L’échec d’Obamacare est-il en vue ?

Obama Hope - Crédits Steve Rhodes via Flickr (CC BY-ND 2.0)

Le vote de la loi dite Obamacare (Affordable Care Act) a été le grand marqueur de la présidence Obama. Son échec est pourtant déjà proche.

Par Bernard Zimmern.

Obama Hope - Crédits Steve Rhodes via Flickr (CC BY-ND 2.0)
Obama Hope – Crédits Steve Rhodes via Flickr (CC BY-ND 2.0)

Obtenu grâce à la conquête par le parti démocrate de 60 postes de sénateurs sur les 100, et après des mois de procès juridique, le dernier concernant le Wisconsin dans des circonstances ubuesques1, le marqueur politique que représente Obamacare serait en danger, non sur le plan juridique où la Cour suprême l’a validé, mais dans la pratique car les caisses d’assurance établies pour accueillir ceux qui ne disposaient pas jusqu’alors d’une assurance santé, déposent le bilan l’une après l’autre.

Le plus important assureur de santé aux États-Unis, le United Health Group Inc., vient d’annoncer qu’il avait subi des pertes majeures à travers les caisses organisées dans les États dans le cadre de cette loi. L’un des problèmes est que les nouveaux assurés s’assurent seulement lorsqu’ils ont un problème de santé et que le coût de ces assurés serait 20 % plus élevé que le coût normal. Un autre problème est que les jeunes ne s’assurent pas, préférant subir une pénalité de plusieurs centaines de dollars plutôt que de payer le prix de l’assurance.

Un exemple est celui, au Texas,  d’une femme de 48 ans, mariée, avec 4 enfants, dont l’assurance s’est retirée et qui n’a d’autres choix que de souscrire une police ne garantissant pas son médecin de famille et représentant cependant une dépense de 1.540 $ par mois.

Cette femme a préféré s’inscrire dans une organisation chrétienne caritative dont les membres acceptent de partager d’avance les dépenses de santé qui pourraient frapper d’autres membres.
Il est clair que le président Obama a fait une faute majeure en ne supprimant pas les assurances de santé et en ne les remplaçant pas par un payeur unique, comme l’URSSAF en France.
Au moins, avec un payeur unique, plus personne ne sait si les cotisations couvrent ou non les dépenses.

La liberté de cette femme de souscrire à une coopérative est impensable en France où nous n’avons pas le choix de couvrir nos dépenses de santé autrement qu’à l’URSSAF (ou autres caisses comme pour les notaires, les artisans) et où même les médecins non conventionnés en catégorie 3, qui seraient environ 500 en France, sont obligés de déclarer à la Sécurité sociale tous leurs actes, et dont la visite est remboursée 3,90 €.

Cette évolution américaine interpelle : il y a ceux qui vont dénoncer ces sociétés d’assurance avides, dont la conduite n’est dictée que par le profit. Il y a ceux, et nous en sommes, qui vont se demander si la liberté de choisir n’est pas la forme la plus efficace et la plus égalitaire pour une politique nationale de santé.

Les Hollandais ont choisi en 2006 de passer du payeur unique à une solution qui pour moitié fait couvrir les dépenses de santé par la solidarité nationale de l’impôt, et l’autre moitié par des assurances qui seules ont la taille pour réunir les compétences nécessaires et servir d’intermédiaire entre les médecins et autres fournisseurs de santé et les patients, mais les mettent en concurrence.

Pour l’instant, comme démontré dans le colloque tenu en février 2015, les Hollandais semblent largement gagnants, tant sur le plan de la qualité de la santé en Hollande qui serait en tête des pays européens, que sur le plan de l’égalité entre citoyens.

L’évolution de la santé en France, passée du premier rang en 2000 au neuvième rang (2013) et au onzième rang (2014) en Europe, et les inégalités qui s’accroissent comme peuvent le mesurer ceux qui n’ont d’autre alternative que les salles combles des urgences dans les hôpitaux publics, ne peut manquer de faire écho aux événements qui se déroulent de l’autre côté de l’Atlantique.


Sur le web

  1. la victoire y ayant été obtenu après un recomptage des voix où des prisonniers auraient participé et qui aurait donné le siège au parti démocrate avec seulement quelque 200 voix d’avance