AirBnB : la révolution technologique au quotidien

By: Viaggio Routard - CC BY 2.0

Il y a quelques mois, E. Mathison décidait de louer par AirBnB un petit appartement. Cela a été pour lui l'occasion de voir concrètement comment les nouvelles technologies étaient en train de révolutionner silencieusement nos habitudes...

Par Elwood Mathison.

AirBnB : la révolution technologique au quotidien
By: Viaggio RoutardCC BY 2.0

En ce qui me concerne, l’expression « libérer le marché du travail » était de nature très abstraite, quasi d’ordre philosophique. Voilà maintenant 4 mois que je me suis mis à louer un petit appartement par Airbnb. Cette expérience m’a inspiré de nombreuses réflexions et permis de toucher du doigt la façon dont l’agencement des nouvelles technologies change concrètement notre vie au quotidien. Au-delà, j’ai pu mesurer comment elles impactent l’économie et la société en les libérant, au sens où elles permettent de lever les obstacles de toute nature rendant possibles des activités économiques inédites.

C’est à la suite d’un déménagement à l’issue duquel je laissais deux appartements que je me suis lancé dans l’aventure Airbnb. Je décidai de louer le plus spacieux (90 m carrés) de façon traditionnelle (par l’entremise d’un gérant de biens) et le plus petit (40 m carrés) qui restait meublé et refait depuis peu, par Airbnb, « pour voir ».

Dès le début, lors de la rédaction et de la publication de l’annonce j’ai pu me rendre compte de la simplicité du procédé. Quelques photos, un paragraphe pour présenter l’appartement, une petite dizaine de paramètres à régler (principalement sur les options de réservations, informations bancaires etc.) : la mise en place de l’annonce ne prend pas plus d’une demi-journée.

Après publication sur Airbnb, succès immédiat

Le succès fut immédiat, car moins d’une heure après publication j’avais déjà deux réservations dont une pour le lendemain ! Le rythme, à ma grande surprise, n’a pas vraiment ralenti puisqu’en moyenne j’ai une dizaine de clients par mois et un taux d’occupation autour de 80%. En termes financiers bruts le petit appartement génère 30% de revenus de plus que le grand. Comment est-ce possible ?

Il est vrai qu’on ne peut pas comparer directement les deux car l’un étant loué de manière traditionnelle n’engendre pas de travail supplémentaire une fois le bail signé, alors que l’autre demande un travail fréquent. Pour chaque client Airbnb, je compte à peu près 2 h de travail qui se répartissent entre le ménage, la préparation en vue des nouveaux arrivants (je laisse toujours de quoi faire un petit déjeuner basique), la réception et le départ.

Je me suis aperçu qu’une bonne part du travail administratif (gestion des réservations, facturation, annulation, interactions diverses avec les clients etc.) de l’hôtellerie se fait de manière quasi-invisible : concrètement, depuis un smartphone, dans un bus, ou la file d’attente à la boulangerie.

Pas de Code du travail pour m’entraver

Le fait de ne pas être employé et donc de ne pas être soumis à un Code du travail de plusieurs milliers de pages est également un luxe que l’hôtellerie classique ne peut s’offrir. La question du travail le dimanche, discussion qui prend tant de place, n’a simplement aucun sens dans ce contexte. Je gère seul mes arbitrages entre les moments où mon logement est disponible ou pas (encore une fois cela se fait littéralement du bout des doigts, n’importe où sur Terre, et à n’importe quelle heure).

L’hôtellerie classique ne peut pas rivaliser en termes de rapport qualité-prix à cause de tous ces petits plus qui s’ajoutent les uns aux autres. Et encore, je n’aborde même pas des aspects « réseaux sociaux » qui, en l’occurrence, permettent d’établir la confiance entre les voyageurs et les hôtes (au moyen de notes et de remarques publiques établies dans les deux sens).

D’un point de vue plus global je me suis aussi rendu compte que la location type Airbnb avait une utilité sociale (d’où, in fine, le revenu que cette activité engendre en plus de l’hôtellerie traditionnelle) : celui de permettre l’utilisation de logements ayant un défaut rédhibitoire sur le long terme mais qui n’en est pas un sur le court terme.

Je m’explique : s’il est difficile d’imaginer vivre dans un studio petit et sombre mais bien placé, ce même logement peut tout à fait être très intéressant pour une clientèle professionnelle en déplacement de courte durée. Ainsi, grâce à cette nouvelle approche de la location, apparaît une clientèle pour toute une catégorie de logements qui seraient autrement utilisés de manière sous-optimale.

Enfin, quand je repense à tout ce que j’ai fait pour cette location, j’aperçois un décalage immense avec ce que j’entends des candidats à la présidentielle : ils abordent l’emploi d’une manière très technocratique et décrochée du monde réel. Je réalise combien tous ces propos autour de la protection des salariés etc., sont à côté de la plaque.

Quasiment tous les discours traitant du travail le confondent avec le salariat et/ou un statut associé. La réalité est tout autre : les technologies du numérique permettent à tout un chacun d’avoir une activité économique de manière naturelle, basée sur la mise en commun d’intérêts particuliers se rencontrant par le partage d’informations. Au bout du compte je ne suis pas un employé d’Airbnb mais bien un client de son service, lequel me permet d’avoir mes propres clients.

Le fait d’être un employé d’Airbnb ne m’a jamais effleuré l’esprit et je pense qu’il en est de même pour les autres plateformes d’économie numérique (Uber, etc.). Une réalité que ni les syndicats ni les politiques n’ont intégré, à la différence de la jeune génération qui ne demande qu’une chose : que le législateur la laisse se débrouiller seule. Ça fonctionne très bien sans lui, merci.