AirBnB : la révolution technologique au quotidien

Publié Par Auteur invité, le dans Économie générale

Par Elwood Mathison.

En ce qui me concerne, l’expression « libérer le marché du travail » était de nature très abstraite, quasi d’ordre philosophique. Voilà maintenant 4 mois que je me suis mis à louer un petit appartement par Airbnb. Cette expérience m’a inspiré de nombreuses réflexions et permis de toucher du doigt la façon dont l’agencement des nouvelles technologies change concrètement notre vie au quotidien. Au-delà, j’ai pu mesurer comment elles impactent l’économie et la société en les libérant, au sens où elles permettent de lever les obstacles de toute nature rendant possibles des activités économiques inédites.

C’est à la suite d’un déménagement à l’issue duquel je laissais deux appartements que je me suis lancé dans l’aventure Airbnb. Je décidai de louer le plus spacieux (90 m carrés) de façon traditionnelle (par l’entremise d’un gérant de biens) et le plus petit (40 m carrés) qui restait meublé et refait depuis peu, par Airbnb, « pour voir ».

Dès le début, lors de la rédaction et de la publication de l’annonce j’ai pu me rendre compte de la simplicité du procédé. Quelques photos, un paragraphe pour présenter l’appartement, une petite dizaine de paramètres à régler (principalement sur les options de réservations, informations bancaires etc.) : la mise en place de l’annonce ne prend pas plus d’une demi-journée.

Après publication sur Airbnb, succès immédiat

Le succès fut immédiat, car moins d’une heure après publication j’avais déjà deux réservations dont une pour le lendemain ! Le rythme, à ma grande surprise, n’a pas vraiment ralenti puisqu’en moyenne j’ai une dizaine de clients par mois et un taux d’occupation autour de 80%. En termes financiers bruts le petit appartement génère 30% de revenus de plus que le grand. Comment est-ce possible ?

Il est vrai qu’on ne peut pas comparer directement les deux car l’un étant loué de manière traditionnelle n’engendre pas de travail supplémentaire une fois le bail signé, alors que l’autre demande un travail fréquent. Pour chaque client Airbnb, je compte à peu près 2 h de travail qui se répartissent entre le ménage, la préparation en vue des nouveaux arrivants (je laisse toujours de quoi faire un petit déjeuner basique), la réception et le départ.

Je me suis aperçu qu’une bonne part du travail administratif (gestion des réservations, facturation, annulation, interactions diverses avec les clients etc.) de l’hôtellerie se fait de manière quasi-invisible : concrètement, depuis un smartphone, dans un bus, ou la file d’attente à la boulangerie.

Pas de Code du travail pour m’entraver

Le fait de ne pas être employé et donc de ne pas être soumis à un Code du travail de plusieurs milliers de pages est également un luxe que l’hôtellerie classique ne peut s’offrir. La question du travail le dimanche, discussion qui prend tant de place, n’a simplement aucun sens dans ce contexte. Je gère seul mes arbitrages entre les moments où mon logement est disponible ou pas (encore une fois cela se fait littéralement du bout des doigts, n’importe où sur Terre, et à n’importe quelle heure).

L’hôtellerie classique ne peut pas rivaliser en termes de rapport qualité-prix à cause de tous ces petits plus qui s’ajoutent les uns aux autres. Et encore, je n’aborde même pas des aspects « réseaux sociaux » qui, en l’occurrence, permettent d’établir la confiance entre les voyageurs et les hôtes (au moyen de notes et de remarques publiques établies dans les deux sens).

D’un point de vue plus global je me suis aussi rendu compte que la location type Airbnb avait une utilité sociale (d’où, in fine, le revenu que cette activité engendre en plus de l’hôtellerie traditionnelle) : celui de permettre l’utilisation de logements ayant un défaut rédhibitoire sur le long terme mais qui n’en est pas un sur le court terme.

Je m’explique : s’il est difficile d’imaginer vivre dans un studio petit et sombre mais bien placé, ce même logement peut tout à fait être très intéressant pour une clientèle professionnelle en déplacement de courte durée. Ainsi, grâce à cette nouvelle approche de la location, apparaît une clientèle pour toute une catégorie de logements qui seraient autrement utilisés de manière sous-optimale.

Enfin, quand je repense à tout ce que j’ai fait pour cette location, j’aperçois un décalage immense avec ce que j’entends des candidats à la présidentielle : ils abordent l’emploi d’une manière très technocratique et décrochée du monde réel. Je réalise combien tous ces propos autour de la protection des salariés etc., sont à côté de la plaque.

Quasiment tous les discours traitant du travail le confondent avec le salariat et/ou un statut associé. La réalité est tout autre : les technologies du numérique permettent à tout un chacun d’avoir une activité économique de manière naturelle, basée sur la mise en commun d’intérêts particuliers se rencontrant par le partage d’informations. Au bout du compte je ne suis pas un employé d’Airbnb mais bien un client de son service, lequel me permet d’avoir mes propres clients.

Le fait d’être un employé d’Airbnb ne m’a jamais effleuré l’esprit et je pense qu’il en est de même pour les autres plateformes d’économie numérique (Uber, etc.). Une réalité que ni les syndicats ni les politiques n’ont intégré, à la différence de la jeune génération qui ne demande qu’une chose : que le législateur la laisse se débrouiller seule. Ça fonctionne très bien sans lui, merci.

  1. Devant ces nouveaux modèles, c’est à l’ancien modèle de s’adapter ou de disparaître comme ont disparu les dinosaures….
    Mais les résistances sont nombreuses, n’est ce pas ddt ?

    1. @ Trallala

      Vous avez raison, je ne le nie pas, sur le principe!

      Je crois être honnête (j’essaie, du moins!), mon esprit ne peut s’empêcher de chercher, dans tout changement, toute nouveauté, les « effets pervers »! C’est un vice!

      Donc, ici, dans le cas présent, E. MATHISON procède évidemment en-dehors du « cadre habituel professionnel officiel » et échappe à toute la règlementation compliquée: rien que cela fera de lui, suivant certains, un « concurrent déloyal », « incivique » aux yeux de l’administration, et forcément un « suspect » aux yeux du fisc!

      Quant à son assureur immobilier et aux voisins, ils sont priés d’être des « délateurs républicains »!

      L’administration de l’hôtellerie ne viendra pas inspecter ses biens pour voir si « tout est au normes (changeantes) de détecteurs de fumée, de présence d’un extincteur non périmé, d’aération de pièce avec chauffe-eau », que sais-je encore?

      Moi, ça ne me choque pas, et j’assumerais d’habiter chez lui sans problème, en partageant les risques librement consentis! (J’ai connu bien pire!).

      Mais demander à « l’état », à ses instances devenues inutiles, à l’hôtellerie officielle, d’accepter cela sans réagir, c’est beaucoup demander! Donc les réactions devaient être attendues!

      Certains, même, vous diront: « dans ces conditions, comment sanctionner ces « gangsters scandaleux » de « marchands de sommeil » abusant de l’illégalité de leurs clients forcés? ».

      Le monde est ainsi fait! Et la France, sur ce sujet aussi, n’échappera pas à la polémique, une fois de plus, qui sera déclarée close par un nouveau texte législatif, avec décrets d’application, administration idoine avec son interprétation particulière des règlements issus. C’est ainsi que tourne l’Histoire!

      1. Les hôtels ont plusieurs étages, peuvent avoir jusqu’à plusieurs centaines de chambres, reçoivent du public, sont un lieu de rendez-vous, et donc un lieu où beaucoup de gens sont de passage tout au long de la journée, et même durant la nuit. Cela implique en effet le respect de normes de sécurité, mais qu’il serait parfaitement débile d’imposer à des appartements ou même des maisons qui ne subissent pas du tout les mêmes contraintes ni les mêmes risques.
        Les cris de colère des hôteliers servent juste, comme pour les taxis, à obtenir la protection étatique contre l’entrée d’un nouvel acteur dans le secteur de l’hébergement. Et l’état tout content qu’on lui demande d’intervenir va créer une situation de monopole corporatiste pour freiner l’innovation et l’évolution. Tout cela se fait, au final, au détriment de tous, hôteliers compris.

        1. Au détriment de tous les professionnels du tourisme, d’ailleurs, partiels ou exclusifs!

      2. Bah les Hôtels s’adapteront …
        Ils sont déjà devenus très attentifs et réactifs aux commentaires des clients sur booking.com

        La roue tourne, le pouvoir revient aux consommateurs.

        Faut pas oublier que AirBnb est né d’une pénurie de chambres d’hôtel en période de salons à Frisco. Phénomènes qui existe dans beaucoup de grandes villes. Donc le nombre de chambres disponible augmente, les hôtels ne pourront plus faire la culbute X 2, X 3 en période de foires. Faut dire qu’ils ont trop profité, jusqu’au jour où excédé, un étudiant à créer cette start-up ….. Frisco, Ville Libérale, Uber est aussi né à Frisco, le chiffre d’affaire du taxi à été depuis multiplié par 5, comme quoi il y avait de la demande, bien sur, la compagnie de taxi locale à coulé, c’était un dinosaure …

        1. « Frisco » vient aussi d’adopter l’une des réglementations les plus restrictives au monde concernant la location meublée : pas plus de 30 ou 60 jours par an, et uniquement autorisée en présence du propriétaire dans sa résidence principale.

          Ils ont en fait pris AirbMachin à leur propre jeu, qui vantait les vertus du « lien social » et du « partage »…

          Raison de la volte-face de la ville :
          – désertification ultra-rapide des quartiers centraux (conversion massive de logements en meublés touristiques),
          – proportion astronomique de fraudeurs parmi les loueurs, tous couverts par la plateforme (qui invoquait le secret bancaire suisse, pardon le « respect de la vie privée »),
          – collaboration à reculons de la plateforme avec les services municipaux.

          Et certains ici sont plus royalistes que le roi…

          1. @ jbpieri

            Il faut dire – et, franchement, je l’espère – le mouvement est sérieusement engagé, « l’ubérisation ». Ce midi mini-débat sur « la location de vêtements », surtout pour les bébés et jeunes enfants qui grandissent trop vite pour pouvoir user, mais ça existe aussi pour adultes …

            Pour voyager et « loger », j’ai trouvé ceci: ce ne sont pas les solutions qui manquent!

            http://www.routard.com/dossier-pratique/cid131470-dormir-chez-l-habitant.html?page=3

  2. « … la jeune génération qui ne demande qu’une chose : que le législateur la laisse se débrouiller seule. »

    Cette remarque est une généralité sans fondements réels car la jeune génération est, elle aussi, bien divisée sur la question. Et si tel était le cas, on verrait moins de jeune dans les manifs pour les retraites, moins de jeunes fonctionnaires, …

    C’est avant tout une question d’ambition et non d’âge. La jeune génération est loin d’être uniforme et l’on y retrouve les mêmes disparités que chez les moins jeunes.

  3. « … la jeune génération qui ne demande qu’une chose : que le législateur la laisse se débrouiller seule. » Or dans l’article on ne nous parle que de la jeune génération nantie, celle qui possède non pas un, mais deux appartements… soit peut-être 0,1% des moins de 50 ans dans le pays. La véritable « jeune génération » n’est pas propriétaire, et ne peut donc louer son bien en meublé touristique…

    Pis, la multiplication anarchique (et souvent frauduleuse) de ces locations temporaires contribue à éloigner la fameuse « jeune génération » de l’accès au logement et à la propriété par attrition de l’offre et renchérissement des loyers (cf. données hallucinantes sur la désertification des arrondissements centraux de Paris en cours, que l’on retrouve dans la plupart des zones touristiques en Europe, France comprise).

    C’est un classique effet de rente : les seuls bénéficiaires économiques en sont les propriétaires, ou les « sous-loueurs », la plupart fraudeurs eu égard aux réglementations de l’usage des logements. Réglementations anciennes (1945 en France), et pas du tout franco-françaises (les zoning laws sont pratiquées partout dans le monde depuis l’après 2e guerre mondiale), qui ont un intérêt social reconnu.

    Si rien n’est fait pour stopper les abus comme si bien décrits par l’auteur (fraudeur?) dans ce billet, j’anticipe un marasme social et urbain (paupérisation par renchérissement des loyers, éloignement des jeunes actifs des métropoles, engorgement accru des transports, muséification des centres au détriment des commerces de base, etc.), qui sera au final un marasme économique (valeur globalement détruite, à l’exception d’une infime minorité de bénéficiaires).

  4. La réponse est dans l’article : il n’est pas nécessaire d’être propriétaire car l’activité Airbnb génère une plus value vis à vis d’une location traditionnelle. Il est tout à fait imaginable de louer un petit studio pour 3/400 euros par mois, de l’arranger et de le mettre sur le marché Airbnb. En gérant 4 ou 5 studios de cette manière (ce qui doit être gérable par une seule personne sans soucis) on peut générer suffisamment de revenus pour vivre très bien. Au pire si on commence sans capital on peut faire un emprunt à la consommation de quelques milliers d’euros (pour meubler les studios) et si on le fait intelligemment (donc pas 4 appartements d’un coup mais petit à petit) ça doit être possible d’en faire un business florissant.

    Mais ce n’est pas le but de cet article. Il ne s’agit pas de croire que ça va résoudre tous les problèmes de chômage : encore une fois, c’est rester collé sur une image figée une personne = un statut = un travail. C’est une opportunité ouverte pour exercer une activité économique qui est quasiment à la portée de tous (encore faut il s’en donner les moyens et se bouger).

  5. petit appartement génère 30% de revenus de plus que le grand.

    Non seulement celà, mais il est pas soumis aux tracasseries du droit des locataires trop protecteur, donc plus de problèmes d’impayés, d’expulsions, d’huissiers …

    Et miracle, beaucoup de biens se retrouvent sur AirBnb alors qu’ils resteraient vide, car leurs propriétaires ne veulent les louer au mois et être spolliés par des locataires indélicats encouragés par une législation bien trop en faveur du locataire….

    Et le plus nul, les moulinets de nos ministresse du logement n’y changeront rien, le futur se fait sans eux ….

  6. Bonjour,

    Pour signaler qu’il y a justement une affaire en cours en ce moment sur la thématique.

    http://www.latribune.fr/technos-medias/innovation-et-start-up/sous-locations-abusives-sur-airbnb-le-juge-doit-trancher-629297.html

    A suivre donc pour le verdict. (Le juge a mis sa décision en délibéré au 21 février. )

    Et en fonction, peut être qu’il serait possible de négocier un bail un peu plus souple permettant de sous louer sans risque, mais ceci se traduirait certainement par un loyer plus élevé.

  7. En l’état actuel de la législation (loi ALUR, qui a considérablement assoupli les conditions de sous-location par rapport à l’interdiction totale précédemment en vigueur), le « business » ne peut absolument pas être florissant pour un locataire : même avec l’accord du propriétaire (obligatoire) il est interdit de sous-louer pour un loyer journalier supérieur à celui du bail « à l’année ».

    En cas de non-respect, le propriétaire peut exiger du locataire de percevoir l’intégralité de la différence…

    Ah, et au fait, sans l’accord du même propriétaire, la sous-location rend le locataire expulsable à la minute, avec en plus dommages et intérêts à la clé.

    Enfin, avec 3 ou 4 studios, le « sous-loueur » est soumis : à la CSG/CRDS (15,5% au 1er euro), au RSI (23% s’il réalise plus de 23k€ de C.A) et bien sûr aux impôts sur les BIC (selon les tranches d’imposition, au 1er euro : 15%, 30%, etc.).

    Vu que dans quelques mois, les plateformes seront contraintes de communiquer directement au fisc les revenus générés (Loi de Finances 2017), l’opération devient du coup nettement moins « florissante »… Qu’en pensez-vous cher E.M?

  8. Franchement trop simpliste

    Le nombre de logement proposé par Airbnb explose. Le jour ou il y en aura trop les rendements locatifs (en raison de la concurrence) et la fiscalité ne rendront plus le système aussi lucratif. La question de sous location risque aussi avec le temps poser des problèmes car les propriétaires mettrons des clauses dans les baux pour récupérer une partie du gain, car ils voudront une partie du gâteau. Ce genre de procédé me dure qu’un temps mais lorsqu’il est trop étendu son intérêt fortement. Dans la vie les solutions ou l’on gagne de l’argent trop facilement et que tout le monde peu copier ne durent jamais. Quelle évidence.

  9. Les sous locations sont en général interdites par le propriétaire. Ils sera intéressant de voir si les jugescdonnent raison au propriétaire face au locataire.

  10. +1 mais c’est déjà un peu le cas à Paris, la majorité des Airbnb rentables sont dans les beaux quartiers au delà la rentabilité chute drastisquement, par contre j’avoue que ça va faire mal pour ceux qui sous louent en même temps, c’est logique je connais pas les chiffres mais là part de sous-loc légales doit être ridicule sur toutes les sous-loc. En même temps c’est un vice du système à la base c’est fait pour les proprio faut bien remettre les pendules à l’heure.

  11. Un tiers des locations airbnb sont le fait de multi-proprio et qui plus est dans les meilleurs quartiers , la situation va vite devenir à la normal dans quelques mois, et zou plus de la moitié des airabnb restant supprimés car en sous-loc illégal le reste dans des arrondissement style 20ème ou la rentabilité est très faibles parce que personnes veut un airbnb à Bagnolet ou la Villette

  12. Ah moins qu’un cartel se forme entre proprio et locataires et que la clientèle aisé ait le porte monnaie qui suivent pour satisfaire le loueur et le proprio : peu sur mais pas improbable

  13. Non, il n’y a pas de « règle du jeu ». Ca c’est l’idéologie dominante qui voudrait qu’il n’y ait qu’un seul modèle économique décidé par l’état et auquel tous devraient se conformer sans possibilité de choix.
    Il y a de la place pour tout le monde, tous types de services pour tous types de demandes. Et si un modèle disparaît, c’est qu’il est dépassé par l’évolution naturelle et inévitable des habitudes, des innovations, etc. La société change, il faut s’adapter. Revoir la parabole des marchands de bougies à ce sujet.

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