Italie : après l’échec de Renzi, pas de raison de paniquer

Matteo Renzi (Crédits : Palazzo Chigi, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Le Premier ministre italien Matteo Renzi s’apprête à donner sa démission après avoir souffert d’une écrasante défaite au référendum consitutionnel dimanche. Vincenzo Scarpetta d’Open Europe explique ce qui attend l’Italie.

Par Vincenzo Scarpetta.
Un article d’Open Europe

Italie : après l'échec de Renzi, pas de raison de paniquer
Matteo Renzi (Crédits : Palazzo Chigi, licence CC-BY-NC-SA 2.0), via Flickr.

Les italiens ont massivement rejeté la réforme constitutionnelle déposée par le gouvernement du Premier ministre Matteo Renzi. 59,1% de ceux qui ont mis leur bulletin dans l’urne ont voté contre les changements. Le taux de participation était au-delà de 65%, supérieur aux attentes.

Un peu plus d’une heure après la parution des sondages à la sortie des urnes, Renzi s’adressait déjà à la presse pour confirmer qu’il rencontrera le président italien Sergio Mattarella pour donner sa démission. C’était largement anticipé, mais que va-t-il arriver ensuite ? J’ai déjà traité des retombées potentielles d’une victoire du « Non » dans mon aperçu du référendum, et les derniers événements semblent globalement confirmer ce que j’ai écrit la semaine dernière.

Pas d’élection générale dans l’immédiat

C’était à prévoir, le Mouvement Cinq-Étoiles et la Ligue du Nord ont appelé à organiser une élection instantanée le plus tôt possible. Je reste convaincu qu’il s’agit d’un scénario très improbable. La loi électorale a besoin de changer et le budget pour 2017 doit être adopté avant la dissolution du parlement. Surtout, le parti de Silvio Berlusconi, Forza Italia, lui aussi fermement dans le camp du « Non », a adopté une approche plus prudente en signalant sa volonté d’être impliqué dans la réécriture de la loi électorale.

Roberto Speranza, un membre éminent de la frange rebelle du parti de Renzi, a dit hier quelque chose d’encore plus intéressant : il a suggéré qu’il est improbable qu’une élection anticipée puisse être tenue à temps pour que le nouveau gouvernement soit en place avant la tenue du G7 en Italie fin mai 2017. Cela semble s’accorder à ma prévision que fin juin voire même septembre/octobre sont des dates plus réalistes pour la prochaine élection générale italienne.

Un gouvernement d’intérim prendra la relève, mais certainement pas mené par Renzi

Après la démission de Renzi, le président Mattarella commencera à consulter les partis politiques dans le but de nommer un gouvernement d’intérim. Il a toujours été improbable que Renzi le dirige, d’autant plus vu l’ampleur de la défaite, bien que je ne sois pas convaincu que les résultats d’hier mettront un terme à sa carrière politique.

Ainsi, les noms qui tournent sont les mêmes que ceux que j’ai indiqués la semaine dernière, avec l’actuel ministre des Finances Pier Carlo Padoan, largement pressenti pour prendre la barre (incidemment il s’est retiré de la réunion de l’eurogroupe tenue aujourd’hui à Bruxelles). Padoan est en effet lui-même un technocrate, mais je ne m’attendrais pas à ce que son cabinet soit composé de technocrates, contrairement à celui dévoilé par Mario Monti en novembre 2011.

Une fois nommé, le nouveau gouvernement aura besoin d’obtenir la confiance des deux chambres du parlement italien. Le calendrier reste obscur pour d’évidentes raisons, mais étant donné que la majorité parlementaire qui a soutenu le gouvernement de Renzi jusqu’alors est probablement d’accord pour donner son aval au nouveau cabinet, je présume que les choses devraient se dérouler plutôt paisiblement. Un remplacement rapide réduirait sans doute l’incertitude.

Aucune panique des marchés, bien que les interrogations concernant les banques italiennes restent ouvertes

Les marchés financiers ont été quelque peu volatiles à l’aube du référendum, avec une chute temporaire de l’euro/dollar à son niveau le plus bas en 20 mois et une pression accrue sur les actions des banques italiennes, mais les choses ont l’air à peu près revenues à la normale à l’heure où j’écris ces lignes.

En d’autres termes, les marchés ont l’air d’avoir adopté une approche attentiste. C’est au moins en partie dû à un aspect important mais souvent négligé. Le Brexit et l’élection de Donald Trump, qui sont eux-mêmes des événements plus importants que le référendum italien, ont pris de court le marché. La victoire du « Non » n’a clairement pas eu le même effet, les sondeurs italiens ayant été unanimes à pointer cette issue depuis des semaines.

Il n’y a clairement pas lieu de se réjouir. Les interrogations autour de la santé des banques italiennes restent ouvertes, particulièrement celles regardant la Monte dei Paschi di Siena, qui cherche à lever 5 milliards d’euros d’argent frais. L’incertitude prolongée sur la formation d’un nouveau gouvernement pourrait décourager les investisseurs et compromettre cette augmentation de capital, qui à son tour pourrait avoir des répercussions sur les autres prêteurs italiens fragilisés. Toutefois, je ne m’avancerais pas à prédire une crise financière généralisée.

La trajectoire italienne de long terme est devenue plus incertaine, mais aucune raison de s’agiter

Il y a déjà deux ans, j’observais comment le ressentiment anti-euro était à la hausse en Italie, et à quel point c’était significatif dans l’un des pays historiquement les plus pro-intégration européenne.

De l’aveu de tous, le mouvement Cinq-Étoiles et la Ligue du Nord, tous deux ouvertement anti-euro, ont été les promoteurs les plus audibles du vote « Non ».

Cependant, nous devons nous garder de nous avancer. La politique européenne est légèrement plus complexe que les dominos. Ce qui a pris place en Italie hier n’était ni une élection générale ni un référendum sur la monnaie unique. L’un ou l’autre serait tout autre chose. Le camp du « Non » était une très grande communauté. Cela me rend réticent à décrire le résultat simplement comme « Renzi déchu par la vague populaire », à moins de vouloir considérer Mario Monti ou le précédent président de la cour constitutionnelle italienne Valerio Onida (pour ne citer que deux exemples) comme des populistes pour être contre la réforme.

Un élément anti-establishment (et anti-Renzi) était certainement impliqué, mais l’on devrait garder en tête que, au-delà des gros titres et des slogans, les changements constitutionnels proposés ont posé de vraies questions et se sont révélés plus controversés que certains veulent bien admettre.

Indéniablement, la démission de Renzi ouvre une période de grande instabilité politique pendant laquelle le train de réformes en Italie va ralentir, et ce sera regardé comme une mauvaise nouvelle à Bruxelles, Berlin et d’autres capitales européennes. Cependant, comme je l’ai déjà écrit la semaine dernière, le cadre est complètement différent de fin 2011 et il y a tout simplement trop d’inconnues à ce stade pour prévoir, comme certains le font, que la prochaine élection générale italienne aboutira nécessairement à un gouvernement eurosceptique dans le troisième plus gros pays de la zone Euro.

Sur le web. Traduction Contrepoints.