Emmanuel Macron dévoile son programme économique et social

Emmanuel Macron au forum de Davos en janvier 2016 (Crédits : World Economic Forum, CC-BY-NC-SA 2.0)

Emmanuel Macron a réuni 10 000 personnes à Paris, où il a présenté son programme économique et social. Décryptage.

Par Alexis Vintray.

Emmanuel Macron dévoile son programme économique et social
Emmanuel Macron au forum de Davos en janvier 2016 (Crédits : World Economic Forum, CC-BY-NC-SA 2.0)

Aujourd’hui se tenait le premier grand meeting parisien d’Emmanuel Macron. Le leader d’En Marche a réalisé une démonstration de force au Parc des Expositions à Porte de Versailles, avec 15 000 personnes selon les organisateurs, 10 000 plus vraisemblablement. Un nombre important, moindre qu’attendu mais supérieur à celui de n’importe quel meeting de la primaire à droite par exemple. Emmanuel Macron a tenu un discours d’1h45 dans lequel il a présenté les grandes lignes de son programme économique et social.

Un programme économique de liberté chez Emmanuel Macron…

Le candidat à la présidentielle a commencé par un éloge sans nuances de la prise de risque, voulant « faire entrer la France dans le XXIème siècle », en permettant aux Français « d’en saisir les opportunités », y compris chez les « laissés pour compte ». Un message clairement positif, qui s’est poursuivi par une volonté de s’approprier le travail, lui qui s’est présenté pendant son discours comme le « candidat du travail », qu’il entend redonner aux Français.

Car Emmanuel Macron a réaffirmé son positionnement aujourd’hui, voulant attaquer au cœur le problème du chômage, « première des batailles », avec des « mesures efficaces et justes ». Principales mesures évoquées justement :

  • Baisser la fiscalité du travail :
    « Nous continuerons à réduire le coût du travail pour les entreprises. » « Je maintiendrai les allègements de cotisations déjà décidés pendant les dernières années, et je transformerai le CICE en allègement de charges pérennes pour toutes les entreprises. » Le candidat est resté cependant dans le flou sur la généralisation à toutes les tranches de salaires du CICE, focalisé uniquement sur les petits salaires alors qu’il faudrait aussi encourager les hauts salaires à rester en France…
  • Pour le droit du travail, des « règles simples et lisibles » :
    Se positionnant en porte à faux avec la droite, il a affirmé que la « durée du travail doit rester à 35 heures ». Il a aussi plaidé vigoureusement pour le renforcement de la négociation au niveau des branches et des entreprises, allant jusqu’à dire qu’il voulait « créer une république contractuelle », rendant le pouvoir à chacun, avec la négociation au plus près des sujets. Mais là encore, un certain flou régnait sur le niveau des négociations. Branches ? Entreprises ?
  • Transformer le chômage d’une logique d’assurance vers une logique de solidarité :
    Le chômage doit être couvert par la collectivité et ne plus être une assurance. Une solidarité universelle, nouvelle pour créer un « droit à la mobilité professionnelle ». Devoirs en face de ce droit : un « bilan de compétence », et « devoir d’accepter les offres d’emploi adaptées ».
  • Réduire la différence entre salaire complet et salaire net :
    Pour que le travail paie, et que le travail paie plus que les allocations en particulier.
  • Augmenter l’autonomie et la décentralisation partout :
    « Simplifier la structure administrative, pousser la décentralisation avec plus d’autonomie pour les universités, de la vraie autonomie. Autonomie aussi des établissements scolaires et des communautés éducatives. Des hôpitaux. »

Mais une bonne dose d’étatisme aussi…

Toutes les mesures proposées par Emmanuel Macron ne méritent pas l’enthousiasme. Ainsi de la suppression des cotisations salariales sur la maladie et le chômage, qui seraient transférées sur la CSG sauf pour les chômeurs et les 40% des retraités les plus modestes. Un transfert dont on a du mal à voir l’intérêt sachant que la CSG repose largement sur les revenus d’activité, donc sur le travail. Pire, cela irait de pair avec une augmentation de la fiscalité du revenu du capital de 1,7% selon Emmanuel Macron, alors que la fiscalité du capital pénalise lourdement la prise de risque en France et est un sujet à réformer d’urgence en en baissant la fiscalité !

Emmanuel Macron ne s’est pas caché aussi de sa volonté d’augmenter la fiscalité sur les retraités. Un choix qui peut se comprendre, électoralement parlant en particulier, mais qui décrédibilise son positionnement en faveur d’une fiscalité plus légère. Les retraités n’ont pas été beaucoup touchés par les réformes comme celle des retraites. Mais en particulier fiscalement, il ne s’agit pas de déshabiller Pierre pour habiller Paul, mais d’habiller tout le monde !

Un discours qui peut faire passer le libéralisme à gauche ?

Le discours d’Emmanuel Macron, s’il séduit largement à droite, visait largement l’électorat de gauche, avec différentes mesures libérales calibrées pour plaire en particulier aux fonctionnaires : « Nous devons être fier de notre fonction publique et la libérer, la laisser inventer. »

Il a aussi plaidé pour une refonte du rôle de l’administration, réinventant les rapports entre l’administration et les Français. Ainsi pour Macron, l’erreur de bonne foi ne devrait plus être sanctionné par l’administration. Il entend « passer d’une administration du contrôle et de la sanction systématique à une administration du contrôle oui, mais aussi du conseil et de l’accompagnement ».

Enfin, Macron s’est posé en candidat de la flexisécurité, voulant libérer le marché du travail tout en accompagnant ceux qui ne trouvent pas d’emploi grâce à un « service public de la formation et de l’activité » qui reprendrait entre autres le périmètre de Pôle Emploi.

Enfin, exception dans le panorama politique, il s’est livré à une défense de l’Europe. « Nous aimons l’Europe, nous voulons l’Europe. » Un discours de nature à plaire aux progressistes et aux centristes.

2017, une présidentielle passionnante pour les libéraux

2017 s’annonce passionnante pour les libéraux, qui ne sont désormais plus acquis à personne. Si Fillon devait commencer à renoncer à ses promesses de primaire, il resterait toujours aux libéraux l’option Macron. Et vice versa.

Électoralement parlant, François Fillon est ce qui peut se faire de mieux à droite, avec un programme économique largement libéral et un positionnement réellement conservateur qui peut faire passer ces réformes comme Margaret Thatcher au Royaume-Uni.

Électoralement parlant, Emmanuel Macron est ce qui peut se faire de mieux à gauche, avec une vision d’une société libre et ouverte et un programme économique réformateur, qui peut faire passer beaucoup d’idées dans des corps électoraux de gauche.

Pouvait-on imaginer meilleur scénario pour les libéraux il y a un an ? Peu importe qui gagne en mai, cette campagne devrait être une occasion pour faire passer largement les messages libéraux. Et si vous ne l’avez pas fait, ne tardez pas à nous aider pour nous donner les moyens de le faire chez Contrepoints !