Pourquoi Obama a échoué

Obama quittera ses fonctions, ne comprenant pas ce qui a mal tourné, alarmé par la destruction de son parti et effrayé par les forces réactionnaires que sa réforme du système de santé et une stagnation économique durable ont déchaînées.

Par Jeffrey Tucker, depuis les États-Unis.

Pourquoi Obama a échoué
By: Marc NozellCC BY 2.0

De toute ma vie, aucune présidence n’a été accueillie avec autant d’enthousiasme et autant d’espoirs démesurés que celle de Barack Obama. Dès le début de son premier mandat, un engouement proche du culte s’était déjà développé parmi l’élite intellectuelle et médiatique. C’était l’aube d’une nouvelle ère, marquée par des attentes exubérantes en matière de justice, d’équité, d’égalité, de paix et de bonheur pour les quatre coins du pays. Si on considère l’intelligence manifeste, l’érudition et les bonnes intentions de ce grand homme, toutes ces prévisions ne pouvaient être vues que comme des certitudes.

Le site Salon.com résume l’ère Obama ainsi :

« En 2008, Obama a fait campagne sur l’espoir et cela a contribué à attirer un électorat vaste et divers, excité à l’idée que cet homme plein de charme, qui a tout du héros de feel-good movie, puisse nous donner un happy end. Obama a passé les années suivantes à cultiver cette image… Tout au long de ses mandats, il a incarné l’espoir et a remporté d’impressionnantes victoires qui justifient son image héroïque : l’adoption de la législation sur les soins de santé universels, l’assassinat d’Osama ben Laden, le rétablissement de la bureaucratie fédérale qui en majeure partie a refonctionné comme elle était censée le faire. »

Maintenant, deux mois après le plus grand bouleversement politique que la majorité d’entre nous ne connaîtra jamais, une nouvelle réalité est en train de poindre : Obama a échoué. Les succès supposés comme l’Affordable Care Act se sont transformés en tas de poussière. Ne reste qu’une énorme masse de décrets et de lois signés qui semble destinée à être abrogée.

Huit années au pouvoir pour bien peu de résultats. La croissance n’a jamais décollé. L’espoir et le vent du changement se sont transformés en frustration et en peur. Le dernier mois d’Obama au pouvoir s’est résumé à un affairement frénétique. Il devait faire quelque chose d’important, n’importe quoi, pour assurer sa place dans l’histoire : relâcher des prisonniers, imposer de nouvelles lois ou faire une dernière pirouette.

Pourquoi cet échec

À quoi cet échec est-il dû ? Au début comme à la fin, la raison est toujours la même. Malgré son intelligence, son érudition, son sérieux, son génie des relations publiques et sa maîtrise totale du spectacle à la hollywoodienne nécessaires à une présidence, le problème central d’Obama a été son incapacité à répondre à la préoccupation principale de tous les Américains : leur niveau de vie.

Autrement dit, malgré ses propres espérances et son charisme, malgré ses experts et leurs impressionnants CV, malgré son cabinet prestigieux, malgré l’enthousiasme de ses partisans, Obama n’a pas mis fin à la stagnation économique chronique. Le film est terminé. Nous quittons le cinéma avec notre paquet de pop-corn vide et notre soda sans bulles, et de nouveau nous sommes confrontés au monde réel et non à la version fantasmée que nous avons vue sur l’écran.

Plusieurs facteurs peuvent être mis en cause mais supposons qu’Obama et son équipe soient véritablement arrivés avec les meilleures intentions. Quelle pièce du puzzle manque-t-il ? Il n’a jamais compris l’économie et a toujours accordé trop peu de crédit au pouvoir qu’a la liberté d’engendrer richesse et prospérité.

Bien que ne faisant pas la même analyse que moi, les Greenberg ont bien décrit le problème :

« Dans l’héritage Obama, on doit déplorer les plus de mille Démocrates qui ont perdu les élections durant ses deux mandats. Les Républicains ont désormais le contrôle total dans la moitié des États américains.

Pourquoi un tel carnage politique ?

Devant faire face à l’effondrement possible de l’économie lorsqu’il est arrivé au pouvoir, Obama a consacré sa présidence à la reprise économique, commençant par la restauration du secteur financier. Mais il n’a jamais mis au centre de sa mission économique la question des salaires stagnants et des inégalités galopantes, alors que pendant ces huit années la majorité des Américains a connu de graves difficultés financières. »

Ce qui veut bien dire que l’échec du programme économique d’Obama a mis son parti en déroute.

« Pendant ce temps, Obama a refusé de véritablement consacrer du temps et des ressources pour expliquer efficacement son action. Il pensait que les améliorations visibles sur le terrain, particulièrement celles dues à ses politiques économiques et au Affordable Care Act, réussiraient à lui donner raison et à marginaliser ses opposants. »

Il a vraiment cru que cela marcherait, bien que quiconque possédant quelques bases en matière d’économie pouvait prévoir l’échec de l’ACA. Toute personne familière de l’histoire du socialisme pouvait voir qu’un tel dispositif fondé sur le commandement et le contrôle contenait en soi les germes de son échec.

« Sans Président qui éduque le public sur son plan d’action, les efforts de relance économique se sont limités pour les électeurs aux renflouements : renflouements des banques, renflouements des constructeurs automobiles ou renflouements des assurances. Dès sa seconde année au pouvoir, Obama a mis en avant la création de nouveaux emplois et a exhorté les Démocrates à soutenir nos « progrès ».

Quand le Président Obama a commen à porter son attention sur les ‘laissés pour compte’ ne profitant pas de la reprise, il a alors appelé à construire une ‘échelle d’opportunité’. Cela a envoyé comme signal que le Président croyait que c’était bien le manque d’opportunités pour une nouvelle Amérique multiculturelle et en ascension qui était le principal défi économique du pays et non le combat économique sans fin que menait la majorité de la population. »

Ce qui veut bien dire qu’il a pris la création de richesse comme allant de soi, comme s’il s’agissait d’une machine fonctionnant toute seule sans carburant. Son gouvernement a considéré que ses missions se limitaient à ce que les médias et les élites intellectuelles applaudissaient : obtenir des résultats cosmétiques sur des causes sans substance de justice sociale, d’intégration culturelle et de gestion progressiste de l’État. Il est certain que des changements de politiques auraient pu être accomplis sur ce front, comme la fin de la guerre contre la drogue ou la réforme pénale, mais ils ont été trop inconséquents ou bien sont arrivés trop tard.

Méconnaissance de l’économie

La première analyse en profondeur de la vision d’Obama sur l’économie que j’ai lue a été écrite par David Leonhardt en août 2008 après toute une série d’interviews avec le candidat à la présidentielle. Comme d’habitude, Obama s’est montré éloquent. Cependant, sur sa vision de l’économie, il s’est montré vague, revenant par défaut à un centre technocratique qui rejette à la fois le marché libre et le socialisme.

Leonhardt l’a vite compris et a commenté :

« Il peut être inspirant lorsqu’il parle de comment le monde entier a fini par nous envier mais quand on en vient à ce qu’il veut faire par la suite, comment il veut faire en sorte que les États-Unis continuent d’être un modèle pour le monde, sa pensée prend la forme d’une longue liste de courses sur l’état de l’Union. »

Une longue liste de courses de politiques, ça résume à peu près toute la pensée économique d’Obama. Il n’a jamais eu de grandes idées, un cadre de réflexion pour penser les fondamentaux de l’économie. Toutes les interviews de cette période illustrent à quel point on peut être brillant sans pour autant comprendre comment l’économie fonctionne. Il n’y comprenait tout simplement rien.

Obama n’a jamais su d’où venait la richesse, comment la liberté contribue à sa création, comment le droit à la propriété privée crée un contexte sécurisant où la prospérité peut s’épanouir, et encore moins comment l’État dans ses contrôles et ses missions nuit à la croissance. Chaque fois que les arguments précédents lui ont été présentés, il les a balayés comme des inventions héritées de l’ère Reagan. Et pour ne rien arranger, les gens à la mode ont toujours applaudi les dénonciations de la théorie du ruissellement.

La prise de pouvoir des technocrates

Obama est entré à la Maison Blanche en 2009 au milieu d’un cataclysme financier. Il a dû faire face à un fatras incroyable de renflouements et d’interventions monétaires qu’il ne pouvait même pas commencer à comprendre. Il a continué la politique de son prédécesseur. Comme Bush il a fait le choix de la tolérance zéro envers tout ralentissement économique, aussi bref soit-il. Il a formé son équipe de technocrates et d’experts en renflouement et n’est jamais revenu là-dessus.

Dans une certaine mesure, c’est bien compréhensible. Le courant majoritaire des économistes a depuis longtemps transformé la question de la prospérité en une affaire technique. La gestion scientifique des agrégats macroéconomiques peut influencer les résultats si les bons experts sont aux manettes et ont à disposition des ressources et un pouvoir suffisants. Manquant de convictions propres, Obama a sous-traité le sujet à tout ce courant majoritaire, pompeux et suffisant. Et ils l’ont laissé tomber, ils nous ont laissés tomber.

Huit ans plus tard, en avril 2016, dans une autre interview pour le New York Times, Obama semble toujours aussi perdu sur le sujet. « Il y a bien trois ou quatre choses de bon sens que nous aurions pu faire grâce auxquelles nous aurions pu impulser une hausse d’un pourcent ou deux par an », indique Obama. « Nous aurions pu faire baisser le taux de chômage plus bas, plus vite. Nous aurions pu faire augmenter les salaires encore plus vite que nous ne l’avons fait. Et tout ça me maintient éveillé la nuit parfois. »

Aujourd’hui encore, il ne prête toujours pas l’oreille. Comment aurait-il précisément pu faire baisser le chômage ? Comment allait-il faire monter les salaires ? Il n’y a pas de tour de contrôle à Washington, D.C, où vous pouvez entrer, tourner un bouton pour réduire le chômage et donner un coup de pouce aux salaires. Si elle avait existé, il aurait certainement fait tout ça. La relation de cause à effet en économie continue de lui échapper.

Dans une autre interview de 2016, faisant face à l’échec de sa politique de la santé et de l’emploi, sa frustration a donné lieu à ce petit morceau d’honnêteté :

« L’une des choses que j’ai constamment essayé de me rappeler durant ma présidence est le fait que l’économie n’est pas une abstraction. Ce n’est pas quelque chose que l’on peut reconfigurer, mettre en pièces et remettre en place sans conséquence. »

C’est incroyable qu’il ait dû « se rappeler » que personne ne peut reconfigurer une économie. Tant mieux, toutefois, qu’il l’ait compris. Il aurait été bénéfique qu’il ait donné suite plus tôt et plus franchement aux implications de cette déclaration. Il aurait su alors que l’État ne peut pas produire de résultats bénéfiques mais peut seulement les entraver.

Ce n’est pas en gouvernant que l’on crée des richesses

D’une certaine façon, cet homme extrêmement instruit, au CV parfait et ayant l’entourage qu’il faut, a été la victime d’un système éducatif qui a dissimulé les grands principes de l’économie.

Malgré ses grandes connaissances sur apparemment tous les sujets et son charme infini quand il s’agit de se vendre au public, le point le plus essentiel lui a échappé. Il n’a jamais compris que la richesse n’était pas un acquis. Elle doit être créée via l’entrepreneuriat, l’innovation, le commerce et l’expérimentation, et ce par de vraies personnes qui ont besoin d’avoir les mains libres pour essayer et de ne pas être entravées par un État régulateur et confiscatoire. Cela n’arrive pas parce que nous avons un type sympa et populaire à la Maison Blanche. Cela arrive parce que les institutions sont les bonnes.

Cette leçon on ne peut plus simple lui a échappé. Dans le cas contraire, sa présidence aurait pu être une réussite. Au lieu d’imposer en nombre de nouvelles réglementations et d’accoucher de la pire réforme du système de santé que l’Amérique ait connu, plombant l’industrie de fardeaux permanents, il aurait pu prendre la route opposée.

Avisé, Obama a déclaré à la convention du parti démocrate que « nous ne cherchons pas à être gouvernés ». « Les États-Unis ça n’a jamais été une personne nous disant ce qu’elle fera pour nous », a-t-il ajouté. « Ça a toujours été ce que nous pouvons accomplir nous-mêmes, ensemble, à travers le difficile, lent, parfois frustrant mais finalement durable travail de l’auto-gouvernance. »

Cette phrase était censée être une attaque contre Trump mais on peut aussi la voir comme une attaque contre la gestion de l’économie par son gouvernement. Si seulement il avait vu que l’auto-gouvernance n’est pas seulement vraie en politique mais qu’il s’agit aussi du principe fondamental de l’économie.

Le voilà quittant ses fonctions, ne comprenant pas ce qui a mal tourné, inquiet de son héritage, alarmé par la destruction de son parti et effrayé par les forces réactionnaires que sa réforme du système de santé et une stagnation économique durable ont déchaînées. Il y a là une part de tragédie. C’est le destin d’un homme qui savait tout, excepté la seule chose qu’il avait besoin de connaître afin de générer un espoir et un changement véritables et durables.

Vous pouvez avoir les espoirs les plus hauts, les meilleures aspirations, un vaste soutien public et tous les appuis prestigieux du monde, mais si vous n’avez pas la bonne approche en économie rien d’autre ne fonctionnera comme vous le voudriez.

Sur le web. Traduction : Contrepoints