Obama a-t-il saboté l’esprit entrepreneurial américain ?

Barack Obama-Yes we can By: cfishy - CC BY 2.0

De la fiscalité à la lourde réglementation, les entreprises paient un lourd tribut. Comment l’esprit entrepreneurial pourrait-il résister ?

Par Dominique Mercier
Un article d’Emploi 2017

Baracl Obama a-t-il saboté l'esprit entrepeneurial
Barack Obama-Yes we can By: cfishyCC BY 2.0

Depuis quelques années, un ensemble de facteurs incite à penser que nous assistons à la fin des États-Unis tels qu’ils furent pendant un demi-siècle. S’ils ont connu une croissance de 3,5% par an entre 1950 et 2000, elle ne dépasse pas les 2% depuis l’explosion de la bulle Internet. Alors même que les années récentes auraient dû être des années de rattrapage suite à la crise, le taux de croissance ne décolle toujours pas… et ce malgré une politique monétaire très expansionniste de la Fed. Est-ce réellement la fin d’un modèle de société ?

Plus d’épargne que d’investissement

Pour beaucoup d’analystes, la situation actuelle est en fait la nouvelle norme pour les États-Unis : c’est ce que certains appellent la « secular stagnation ». Selon cette théorie, l’absence d’idées et d’opportunités dans les pays occidentaux entraînerait une épargne trop importante par rapport à l’investissement. Cette épargne viendrait donc se mettre dans les biens existants, alimentant les bulles tout en freinant la consommation et la croissance.

Cela rejoint l’idée que « les arbres ne montent pas jusqu’au ciel », c’est-à-dire que les forts taux de croissance seraient désormais réservés aux pays émergents qui ont encore un « retard » à rattraper.

Pourtant, comme l’explique bien un chercheur de Stanford1, la Banque Mondiale pourrait bien avoir démontré le contraire. On constate en effet dans une étude sur presque tous les pays du monde que le revenu par tête est directement corrélé à la facilité à faire du business, notée sur 100 et évaluée grâce à plusieurs critères.

Or, si la moyenne des États-Unis est bonne, à 82 sur 100, entraînant un revenu par tête de 53 000 dollars, elle est finalement loin du maximum. Si l’on suit la droite de régression linéaire, on constate qu’un score de 100 donnerait un revenu de 163 000 dollars par tête, plus du triple du revenu américain actuel, ce qui laisse donc encore une bonne marge de progression pour la croissance des États-Unis.

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Source du graphique : John H. Cochrane, Ending America’s Slow-Growth Tailspin, Wall Street Journal, 2 mai 2016.

Par ailleurs, comme l’a révélé depuis longtemps la Kauffman Foundation, ce sont les entreprises de moins de 5 ans qui sont créatrices nettes d’emplois, alors que les autres, en moyenne, en détruisent. Ce sont elles également qui innovent et donc tirent la croissance d’un pays. Une bonne politique est ainsi une politique qui permet la facilité dans les affaires, mais tout particulièrement pour les start-up à naître ou qui veulent croître.

Une dictature bureaucratique

obama-rene-le-honzecUne fois posé ce diagnostic, il devient plus facile de comprendre pourquoi la croissance américaine est repartie à un rythme très faible. En effet on constate qu’une véritable dictature bureaucratique s’est emparée des États-Unis, sapant petit à petit les possibilités entrepreneuriales. Le Competitive Enterprise Institute a ainsi recensé que les agences fédérales avaient sorti 3 554 règlements en un an, alors même que le Congrès avait passé seulement 224 nouvelles lois. Cela donne le chiffre impressionnant de 16 règlements par loi.

La règlementation actuelle pèse ainsi près de 2 000 milliards d’euros annuellement sur l’économie américaine, s’ajoutant aux 4 000 milliards de dépenses fédérales pesant par ailleurs sur les entreprises. L’administration Obama détient le triste record des plus longs règlements jamais édités en une année, soit plus de 80 000 pages, et ils ont réalisé cette prouesse déjà trois fois. Ils sont en fait responsables de six des sept années de plus forte inflation administrative de toute l’histoire des États-Unis.

Obama a saboté l’esprit entrepreneurial

Mais le constat encore plus grave de ce rapport, c’est que les charges règlementaires pèsent particulièrement sur les petites entreprises, puisque les « coûts de conformité » par salarié y sont plus élevés que pour leurs concurrents plus importants. On peut donc affirmer sans crainte de se tromper que l’administration Obama a opéré de manière progressive mais non moins dangereuse un véritable sabotage de l’esprit entrepreneurial américain.

Malheureusement cette dictature bureaucratique ne va pas s’arrêter de sitôt : d’après ce même rapport ce sont près de 3 300 régulations qui sont dans les tuyaux…

Sur le web

  1. John H. Cochrane, Ending America’s Slow-Growth Tailspin, Wall Street Journal, 2 mai 2016.