Le coup d’État citoyen : la démocratie réinventée

Une transition est en cours, une mutation qui s’appuie largement sur les technologies de l’open source. La renaissance démocratique est en marche.

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Le coup d’État citoyen : la démocratie réinventée

Publié le 23 décembre 2016
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Par Farid Gueham.
Un article de Trop Libre

Le coup d’état citoyen : la démocratie réinventée
By: Denis BocquetCC BY 2.0

Pour Elisa Lewis, jeune entrepreneure et Romain Stiline, consultant et maître de conférence à Sciences Po Paris, auteurs du Coup d’État citoyen, la faillite de nos institutions et l’épuisement de notre système représentatif sont, plus que les signes annonciateurs d’un renouvellement démocratique, les symptômes d’une révolution discrète et déjà bien entamée.

En 2014 déjà, lors des élections européennes du 25 mai, un électeur français sur deux ne s’était pas déplacé vers les bureaux de vote. Toujours sensibles aux messages des électeurs, classe politique et institutions s’engagent à prendre en considération ce silence assourdissant de l’abstention. Mais la rente de situation est confortable et les gardiens du temple de l’ancien régime n’entendent pas abdiquer aussi facilement.

La montée des populismes, répétition de pièces maintes fois jouées, laissant peu de place à l’innovation ou au renouvellement de la classe politique. « Depuis quelques années, une vague de fronde politique s’est abattue sur les démocraties occidentales dont le fonctionnement semblait solidement établi », constatent les auteurs. De la Puerta del Sol à Madrid, aux « Aganaktismeni » ces citoyens « en colère » d’Athènes en 2011, la contestation transcende les frontières.

Autant de contestations d’un genre nouveau, signe d’un malaise vis-à-vis d’un système démocratique en panne, d’une société qui ne se sent tout simplement plus représentée. Face aux professionnels de la politique et aux technocrates européens, la légitimité du pouvoir s’affaiblit.

De la fin d’un système à la renaissance démocratique

Une transition est en cours, une mutation qui s’appuie largement sur les technologies de l’open source, porteuse de projets aussi divers que des guides techniques, des tutoriels ou des plans duplicables et diffusables à l’infini. La renaissance démocratique est en marche.

Les outils du numérique ne sont pas ses fondements, sinon les moyens de diffusion et de son renforcement, comme l’expliquent les auteurs : « au final, les révolutions collaboratives et numériques ne sont ni bonnes ni mauvaises en elles-mêmes (tout dépend de ce que l’on en fait). À notre sens, ce sont moins les outils techniques et technologiques que les nouvelles formes d’organisation et d’action de la société qui sont prometteuses pour notre démocratie ».

Effervescence collaborative : la multiplication des initiatives à travers le monde

On ne compte plus les partis citoyens portés par l’envoûtante promesse de « hacker » ce système démocratique moribond. De la primaire.org en passant par le mouvement « ma voix », le Partido de la Red en Argentine, au Parti Pirate, les initiatives envoient des signaux forts et un message commun : celui d’une urgence, d’un besoin de redynamiser la démocratie. « En expérimentant de nouvelles procédures (tirages au sort, candidats anonymes, plateformes de décisions collaboratives, démocratie liquide), ces mouvements d’un nouveau genre contribuent à transformer de manière structurelle les mécanismes démocratiques et permettent aux citoyens de formuler leur choix et de renouveler les espaces de débats ».

Gouvernance 2.0 : vers l’inclusion active du citoyen

Inclure les citoyens dans la fabrication des lois, par des travaux physiques ou dématérialisés : une gageure audacieuse par le passé, qui fait aujourd’hui partie intégrante du processus de modernisation des institutions. Les expériences déjà lancées, en 2013, en Irlande et en Australie et plus récemment en France avec la concertation en ligne pour une république numérique, réintègrent la compétence et la responsabilité du citoyen ; « l’ensemble de ces expériences vont à rebours de toutes les idées reçues qui dénoncent l’incompétence, l’égoïsme, l’irrationalité ou l’incapacité des citoyens pour se prononcer sur des problématiques complexes d’un intérêt général. Il ne fait pas de doute que nous sommes à un tournant majeur qui verra, de plus en plus, les citoyens contribuer à l’écriture des lois ».

La pratique du lobbying ressuscitée par le numérique

À Bruxelles, près de 3000 lobbyistes œuvrent chaque jour, soit autant d’âmes que le nombre de fonctionnaires rattachés aux services de la Commission européenne. Longtemps pointée du doigt, la pratique du lobbying n’en est pas moins vitale pour des institutions qui peuvent, grâce à cette pratique, demeurer réactives aux attentes de la société civile. C’est dans l’opacité de son fonctionnement et parfois dans la démesure de ses moyens que s’enracine la mauvaise réputation de la pratique lobbyiste.

Réintégrer le lobbying par la transparence et le contrôle, c’est notamment l’objectif d’acteurs tels que la plateforme « Integrity Watch France », ou le collectif « Regards Citoyens », qui décortiquent et vulgarisent le contenu des rapports parlementaires : « ouvrir les données consiste donc en un formidable transfert de pouvoir vers les citoyens qui peuvent désormais veiller à ce que les acteurs publics restent au service de l’intérêt général ».

Les outils techniques mobilisés par les initiatives d’« open democracy » œuvrent, in fine, pour une révolution des pratiques et des cultures politiques. Un mouvement qui se heurte d’ors et déjà aux résistances du système politique en place, comme en témoigne l’attachement à des modes de consultation plus classiques comme le référendum.

Devant l’ampleur du mouvement, la classe politique ne peut plus ignorer une mutation qui risque d’éclipser les moins préparés. La place consacrée aux enjeux du numérique comme levier de modernisation de l’administration et de l’État dans les débats de la Primaire de la droite et du centre l’illustre parfaitement.

Enfin, la responsabilité du succès de cette tentative de refonte des schémas démocratiques ne dépend pas exclusivement de la classe politique. Il en va de l’engagement de chaque citoyen : « le plus important dépend de nous. Il est trop facile de considérer que seuls les responsables politiques doivent évoluer. Depuis trop longtemps nous avions abdiqué notre citoyenneté en exigeant de nos représentants qu’ils répondent pour nous à nos besoins immédiats ». Un appel à la responsabilité et au courage de l’engagement stimulant, véritable plaidoyer pour une généralisation des initiatives de modernisation citoyenne et républicaine.

Pour aller plus loin :

– Elisa Lewis, entrepreneure, est membre du collectif Démocratie Ouverte, qui développe et accompagne les innovations démocratiques.
– Romain Slitine, consultant et maître de conférences à Sciences Po Paris, est membre du collectif Démocratie Ouverte, qui développe et accompagne les innovations démocratiques.
– « Démocratie ouverte : collectif de transition démocratique ».
– « Réinventer la démocratie, c’est possible ? », L’Obs, Rue 89.
– « Romain Slitine : « Notre démocratie est à bout de souffle », France Inter.

Sur le web

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  • Démocratie, démocratie ? C’est quoi çà ?
    Qu’on ait ou non entendu parler des théorèmes de Condorcet, Arrow et Gibbard-Satterthwaite et de quelques autres , c’est plus ou moins manquer de sens critique élémentaire que de considérer comme rationnel et louable notre culte de ce qu’il est abusivement convenu d’appeler « la démocratie », le concept en lui-même – dont l’historicité est très mal connue – déjà et a fortiori son application quotidienne dans les « meilleurs » états considérés comme « démocratiques ». Nos médias sont pourtant quotidiennement emplis des tristes , voire horribles conséquences de ce culte grégaire.

    On aura beau dire, on aura beau faire « Dès que nous disons le mot « démocratie » pour nommer notre mode de gouvernement qu’il soit américain, allemand ou français, nous mentons. La démocratie ne peut jamais être qu’une idée régulatrice, une belle idée dont nous baptisons promptement des pratiques très diverses. Nous en sommes loin, mais encore faut-il le savoir et le dire »(A.E)  

    « Nous sommes victimes d’un abus de mots. Notre système (les « démocraties » occidentales) ne peut s’appeler « démocratique » et le qualifier ainsi est grave, car ceci empêche la réalisation de la vraie démocratie tout en lui volant son nom. »  (S-C.K)
    « La démocratie, c’est le nom volé d’une idée violée » (J-P.M).
    « L’erreur ne devient pas  vérité parce qu’elle est approuvée par beaucoup » (M.G)
    « Ce n’est pas parce qu’ils sont nombreux à avoir tort qu’ils ont forcément raison » (M.C)
    «  Ceux qui regardent le vote universel comme une garantie de la bonté des choix se font une illusion complète. » (A.T)
    « Qui trouve globalement rationnelles et louables nos organisations et pratiques sociétales, en particulier sur le plan politique et économique et a fortiori environnemental, ne l’est guère » (I.I)  

    Alors ne rien faire ? Certainement pas. Mais plutôt que d’être peu ou prou obsédé par l’avoir, s’efforcer sereinement chaque jour de davantage être,    donc d’ Aimer – en commençant par autour de soi  –  malgré tout. Ce qui devrait faciliter l’adoption de certaines mesures de fonctionnement des institutions, type mandat unique non renouvelable.

  • Mouais, il faut déjà considérablement réduire les pouvoirs des etats et de Bruxelles. Supprimer les règlements et interdire à tout fonctionnaire un poste executif. On fera déjà un grand pas vers la simplification.

  • Amusant d’utiliser ce mot de populiste à tort et à travers…quand les populistes sont ceux qui essaient de sauver nos « pseudos » démocraties en train de devenir une dictature européenne en attendant le rêve de gouvernement mondial d’un microcosme qui ne travaille que pour ses intérêts…contre la majorité de la population.
    D’ailleurs populiste veut dire: « Qui s’intéresse à la vie des gens », ce devrait être l’essence même de l’action politique !
    Il est urgent de reprendre notre du: Le peuple est souverain »

    • « D’ailleurs populiste veut dire: « Qui s’intéresse à la vie des gens »… »

      Bien sûr. Et intégriste veut dire : « Qui se préoccupe de l’intégrité. »
      Le populiste est au peuple ce que la chaise électrique est à la chaise.

    • Parce que vous pensez que le PEUPLE est capable, dans l’UNITE de comprendre, de d’agir… Mais dîtes -moi ,le peuple conduit ,anesthésié par QUI ? quel CHEF ? vous avez quelqu’un à proposer ?

  • Comme d’habitude, mélange de deux concepts disjoints : l’adhésion et la participation, la démocratie décrétant par dogme que les deux sont liés.

    Miroir aux allouettes : la vie de la cité nécessite bien plus qu’une participation épisodique et une adhésion superficielle : c’est une utopie très dangereuse de penser que l’on peut résumer la complexité de la politique en quelques phrases.

    C’est cela que les gens commencent a comprendre instinctivement : ce n’est pas avec des discours simplificateurs que l’on fait montre de professionalisme.

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