

Plutôt que des droits sonnants et trébuchants permettant à la personne de financer des actions de reconversion et de rebondir professionnellement, le titulaire ne se voit attribuer que des droits à des heures de formation dont on ignore le montant de prise en charge.

Plutôt que des droits assis sur des ressources en rapport avec les besoins réels, le CPA est essentiellement assis sur une ressource d’un milliard d’euros (0,2 % par redéploiement d’une petite partie des financements de la formation professionnelle) pour une population cible d’environ 20 millions de personnes, soit 50 euros par an… Plutôt qu’une offre de service diversifiée et innovante, et qui  correspondrait à l’infinie diversité des situations où ils se trouvent, les actifs en mal de reconversion professionnelle sont renvoyés par la plate-forme aux prestations habituelles du service public de l’emploi sans autre choix alternatif.

Last but not least, cette gigantesque plate-forme, qui propose des questionnaires en ligne sur les traits de caractère de l’utilisateur (pour l’aider à s’orienter professionnellement) et qui pourra stocker les feuilles de paye, comporte des risques évidents de confidentialité. Le vol reconnu par Yahoo récemment de centaines de milliers de comptes personnels devrait pourtant nous faire réfléchir.

Pour tout dire, ce sujet est central dans la réforme du marché du travail, et la sécurisation des parcours professionnels mérite bien mieux qu’une plate-forme. Il est temps, en reprenant la belle idée des droits transférables et attachés à la personne censés portés par le CPA, de bâtir enfin un système accordant aux actifs des droits concrets en matière de reconversion. Des droits dûment financés, quel que soit le statut (salarié, chômeurs, indépendants…), ouvrant l’accès aux services de conseil, d’orientation professionnelle à la formation en passant par l’accompagnement à la création d’entreprise. Telle est l’ambition que nous portons avec la proposition de « capital emploi formation » que vient de publier l’institut Montaigne.

  • Tribune publiée dans L’Opinion du 12 janvier

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